« Les raisons d’avoir peur » Père Jean- Maurice Labour




Je me permets de réagir à l’article publié en Une de l’express dimanche du 26 février, intitulé : « Pourquoi il ne faut pas avoir peur » . Je voudrais expliquer, à travers trois récents événements, les raisons de ma peur.

La Voice of Hindu ( VOH) me fait peur, à moi, parce qu’il apparaît dans certains faits ( voir plus loin), qu’elle met au défi les lois de notre République en utilisant la force du nombre et de la violence dans le but d’asseoir ce qu’elle considère être le pouvoir de la communauté majoritaire. Elle me fait d’autant plus peur que son pouvoir semble s’étendre sur les institutions censées maintenir le law and order : la police, le judiciaire, les élus.

Exemples : En 2009, une cour de justice reconnaît que M. Bigaunah est légalement propriétaire d’un terrain d’un arpent et 31 perches à Grand- Gaube. Des occupants dudit terrain sont sommés par ladite cour de libérer le terrain par pas moins de 10 eviction orders dont le dernier devait prendre effet le 29 février. Ce jour- là, les occupants organisent une séance de prière sur le terrain polémique avec le soutien de la Voice of Hindu . L’huissier et les policiers payés Rs 90 000 par M. Bigaunah ont rebroussé chemin.

Le vice- président de la VOH demande un judicial review sur une « base humanitaire » ! Il ajoute : « car cette famille fai t partie de nos activistes » . Si ce n’est une intimidation, je ne comprends pas ce que c’est. La Cour seraitelle libre si elle accède à cette requête ? Voici un groupe de nervis qui refuse d’obtempérer à un ordre de la Cour et qui demande un judicial review en dehors des voies légales ! J’ai peur.

En 1999, pendant les émeutes suivant la mort de Kaya en prison, des camions bondés de personnes affi chant ouvertement leur appartenance sectaire se rendent coupables d’actes de violence à l’égard de familles créoles à Goodlands.

Amplement médiatisés par un reportage diffusé par Antenne Réunion , ces actes hautement illégaux n’ont fait l’objet d’aucune enquête connue ou poursuite en justice. J’ai peur.

Le Morne Heritage Trust Fund , dont le but est de préserver, gérer et valoriser l’héritage du Morne, ne compte aucun habitant créole des villages du Morne et des environs.

Il compte pourtant dix hindous. Il y aurait bien des exemples du même ordre dans les recrutements dans la fonction publique ( Cf : document déposé par le Comité diocésain le 1 er février devant la Truth and Justice Commission ).

J’ai peur. Oui, j’ai peur de cette arrogance qui s’impose contre toute logique.

 

L’express dimanche du 26 février 2012 parle de « mécanismes de conciliation propres à la société mauricienne » . Je regrette d’affi rmer que sous certains de ces mécanismes, il y a des pressions et des menaces plus ou moins subtiles – propres à la société mauricienne – qui fi nissent par imposer un discours consensuel de surface pour cacher les vrais enjeux qui sont gérés « par enn laranzman » à la mauricienne. La Commission Vérité et Justice, dont on ne saurait contester la compétence, a affi rmé qu’il y a un semblant de cohésion sociale qui reste superfi ciel : « En profondeur, l’Ile Maurice reste un pays bigot et raciste.

Le communalisme et le racisme sont déguisés sous un discours de cohésion » ( 288). Existe- t- il un vrai dialogue entre les communautés à Maurice sur des sujets sensibles à la construction de la nation ? J’affi rme, pour ma part, que ce vrai dialogue n’existe pas. Ce qui existe dans ce domaine n’est, malheureusement, que cosmétique.

 

Au moment où nous fêtons le 44 e anniversaire de notre indépendance, il est bon de rappeler ce que la Truth and Justice Commission affi rme dans son rapport : « L’Etat indépendant n’a élaboré aucun plan pour construire la nation mauricienne et pour favoriser la réconciliation. Il n’a pas encouragé l’émergence d’une identité et d’une culture nationales et n’a pas travaillé au développement d’une démocratie économique » ( p. 11 Vol 1). Pourtant, ce même rapport af- fi rme : « T he Mauritians have much more in common than they think they have and are much more united than they think they are. They accept and respect the cultural traditions of others in their daily life » . Une vraie construction d’une authentique culture nationale demanderait par exemple que les boards du Morne Heritage Trust Fund et de l’Aapravasi Ghat soient composés de personnes de différentes communautés favorisant une interaction.

 

C’est l’interaction qui construit la nation, et non l’isolement…

Posted by on Mar 16 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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