Arrêtons de banaliser la Journée Internationale de la Femme en RDC



La Journée internationale de la Femme est devenue  une journée de réjouissance populaire en République Démocratique du Congo (RDC) aussi bien pour les femmes, les jeunes filles que pour les fillettes. Mais pas dans le sens où elle le devrait. Cette journée instituée par les Nations Unies et célébrée le 8 mars de chaque année, a perdu son sens véritable à Kinshasa, capitale de la RDC.

Elle a pris une tournure plus festive quand le ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant a lancé le slogan « les petites filles en pagne» il y a quatre ans. Certaines écoles ont suivi la consigne et ainsi il est devenu obligatoire de porter le pagne lors du 8 mars aussi bien à l’école que lors du défilé organisé ce jour-là.

A cette occasion, les vendeuses et les vendeurs du marché central de Kinshasa se frottent les mains. Pagnes et autres articles réservés aux femmes se vendent comme des petits pains. Les couturiers font de bonnes affaires et font parfois monter les enchères.

Les institutions d’enseignement primaire et secondaire ne sont pas en reste. Elles vendent des pagnes dont elles exigent l’achat par les élèves et ce, à un prix supérieur à celui pratiqué au marché.

Et comme si cela ne suffisait pas, certaines femmes et jeunes filles profitent de cette célébration pour se rendre dans les débits de boisson pour se saouler et aller s’amuser dans les hôtels.

Face à l’ampleur du port du pagne ce jour là et à l’importance qu’a pris le côté festif sur le côté sérieux, Françoise Mabwe, présidente du réseau des femmes d’entreprises à la société des mines d’or pense que «le gouvernement ne devrait pas se concentrer sur l’aspect superficiel en insistant sur le port du pagne mais plutôt organiser des séminaires et des conférences afin d’aider les femmes rurales, maraichères et ménagères à prendre conscience de leur état et à militer pour leur autonomisation.»

L’avocate Puna Mamy  qui exerce au barreau de Matete à Kinshasa partage cet avis. Pour elle, le gouvernement doit trouver les moyens de former et d’éduquer les filles et les  femmes afin qu’elles deviennent indépendantes financièrement. Et il n’y a pas de jour plus approprié que le 8 mars pour commencer à le faire, estime-t-elle.

Shako, sexagénaire qui travaille à la régie des voies aériennes, est dégoûté par le vagabondage et le libertinage des femmes lors de la célébration de 8 mars. Il estime que cela provient d’un manque de responsabilité de la part des parents et de l’Etat.  «Si c’est pour voir les femmes se comporter aussi légèrement, il vaudrait mieux songer à supprimer la célébration de cette journée». Si Rita et Esther, de jeunes femmes, estiment que le 8 mars est une journée de reconnaissance de la valeur des femmes, elles ne sont pas contre le fait d’aller fêter et boire ce jour-là.

Un inspecteur du ministère de l’Education déclare que le gouvernement de la RDC fait sa part et que pour conscientiser les enfants sur l’importance de la femme, il a introduit un outil pédagogique intitulé « Genre et Education » dans le programme scolaire du primaire et a fait paraître un manuel de sensibilisation intitulé «La dimension genre dans le système éducatif formel et informel».

Il semblerait toutefois que cela soit insuffisant. Il est grand temps que les pouvoirs publics de la RDC élaborent des stratégies afin de sensibiliser la population sur l’importance véritable de la Journée Internationale de la Femme.  Autrement, cette journée risque bien d’être banalisée.

Cathy Lisongo est journaliste en République Démocratique du Congo.

Source : Gender Links.  

Posted by on May 25 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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