Eric Bahloo: « Ce livre s’est imposé à moi pour rétablir certains faits occultés par les deux enquêtes précédentes afin que la vérité émerge de cette affaire et la mémoire d’Azor Adélaide soit enfin honorée »



Questions à Eric Bahloo auteur du livre Affaire Azor Adelaïde

« En 1971, il y avait RAMGOOLAM, DUVAL, BERENGER, BOOLELL et MOHAMED, et en 2011 soit 40 après, il y a toujours les mêmes ! »

  •  « Ce livre s’est imposé à moi pour rétablir certains faits occultés par les deux enquêtes précédentes afin que la vérité émerge de cette affaire et la mémoire d’Azor Adélaide soit enfin honorée »

 

  • « L’homme politique, pour certains, est prêt à sacrifier femme et enfants pour la gloire »

 

  • « DUVAL, sans doute pris dans l’euphorie de l’époque tumultueuses pré et post-indépendance, n’a su gérer la situation, et BERENGER non plus.»

 « Eric Bahloo, qui avait 7 ans quand la cervelle de Ton Azor s’est répandue sur l’asphalte de la rue Chasteauneuf à Curepipe le 23 novembre 1971, a traîné ce boulet pendant une bonne partie de sa vie, souvent en se culpabilisant. Ce livre lui a permis de se libérer. L’écriture, comme on le sait, évacue les démons vieux de quarante ans. Dans le même souffle, Eric Bahloo estime avoir réhabilité son père, condamné à cinq ans de réclusion. C’était un compte qu’il devait régler avec lui-même en fait et tant mieux si après tant d’années, il a retrouvé maintenant la paix et la sérénité. L’on peut comprendre le calvaire qu’il a vécu avec les siens d’avoir porté un nom sous le sceau de l’opprobre. Eric Bahloo, dans sa démonstration, estime que son père a été « victime du système »  », écrit Finlay Salesse dans son éditorial de mercredi dernier. L’auteur du livre Affaire Azor Adelaïde a-t-il pris la liberté avec l’histoire. Réponse dans cet entretien qu’il accorde à Sunday Times.

Jimmy Jean-Louis

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire le livre l’Affaire Azor Adélaïde, 40 ans après le plus célèbre crime politique a Maurice ?

Ce livre s’est imposé à moi pour rétablir certains faits occultés par les deux enquêtes précédentes afin que la vérité émerge de cette affaire et la mémoire d’Azor Adélaide soit enfin honorée.

Comment est-ce que votre famille a souffert de cette affaire. N’était pas un peu le prix à payer pour cette ‘collusion’ avec Sir Gaëtan Duval(SGD) ?

Si collusion il y a eu entre SGD et, non pas ma famille, mais mon père Ignace BAHLOO, elle lui a été imposée. G DUVAL était un ‘ROI’ et se comportait comme tel. On ne discute pas avec le ‘Roi’, on exécute ses ordres. Mais mon père s’est laissé prendre dans une affaire qui au départ n’était pas la sienne. Dès lors, nous, ses enfants et sa famille en général, nous avons payé les pots cassés et mon père aussi. Au départ, il était question de se défendre des attaques répétées des NERVIS du MMM. Paul BERENGER est venu en personne avec ses tapeurs lapider notre maison bien avant que Ton AZOR ne soit tué à Curepipe, il aurait fallu de peu pour que des enfants, des vieux et des femmes y trouvent la mort sous les pierres du MMM. Je mets BERENGER au défi de me démentir.

Qui est la vraie victime de cette affaire : Azor Adelaïde, Gaëtan Duval ou Paul Bérenger ?

Ton Azor bien sûr ! Et sa famille aussi, en perdant un mari, un père de famille..!

A vous lire, on a l’impression que vous insinuez que Paul Bérenger a bâti sa popularité sur le cadavre d’Azor Adelaïde ou du moins qu’il a su s’en servir très habilement sur la plan politique. Est-ce vrai ?

Paul BERENGER est un opportuniste comme tous les politiciens le sont d’ailleurs. Il y a des limites à tout, mais BERENGER n’en connaît aucune. Il s’est grassement et honteusement servi de la mort d’un homme, d’un simple agent qui ne s’était joint au MMM que six moins plus tôt, pour en faire un martyr  à la gloire de sa propre personne. Pour répondre à votre question : oui BERENGER s’est très habilement servi de cette affaire pour tirer un gros capital politique.

Quelle est l’implication de votre père dans cette affaire ?

En tant que Chef Agent de Gaëtan DUVAL à Curepipe, mon père a été sacrifié sur l’autel d’un accord au plus haut niveau politique pour prétendument “éviter un conflit inter communal entre Hindous et Créoles. Mon père n’a jamais tiré sur Azor ADELAIDE ni même Paul SARAH, qui a été condamné comme tel. Ce n’était pas des “SAINTS” mais ce n’était pas des “DEMONS’ non plus comme on a bien voulu les dépeindre. La cible et je n’apprends rien à personne, c’était Paul BERENGER qui déstabilisait le pays par ses actions pour le moins séditieuses. Puis il a fallu trouver des ‘PIGEONS’ comme mon père, Paul SARAH, SHUMMOOGUM ou CELESTIN pour porter le chapeau. BERENGER méritait la prison sûrement pas la mort.

Vous avez ensuite rencontrez les autres protagonistes tels que Alain Célestin et Paul Sarah. Avez-vous parlez à Moorgesh Shummoogum et les raisons qui l’ont poussé à relancer la deuxième affaire Azor Adelaïde et Duval en 1989?

Oui je les connaissais tous pour les avoir vus chez moi et par la suite à leur sortie de prison. Paul SARAH, je l’ai rencontré en 1985 à Eau Coulée, et il m’a dit des choses que je relate dans mon livre. Alain ne m’a pas parlé de cette affaire, il me considérait comme un gamin. MOORGHESH lui, je l’ai revu en 1985 et 2005, et ses motivations, en accusant DUVAL, était autre que la vérité historique. JUGNAUTH et BERENGER se sont servis de lui pour essayer d’atteindre DUVAL.

Avez-vous rencontré les proches d’Azor Adelaïde après le drame ?

Non jamais, à part le gendre de Ton Azor qui m’a un jour interpellé à Pinterville, lors du pèlerinage du Père LAVAL, c’était en septembre 2003. Il m’a parlé un peu méchamment mais je le comprends, on ne maîtrise pas toujours ses émotions. Peut-être qu’à sa place aurais-je fait la même chose.

Vous parlez aussi de la pension de Rs 200 de Gaëtan Duval. Comment est-ce que votre famille a survécu à l’emprisonnement de votre père ?

Mon père ne vivait qu’au rythme de son leader qui lui bénéficiait des millions de l’oligarchie sucrière blanche. Mon père lui n’était qu’un ouvrier qui ne vivait que de ses créations, il était ébéniste et sculpteur. Malheureusement, malgré son travail, il n’avait rien mis de côté afin de parer à toute éventualité – “life being an unsure business”. Et lorsqu’il a été emprisonné, ma mère qui était mère au foyer n’avait plus de rente sinon les Rs 200 venant de la municipalité de Port-Louis où il était en même temps employé pendant le mairat de DUVAL.

Quels sont les reproches que vous avez faits au leader bleu, comme vous en faites mention dans votre livre ?

DUVAL, sans doute pris dans l’euphorie de l’époque tumultueuses pré et post-indépendance, n’a su gérer la situation, et BERENGER non plus. DUVAL faisant partie du gouvernement de Sir Seewoosagur RAMGOOLAM en tant que ministre des Affaires Etrangères avait un peu ‘perdu la tête’ d’ailleurs. Je lui reproche d’avoir sacrifié ses hommes de main tel mon père et les autres pour des intérêts hautement politiques.

Avez-vous rencontré Paul Bérenger et discuté de cette affaire ?

Non jamais. D’ailleurs, il ne l’aurait jamais voulu parce qu’il sait que je ne suis ni Ignace BAHLOO et encore moins Gaetan DUVAL. Et qu’en plus, je connais la vérité dans cette affaire ! Je pense qu’il doit se méfier un peu de moi. C’est vrai je ne suis pas manipulable pour un sou.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui croient  que la politique est un terrain de guerre entre agents ou tapeurs, puisque vous parlez même de la perversion de l’homme par la politique ?

L’homme politique, pour certains, est prêt à sacrifier femme et enfants pour la gloire ; je prends pour preuve les conseils de Gaëtan DUVAL à son fils Xavier (le DROIT à l’EXCES). Ce n’est que pure vanité sinon imbécilité. Imbécilité dans laquelle plonge nombre d’activistes politiques qui sont également prêts à s’étriper pour un oriflamme arraché ou un drapeau déchiré !! Quel gâchis. Mais ainsi va la nature humaine, sans pour autant généraliser bien sûr.

Vous décrivez la politique avec une telle hargne, pourquoi étiez-vous candidat indépendant aux élections générales de 2005 à la circonscription No 17 ?>

Pas du tout ! Un ancien Pape décrivait la politique comme étant “l’une des plus belles choses au monde”. Non je ne décrie pas la politique. Car à travers l’action politique qu’on réussit à apporter les plus grands bienfaits au plus grand nombre. J’ai été Candidat en 2005 au no. 17 parce qu’un ancien ministre travailliste m’avait promis une place à Curepipe et m’a fait un pied de nez à la dernière seconde. On voyait en moi un “élément trop incontrôlable” d’après mes informations. Et puis, un “BAHLOO” au parti travailliste, cela sonnait un peu faux ! Et d’ailleurs même le PMSD sous Maurice ALLET et GUIMBEAU n’a pas voulu de moi. Alors je suis parti tout seul, comme un grand.

Où en est votre combat pour le droit de vote aux mauriciens vivants à l’étranger ?

Je milite toujours pour le droit de vote aux côtés de mon ami José MOIRT – un gars très bien qui a de l’avenir en politique – et je suis certain que ce combat mènera définitivement à quelque chose des plus inattendues. Parce que je ne crois pas aux prétendues réformes envisagées par le pouvoir ethnocratique en place avec la venue du Prof CARCASSONE.. De la poudre aux yeux ! Et Maurice ne connait malheureusement pas encore de véritable démocratie. En 1971, il y avait RAMGOOLAM, DUVAL, BERENGER, BOOLELL et MOHAMED, et en 2011 soit 40 après, il y a toujours les mêmes !

Le peuple mauricien en a sûrement assez de ces passe-droits et autres gaspillages opérés au vu et au su de tous, par ceux en place et ceux qui attendent leur tour dans l’opposition, mais tardent à réagir du fait qu’il n’a pas encore de canon sur la tempe. Mais toute chose a ses limites, et viendra sûrement le jour où le peuple mauricien réagira de manière appropriée car, même si les Mauriciens sont très dignes, ce moment viendra à coup sûr du fait qu’il y a encore et malheureusement beaucoup de poches de souffrance à Maurice.

Qu’est-ce que la diaspora mauricienne qui s’est bien établi en France et ailleurs peuvent apporter une contribution au développement de l’Ile Maurice ?

La diaspora a toujours été en aide de manière indirecte à travers tout l’argent envoyé à la famille restée au pays par exemple. C’est un fait indéniable. C’est donc une façon de contribuer au développement du pays aussi modeste soit elle. Ce développement peut être aussi bien positif mais également négatif. Si dans l’ensemble, nous ne voyons que le premier c’est à dire les investissements, les constructions, la création d’emploi et autres actions caritatives, il y a aussi un développement néfaste et nocif. Certains Mauriciens, et c’est une infime minorité dont le gouvernement détient les noms, y envoient de la drogue et de l’argent sale au pays. Ceux là sont des criminels qu’il faut combattre à tout prix. Et c’est la responsabilité du gouvernement.

 

Les extraits du livre

“Mon grand-père et ma grand-mère étaient pauvres mais élevaient leurs enfants dans la dignité”

“Du haut de son cheval le Roi créole Gaëtan Duval balançait des bonbons aux enfants”

“Bérenger n’était pas De Plevitz ni par ses méthodes ni par son caractère”

“Ton Azor n’était pas visé”

“Maurice de demain ne pourra se faire qu’avec des leaders politiques foncièrement mauriciens où il ne sera plus question d’appartenir à telle communauté ou caste pour
présider à la destinée du pays”

Posted by on Jan 10 2012. Filed under Actualités, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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