Les femmes malgaches sont affamées



Par Leevy Frivet

Madagascar a célébré son 52ème anniversaire d’indépendance le 22 juin dernier, Maurice, ses 44 ans le 12 mars dernier et pourtant les femmes sont loin d’être à égalité avec les hommes au niveau de l’emploi. A Maurice, on déplore le manque des femmes dans certaines postes clés mais l’espoir est  là avec notamment l’Equal Opportunities Act et Commission alors qu’à Madagascar, l’espoir est loin d’être permis.

Selon un rapport de la Banque Mondiale qui vient d’être publié, 93% des familles malgaches, dont une bonne partie est dirigée par des femmes, arrive difficilement à survivre. Elles ont faim, n’ont presque rien dans le ventre et ne trouvent pas du travail.  Pour une fois, ce ne sont pas les travailleurs sociaux ou humanitaires qui le disent mais la Banque Mondiale.

La crise politique, économique, de santé et même alimentaire affecte les femmes malgaches. Ce rapport fait état de plus de 15 millions de Malgaches pauvres et de quelques 35% de femmes malgaches sous-employées. Certains travaillent même sans salaire mais sont payées avec quelques sacs de riz pour qu’elles ne meurent pas de faim.

Le rapport de la Banque Mondiale comporte des témoignages de femmes malgaches qui souffrent après trois ans de crise. D’après ce document, Madagascar est une victime de choix pour les catastrophes naturelles telles que les cyclones à répétition, les inondations, les sécheresses, les invasions de criquets et les épidémies animales et végétales.

Ce pays est également exposé à des chocs économiques internationaux ayant des répercussions considérables sur le bien-être des ménages. En guise d’illustration, la flambée des prix des denrées alimentaires sur le marché mondial qui impacte considérablement sur la vie de la population, en particulier quand cela concerne le riz ou le pétrole.

C’est le cas de Herifanja Rajaomampianina, habitante d’Andranomanalina, quartier de la capitale malgache: « Je suis mariée et nous avons trois enfants. Mon mari travaillait comme informaticien dans une entreprise de la zone franche de Forello mais l’entreprise a fermé en février 2010. Il a cherché un autre travail puis a été embauché dans un hôtel. Le nombre de clients et de touristes a progressivement diminué. Trois mois plus tard, l’hôtel a fermé et mon mari a de nouveau perdu son emploi. Nous avons alors décidé de déménager dans la région d’Andranomanalina où les loyers sont moins chers. Nous avons également transféré nos enfants dans une école primaire publique puisque nous ne pouvions plus nous permettre de les envoyer dans une école privée.

Aujourd’hui, payer le loyer est notre priorité. Il nous est extrêmement difficile de nous procurer suffisamment de nourriture. Les enfants ne mangent pas avant d’aller à l’école. Ils mangent seulement à midi, et parfois le soir quand nous avons quelque chose à mettre dans leurs assiettes. Sinon, ils vont se coucher le ventre vide. Quand nous tombons malades, nous allons au centre de santé de base d’Isotry, mais nous pouvons rarement nous permettre d’acheter les médicaments».

C’est pareil pour Haova, habitante du fokontany d’Erada Ambaninato dans la commune d’Ambovombe. «J’ai 46 ans, cinq enfants et je suis mère célibataire. Mon aîné a 16 ans. Ce n’est pas facile d’être une mère célibataire. Je ne cultive pas la terre. J’ai un petit étal et je vends du bois que je ramasse dans les environs. Quand un programme argent-contre-travail est disponible, j’essaie d’y participer et la vie s’améliore un peu. J’achète de la nourriture et un peu de matériel scolaire car mes cinq enfants vont à l’école. Quand j’ai un peu d’argent, j’achète des patates douces. Le matin, nous nous levons et nous ne mangeons rien. C’est difficile. Le soir, nous nous couchons sans manger si je n’ai rien gagné de la journée. Parfois, je me dépêche d’aller dans les champs ramasser des feuilles de manioc que j’écrase et que je cuisine, et c’est tout ce que nous mangeons pour le dîner »

Arinesta, une autre femme, est elle aussi victime de la crise alimentaire mais dans la commune d’Ampanihy, «Il y a une crise alimentaire. Là-dessus, un cyclone nous a récemment frappés. Presque toutes les activités ont été affectées dont la menuiserie puisque les gens ne peuvent plus acheter de meubles. La crise est en train de s’aggraver dans le sud de Madagascar. J’avais six zébus mais j’ai dû en vendre quatre. Les deux qui restent me permettent de gagner un peu d’argent en transportant des pierres et du bois à Ampanihy. Mes cinq enfants fréquentaient une école catholique privée, mais désormais seulement deux y vont encore, les trois autres vont à l’école publique. Avant, nous mangions du manioc à midi, et du riz le soir. Maintenant nous mangeons du manioc midi et soir. Nous ne savons plus ce qu’est le petit déjeuner».

Cette crise alimentaire ne touche pas que Madagascar. Elle affecte aussi tout le continent africain. L’Afrique selon le Conseil Economique et Social du Développement de l’Afrique auprès des Nations Unies,  le continent compte près de 240 millions de personnes qui sont dénutries, c’est-à-dire qui consomment moins de 2 100 Kcal/jour. La malnutrition est la cause majeure de mortalité et d’invalidité. Toutes les six secondes, un enfant meurt de faim ou de causes liées à la faim en Afrique.

D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 50 millions d’enfants en Afrique souffrent de malnutrition chronique et 40 % des femmes du continent sont sous-alimentées. Soixante pour cent des décès d’enfants de moins de cinq ans et jusqu’à 50 % des cas de mortalité maternelle sont imputables à la malnutrition. En outre, une grande partie de la population africaine n’a pas accès à des aliments contenant des vitamines et des minéraux essentiels à une bonne santé et à une productivité optimale.

L’insécurité alimentaire et la malnutrition aiguës sont récurrentes en Afrique, particulièrement dans les pays constituant la Corne de l’Afrique et le Sahel. Cette crise représente l’urgence alimentaire la plus grave dans le monde d’aujourd’hui. Plus de 12 millions de personnes ont besoin d’une aide urgente dans cette région. Cette aide est nécessaire pour sauver des vies, protéger les moyens de subsistance, empêcher une nouvelle aggravation de l’insécurité alimentaire et renforcer la résistance en vue des déficits céréaliers localisés pour la saison 2011/2012 et les prix constamment élevés des denrées alimentaires pourraient exposer 10 millions de personnes à des risques d’insécurité alimentaire nécessitant une intervention urgente.

Des approches multidimensionnelles et multisectorielles sont plus que jamais nécessaires pour y faire face.

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Jul 4 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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