Les PVVIH malgaches de plus en plus négligés



Antananarivo, 31 mai. La lutte contre le sida est en déclin à Madagascar. Les associations qui opèrent dans ce domaine avaient constaté qu’elle était négligée depuis 2007. Or, la crise sociopolitique qui a surgi deux ans plus tard a aggravé la situation.

Le coup d’Etat qui a permis le renversement du régime du président Marc Ravalomanana a été synonyme de la cessation d’un financement de l’ordre de 21 millions de dollars alloué au
Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS), organisme rattaché à la présidence de la République de l’époque. De plus, l’interruption du financement des campagnes de sensibilisation par plusieurs organismes internationaux a enfoncé le clou.

«Les campagnes de sensibilisation ont été réduites à leur strict minimum en raison de cette réduction des financements», souligne Johnson Firinga Victorius,  président du réseau Mad’Aids et premier Malgache à avoir déclaré officiellement sa séropositivité sur les plateformes publiques malgaches dont dans les médias.  A cause de cette situation et sachant comment certains groupes vulnérables sont sexuellement actifs, il estime qu’une seule personne vivant avec le VIH (PVVIH) peut à elle seule contaminer dix personnes par jour.

Cette situation ne peut que nuire au pays, même si son taux de prévalence officiel est relativement bas jusqu’ici, soit 0,38%.  Sur papier, Madagascar compte 826 PVVIH dont la moitié est sous traitement antirétroviraux (ARV).  Mais cette prise en charge des PVVIH par les autorités est aussi remise en question car bon nombre d’entre eux habitent dans des régions retirées et beaucoup craignent tôt ou tard une rupture dans la fourniture des antirétroviraux.

«Depuis mars, je n’ai plus droit à un mois d’antirétroviraux comme c’était le cas dans le passé. Je n’ai reçu que cinq comprimés, sans aucune explication,» se lamente un PVVIH âgé de 22 ans, qui se dit découragé d’avoir à faire le va-et-vient entre son domicile et le centre de santé, en vain.

Comme lui, beaucoup de PVVIH se sont fatigués. Ils ne viennent plus chercher de l’aide ni auprès des associations dont la mission est de les encadrer, ni auprès des médecins référents pour le VIH/SIDA afin d’obtenir la panoplie de services et de soins que leur état nécessite.

«Nous avons perdu de vue une centaine de malades. De ce fait, ils ne sont plus recensés et ne bénéficient plus d’un suivi médical et nutritionnel. La coupure des indemnités de transport et de prise en charge lors de leur séjour dans les centres de santé au niveau des districts ou des régions a découragé de nombreux PVVIH,» explique Rachel Rahantarivelo, secrétaire général du réseau Mad’Aids, qui regroupe 29 associations intervenant dans la lutte contre le VIH/Sida dans 21 régions de Madagascar sur les 22 existantes.

«Seules huit régions sur 22 sont bénéficiaires du Round 8 du Fonds Mondial et ce, depuis 2011. De plus, c’est seulement une partie des fonds qui est allouée à la lutte contre le VIH/SIDA. Les associations restantes ont mis leurs activités en veilleuse», se plaint-elle.

L’accompagnement psychosocial des malades est aussi remis en question. De ce fait, les PVVIH sont encore plus vulnérables qu’avant. Un affaiblissement des PVVIH et la contamination de leur entourage sont à craindre. Il ne faut pas oublier que parmi les groupes vulnérables, il y a non seulement des hétérosexuels en couple mais aussi des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), des travailleurs du sexe et des enfants des rues. Ceux-là sont déjà marginalisés.

Même le sujet semble être tombé dans l’oubli pour la population qui est surtout préoccupée par sa survie. Sa santé passe alors au deuxième plan. «Aller se faire dépister n’est plus une priorité pour la plupart des ménages. Les familles pensent avant tout à ce qu’elles vont manger au jour le jour», souligne Jeannot Ranivoarisoa, un activiste engagé dans un projet de lutte contre le VIH/SIDA auprès des habitants vivant dans la brousse.  Il a toutes les peines du monde à trouver des personnes prêtes à l’écouter faire de la sensibilisation ne serais-ce que pendant une petite heure.

Johnson Firinga Victorius n’a pas baissé les bras pour autant. Ce porte-parole des PVVIH multiplie les démarches pour trouver de nouvelles sources de financement. Mais au train où vont les choses, il faut s’attendre à une explosion du VIH/SIDA à Madagascar.

Fanja Razafimahatratra est journaliste free lance. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on May 31 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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