Enfin une crèche pour les enfants des détenues mauriciennes



Une crèche destinée aux enfants des détenues a été aménagée dans l’enceinte de la prison des femmes à Beau Bassin, ville située sur le plateau central à Maurice. Ce projet s’est concrétisé grâce à un partenariat entre le ministère de l’Intégration sociale, la National Empowerment Foundation (NEF), le service des Prisons et l’organisation non-gouvernementale, Fondation pour l’Enfance Terre de paix.

Cette initiative fait suite à la signature en avril 2012 de deux protocoles d’accord entre la NEF et la Fondation pour l’Enfance Terre de Paix d’abord, et les Services des Prisons et la Fondation pour l’Enfance Terre de Paix ensuite. Ces protocoles portent, entre autres, sur les responsabilités et le rôle de chaque partenaire par rapport à la gestion de cette crèche.

Celle-ci qui a pris la forme d’une structure qui a été aménagée à côté de la prison des femmes et capable d’accueillir les enfants des détenues âgés entre trois mois à trois ans, ainsi que quelques enfants des cadres de la prison. La prise en charge des enfants des détenues sera confiée à la Fondation pour L’Enfance Terre de Paix.

L’aménagement de cette crèche vise à offrir aux nourrissons et aux enfants des détenues toutes les facilités afin de favoriser pour le mieux leur développement et leur croissance dans un environnement sain. Cet encadrement est renforcé sur les plans éducatif et psycho-social. Ce placement les aidera dans toutes les étapes de leur socialisation. Cela facilitera non seulement leur intégration dans les écoles pré-primaires mais aussi leur placement éventuel auprès d’autres adultes et pourvoyeurs de soins. L’objectif principal est d’assurer un meilleur avenir aux enfants qui grandissent en milieu carcéral.

Ce projet repose sur le concept que les enfants des détenues doivent avoir droit aux mêmes opportunités existantes dans la communauté et qu’ils ne doivent pas être les derniers dans la hiérarchie des priorités.

Parlant du droit de l’enfant, Jean Bruneau, commissaire des prisons,  soutient que l’enfant n’est pas responsable de la détention de sa maman et qu’il ne peut être pénalisé en conséquence. « Dès le début de la vie, l’enfant doit avoir les mêmes opportunités et les mêmes droits que les autres enfants. Nous faisons notre maximum pour le bien-être des détenues et pour l’épanouissement de leurs enfants ». Il estime que l’enfant doit être une priorité et qu’il ne doit pas devenir le souffre-douleur de la société qui ne doit pas lui faire payer pour les fautes de ses parents.

Depuis 2009, les détenues sont hébergées avec leurs enfants dans un coin spécialement aménagé à leur intention et connu comme la Mother’s and Baby unit. Elles peuvent garder leurs enfants avec elles jusqu’à ce qu’ils aient cinq ans. Cette décision a été prise pour éviter aux bébés le traumatisme d’une séparation brutale d’avec leur mère et de soutenir ce lien par le maintien de la responsabilité parentale et des soins quotidiens de la mère à l’enfant.

A l’heure actuelle, la prison des femmes compte six nourrissons et trois enfants âgés de trois ans. Ces derniers ont été admis dans des écoles pré-primaires municipales et bénéficient de facilités telles que le transport, les uniformes et le matériel scolaire.

Sylvia Rajiah, Supervising Officer, a conçu le projet Kids are Kids. «Ces enfants étaient exposés tant à la vulgarité qu’à la poussière, à un certain manque d’hygiène. Dans le bloc ou dans le yard, même s’ils étaient avec leurs mères, ils n’étaient pas à l’abri des gros mots, par exemple, ou d’inhaler de la fumée des cigarettes des détenues, et de même que de certains actes et gestes indécents. Dans l’enceinte d’une prison, certains comportements peuvent dérouter. Surtout de très jeunes enfants qui sont à ces âges-là très vulnérables et capables de tout capter. Ce n’est pas un environnement où ils auraient dû grandir.»

Désormais, ce sont les pourvoyeurs de soins de la Fondation pour l’Enfance Terre de Paix qui vont encadrer ces petits. « Nous accorderons à ces enfants le même traitement que celui reçu par les autres enfants dans les maternelles et les crèches», explique Alain Muneean président cette ONG.

Incarcérée depuis deux ans et demi pour une affaire de drogue, Sabana, mère d’un bébé, a encore autant de temps à passer derrière les barreaux. Elle est heureuse de pouvoir avoir son enfant à ses côtés. «Je reconnais que j’ai fauté. Mais ce n’est pas parce que nos enfants grandissent avec nous en prison jusqu’à ce qu’ils aient cinq ans que la société peut leur jeter un mauvais regard. Elle ne doit pas les juger. Je souhaite que ce projet Kids are Kids arrive à faire changer la mentalité et le regard des gens sur nos enfants qui sont somme toute des innocents et qui ne doivent pas payer pour les fautes de leurs parents…»

Maurice s’aligne ainsi sur l’Afrique du Sud qui a en 2011 lancé son projet Imbeleko, ce qui signifie prendre soin des bébés en zoulou. En août de la même année, la prison de Pollsmoor à Cape Town a accueilli une première crèche et une clinique pour les enfants de moins de deux ans. Cet établissement accueille 15 bébés et enfants qui peuvent jouer en plein air, s’amuser dans un bac à sable ou sur l’herbe, tout en restant près de leur mère qui est détenue. Cet aménagement répondait à un besoin pressant car en 2010, 143 enfants très jeunes vivaient derrière les barreaux avec leurs mères et les organisations de défense des droits de l’Homme avaient attiré l’attention du gouvernement sud-africain à ce sujet. Celui-ci a fait le nécessaire.

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Jun 12 2012. Filed under Société. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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