52 ans de la RDC : pour plus d’indépendance de la Congolaise



Par Anna Mayimona Ngemba

La République démocratique du Congo (RDC) célèbre ce 30 juin 2012 ses 52 ans d’existence comme nation souveraine. Mais qu’en est-il de l’application des droits de ses fils et surtout de ses filles? Si cet âge peut être considéré comme celui de la maturité, on peut dire dans les faits que des pas importants ont été certes franchis mais que beaucoup reste encore à faire pour que les Congolaises jouissent de cette indépendance. On se rappelle encore des années de l’émancipation de la femme sous l’ancien président Mobutu Sese Seko ou encore du mouvement des femmes lors des négociations politiques après les conflits armés.

Depuis les temps ancestraux, elles ont été au centre du développement en étant au four et au moulin. En effet, les travaux des champs et la survie des ménages, cellules de base de toute société, reposaient sur leurs épaules. Après l’accession du pays à la souveraineté nationale, leur situation ne s’est pas directement adaptée aux exigences d’une nation libre.

Les Congolaises ont gardé pendant longtemps un statut minoritaire faisant d’elles d’éternelles enfants du fait qu’elles devaient toute leur vie dépendre de n’importe quel parent de sexe masculin: le père, le mari ou le fils. Le Code de la Famille est ce texte de loi qui consacrait et consacre encore cette minorité. En effet, malgré l’évolution de la Constitution qui, depuis 2006 reconnait la parité homme-femme en RDC, le Code de la famille reste en vigueur.

Plusieurs réflexions ont été initiées aussi bien par les ministères concernés (du Genre, de la Famille et de l’Enfant et de Justice et Droits humains) que par les organisations de la société civile pour exiger la révision de ce Code, mais rien n’est encore fait. Tout porte à croire que c’est de la mauvaise foi de ceux qui doivent prendre les choses en main, à savoir, le gouvernement en premier lieu car il a la charge d’harmoniser les différentes réflexions et ensuite le Parlement qui a la charge de voter des lois.

En effet l’article 14 de la Constitution prévoit: « La femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. L’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites institutions». Elle garantit également l’égalité des droits de tous les Congolais et toutes les Congolaises, sans exception. Ce qui est une avancée par rapport à beaucoup d’autres pays africains.

C’est aussi le cas du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement adopté par les
Etats membres en 2008 et ratifié par la RDC en 2011 sous l’impulsion du ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant.  Mais cela reste au niveau des textes, car la mise en œuvre demeure un grand défi pour ce pays.

Les statistiques parlent d’elles même. L’actuel gouvernement n’aligne que 15% de femmes. L’Observatoire de la Parité avait exigé le respect de la Constitution par l’intégration d’au moins 30% de femmes ministres dans le gouvernement. Une fois encore sa voix et celles de beaucoup d’autres structures n’ont pas été entendues. Sa directrice, Espérance Mawanzo avait déclaré que «Le Premier ministre doit faire de l’intégration du genre dans toutes les politiques une de ses priorités et cela ne passe pas seulement par la nomination d’une ministre du Genre mais par la désignation de femmes à la tête d’au moins un tiers des ministères, dont des ministères-clefs.»

Ce cri a été lancé après le constat amer suite à l’élection des députés à la Chambre basse du Parlement et la composition de son bureau. Sur un total de 500 membres, moins de 10% sont des femmes, avec une seule représentante au bureau, aucune cheffe de groupes parlementaires, etc. Pour Espérance Mawanzo «le droit à une représentation équitable continue à être gravement bafoué et la mise en œuvre de la parité complètement négligée. Cette série noire de l’enterrement de la parité doit cesser».

La politique n’est pas le seul domaine à aligner moins de femmes, surtout pour les postes de décision, tous les autres secteurs de la vie publique sont concernés. Cela nécessite encore plus d’engagement au niveau des dirigeants au sommet.

Comment comprendre d’une part l’avancée dans certains textes, notamment la Constitution, et de l’autre le manque de détermination politique à harmoniser les vieux textes comme le Code de la Famille et de les appliquer ? Tout ce que l’on peut dire, c’est que 52 ans après l’indépendance, la RDC continue à souffler le chaud et le froid dans l’acceptation des droits de la femme.

Anna Mayimona Ngemba est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Jul 4 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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