L’homophobie envers les femmes africaines augmente




Par Leevy Frivet

La répression envers l’homosexualité a longtemps affecté les hommes mais durant les cinq dernières années, ce sont les femmes et les jeunes filles africaines ayant choisi cette orientation sexuelle qui en font les frais.

Beaucoup de pays d’Afrique condamnent l’homosexualité. Les lesbiennes ont commencé à subir des attaques verbales et physiques répétées. A tel point que la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’est exprimée sur la question en décembre 2011 et en ces termes: «Aujourd’hui, nous devons protéger une catégorie de personnes encore privées de leurs droits fondamentaux dans trop d’endroits à travers le monde.  Elles forment une minorité invisible. Elles sont arrêtées, tabassées, terrorisées, exécutées même. Beaucoup sont traitées avec mépris et violence par leurs compatriotes, tandis que les autorités chargées de les protéger détournent leur regard ou, trop souvent, participent aux mauvais traitements qui leur sont infligés. Elles se voient privées des possibilités de travail et d’éducation, chassées de leur foyer et de leur pays et contraintes de dissimuler leur nature, voire de la nier, pour se protéger. Je parle des homosexuels, des lesbiennes, des bisexuels et des transsexuels – des êtres humains nés libres et qui se sont vu donner, conférer l’égalité et la dignité, et qui ont le droit de les revendiquer. C’est bien l’un des derniers défis de notre époque en matière de droits de l’Homme ».

C’est aussi le cas à Maurice et à Madagascar. Dans ces deux pays de l’océan Indien, les lesbiennes sont qualifiées de personnes immorales ou d’anormales. Jessica, une femme de 29 ans, habitant Baie du Tombeau, village à la périphérie de la capitale Port-Louis,  insiste sur le fait qu’il faudrait y avoir des lois contre l’homophobie. «On me reproche souvent de cacher mon homosexualité mais comment m’affirmer quand je me fais insulter dès que l’on voit que je tiens la main d’une femme dans un jardin public ? On parle de communalisme ou de racisme ethnique mais la communauté lesbienne vit une ségrégation insupportable. On garde le sourire mais au fond, c’est une malédiction d’être lesbienne dans ce pays ».

Les lois mauriciennes et malgaches sont en effet floues à ce sujet. Il n’y a rien sur le lesbianisme dans le Code pénal. Idem à Madagascar.  Les représailles viennent souvent des membres de la famille des lesbiennes. Vatosoa a fui le grand sud malgache pour habiter dans la capitale, Antananarivo, à cause de son homosexualité. «J’ai du fuir mon village dans la brousse. A Tana, ça peut aller. Il y a certes des commentaires insultants, parfois des blagues de mauvais goût mais cela reste verbal. Dans mon village, mon père a tenté de me tuer quand il a su que j’aimais les femmes. J’ai refusé plusieurs propositions de mariage et on m’a surpris en train d’embrasser une fille. On m’a traitée de tous les noms. On a même pensé que j’étais possédée ! Je n’ai pu tenir le coup et je me suis enfuie. Etre lesbienne à Madagascar, c’est comme si que nous étions diaboliques».

Bien que le Protocole de la Communauté de Développement de l’Afrique australe (SADC) n’ait pas de disposition spécifique quant au droit à une orientation sexuelle de son choix, les dispositions 20 à 25 dudit document demandent aux Etats membres de légiférer pour prohiber la violence basée sur le genre et la réduire de moitié d’ici 2015. Et Madagascar est signataire et a ratifié ce Protocole. L’Afrique du Sud aussi. Et pourtant dans ce pays, les violences envers les lesbinnes se poursuivent.  Le “viol correctif”, pratique odieuse consistant à violer des femmes lesbiennes pour les “guérir” de leur homosexualité, y atteint des sommets.

En 2010, la Sud-Africaine Millicent Gaika a été ligotée, étranglée, torturée et violée cinq heures durant par un homme se vantant de la “soigner” de son homosexualité. Elle a difficilement survécu et n’est pas la seule à avoir subi ce genre d’agression horrible. Mais personne n’a été condamné jusqu’à présent pour ce “viol correctif”. Des courageuses militantes appellent le monde entier à demander au président Jacob Zuma et à son ministre de la Justice de condamner sur le plan pénal ces “crimes de haine” odieux.

Sept pays au monde infligent encore la peine de mort aux lesbiennes, dont deux sur le continent noir, à savoir la Mauritanie, le Soudan, le Yémen, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Iran et  l’Irak. Triste constat.

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

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Posted by on Apr 23 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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