Dans les provinces reculées de la RDC : Les fillettes sont exposées au mariage précoce



L’éducation des filles n’est toujours pas une priorité dans certaines provinces reculées de la République Démocratique du Congo.  Dans la ville de Yumbi, par exemple, située dans le district de Mayi-N-Dombe  dans la province du Bandundu, l’activité la plus lucrative est la pêche. Les retombées sociales immédiates sont que les fillettes sont mariées précocement, parfois dès l’âge de 13 ans.

Pour justifier cet acte qui prive leurs filles du savoir, les parents évoquent les traditions. “Une fille est destinée au mariage et non aux études”, affirme l’un d’eux rencontré par hasard.  Dans cette ville, les études sont avant tout réservées aux garçons. Une fois installée en ménage, la première préoccupation de la fille doit être d’engendrer des enfants.  Le gendre n’a pas sa raison d’être à Yumbi. Ce mot n’y est qu’une illusion.  La vie quotidienne à la “yumbienne” pour les femmes se résume à trois étapes: le réveil, les travaux ménagers et la pêche. C’est dans le fleuve Congo que se fait la lessive et la vaisselle.

Jeannette  Bopili, une trentenaire, confie  que  depuis  sa naissance, ses parents lui ont appris que la femme doit saluer l’homme en premier. Il en va de même pour le garçon car le garçon qui est un homme en devenir est «un être supérieur». Et c’est toujours la femme  qui doit se soumettre aux caprices  de l’homme. Elle en est convaincue.

A Yumbi, l’on se salue par l’expression “Losako!”. Cette salutation est basée sur les adages d’autrefois et met la femme de Yumbi à  la place qu’elle doit occuper, selon les traditions, dans  la société. Par exemple, lorsque la femme qui croise un homme dit “Losako!”, l’ homme répond par un autre adage,  à savoir, “Muasi  ata  aza  mokolo mobali  aza  kaka  mokonzi na ye”, ce qui signifie en français “Quelque soit  l’âge  de  la femme,  l’homme  est  toujours son  chef”. A un “Losako!”, il peut aussi répondre par “Muasi a tongaka mboka te,” c’est-à-dire  «La femme ne construit pas un village» ou encore «La  femme ne peut rien construire pour la société».

Jeannnette  Bopili ne sait  ni lire, ni écrire.  Elle  s’est mariée à  15  ans.  Pour  elle,  la  vie  se résume à faire des enfants.  Elle en a déjà sept et compte en avoir d’autres.  Autant que son mari le voudra. La planification familiale est une donne inconnue pour elle et son mari, François Bopili.  L’image  que renvoie Jeannette  Bopili sans le savoir est celle d’une femme voilée et bâillonnée, dont seules les mains travaillent.

Travailler  dans  un  bureau n’a jamais effleuré Yvonne  MBoyo,  une jeune fille de 14 ans qui est venue passer des vacances chez l’un de ses oncles dans la capitale Kinshasa. «Ma  vie, c’est le fleuve Congo.  C’est là que j’exécute tous mes travaux ménagers,» ajoute-t-elle. «En temps que femme, je suis appelée à me marier, à m’occuper de mon mari et des  enfants que j’aurais.  La femme a été créée pour faire la cuisine et non le travail de bureau.» Le pire est que dès qu’elle voit une femme kinoise travaillant dans un bureau, elle devient comme “folle”.   «Ce n’est pas normal qu’une femme travaille comme un homme. C’est  ignorer son rôle au sein de la société,» affirme-t-elle.

Comme si cela ne suffisait pas, même les notions d’hygiène corporelle sont presque inexistantes à Yumbi.  Utiliser un savon pour faire sa toilette n’est pas une priorité pour la femme de cette ville.  Faire un tour à YUMBI et interroger les femmes, c’est comme remonter le temps et voir comment les gens vivaient au 15e siècle.

Le sort de la femme de Yumbi est vraiment peu enviable. Comme la pêche paie cinq à dix fois plus que le métier d’enseignant, ces derniers sont une denrée rare. Fort des croyances ancestrales, les hommes s’adonnent à la polygamie.  Si les femmes ignorent généralement leurs droits car la plupart sont analphabètes, la femme qui ose hausser le ton est soumise aux sorciers qui a alors la responsabilité de la désenvoûter.

Heureusement qu’il existe parfois des exceptions. Il arrive qu’une fille de Yumbi décroche son diplôme d’Etat. Mais pour cela, il lui faut des parents ouverts d’esprit qui l’ont envoyée chez un parent vivant dans la capitale ou dans des chefs-lieux les plus proches de Kinshasa pour qu’elle y poursuive ses études supérieures.

Comme quoi, l’épanouissement de la femme et de la jeune fille de Yumbi doit passer par un énorme travail de sensibilisation.

 

Hermione Yamvu Muzinga est journaliste audiovisuelle en République Démocratique du Congo. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on May 31 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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