Afrique australe: Des points contre du sexe dans les institutions universitaires: A qui la faute?



 Par Sheena Magenya
Windhoek. La dernière tendance au sein des institutions universitaires ces jours-ci est que les étudiants et les chargés de cours s’échangent plus que des connaissances et de l’information. Des étudiants allèguent que certains chargés de cours sollicitent des faveurs sexuelles des étudiants en échange de meilleures notes par rapport à leurs cours. Qui est responsable de cette tendance qui dans une relation entre médecin et patient, est jugée contraire à l’éthique ?

Des points contre du sexe, souvent surnommé ‘Points Sexuellement Transmis’ (PST), sont un phénomène bien connu. L’Université de Namibie et celle de Walter Sisulu, en particulier le campus Mthatha en Afrique du Sud, ont fait la Une de l’actualité en 2011 en raison de scandales identiques. Des cas similaires ont été rapportés au Malawi et au Zimbabwe.

L’enquête menée dans le cas de l’Université de Namibie n’a rien donné du fait qu’aucun étudiant n’a fourni d’information. Les chargés de cours de cette université ont été exonérés. Le cas de PST en Namibie est un cas typique de harcèlement sexuel dans des institutions universitaires.

Une des recherches de Gender Links en 2010 intitulée «Le Genre dans l’éducation aux médias: un audit du genre dans la formation journalistique et l’éducation aux médias » (GIME) a trouvé que le harcèlement sexuel est répandu dans les institutions universitaires. Sur les 25 universités sondées en Afrique australe, 11 d’entre elles, soit 44%, ont des politiques contre le harcèlement sexuel alors que 56% n’en ont pas.

Dans le code d’éthique de l’Université de la Namibie par exemple, le harcèlement sexuel s’applique aussi bien au personnel qu’aux étudiants. Ce document définit le harcèlement sexuel, décline les procédures à suivre lorsqu’il y a une plainte logée et la sanction qui doit être administrée. Cependant, le GIME a aussi trouvé que les politiques de harcèlement sexuel sont méconnues et mal appliquées.

Le problème en jeu est que les chargés de cours impliqués dans de telles relations la justifient en avançant que cela implique deux adultes consentants ayant une relation ou qui sont engagés dans une relation sexuelle consentante. Plusieurs étudiants approuvent l’idée. Cependant, avec les cultures et pratiques qui rendent les choses floues par rapport à ce qui est un comportement sexuellement approprié encore en cours, ces expressions ne surprennent pas.

En tant que facilitatrice d’un groupe de discussion avec des étudiantes sur cette question de harcèlement sexuel, j’ai réalisé que certaines étudiantes avaient du mal à reconnaître certaines avances masculines comme sexuellement provocantes.

«Nous avons affaire avec des étudiants qui caressent les fesses. C’est la même chose lorsque nous quittons le campus. Les chauffeurs de taxi font de même et nous disent des obscénités. Nous y sommes habituées,» a déclaré une étudiante. Une autre a ajouté, «c’est ce que font les hommes. Nous avons appris à les ignorer ».

En comparaison avec les avances obscènes des étudiants et d’autres hommes en public, la coercition subtile qui pourrait être appliquée par les chargés de cours n’est pas facilement identifiée comme inappropriée ou comme du harcèlement sexuel, bien que l’étudiante en question ne soit pas entièrement confortable avec la situation.

Le harcèlement sexuel et l’exploitation ont été normalisés par une société où culturellement les hommes sont autorisés à toucher ou communiquer de façon inappropriée avec des femmes et qui enseigne aux femmes à le tolérer en silence.

Tristement, le syndrome de PST perpétue la culture du silence et augmente les cas de harcèlement sexuel au sein des institutions universitaires. Des enquêtes ont été ouvertes mais un air de déni traîne dans l’air.

Un professeur de l’Université de la Namibie a affirmé qu’il ne voyait rien de mal à s’engager dans une relation avec un étudiant majeur. «Nous avons quelques étudiants très mûrs ici et il n’est pas illégal que deux adultes consentants soient dans une relation. Et si c’était l’étudiante qui proposait la relation?»

Plusieurs personnes, des chargés de cours et des étudiants confondus, ont le même sentiment – si des chargés de cours sont mis sur la sellette, les étudiants aussi devraient l’être.

Il y a un minimum de vérité dans ces sentiments mais ils devraient être perçus comme une mise au point sur la double responsabilité de conduite qui s’applique aussi bien aux étudiants qu’aux chargés de cours et pas comme une façon d’exonérer les actions des chargés de cours qui s’inscrivent dans une relation de pouvoir.

Cela paraît simple mais si vous avez des étudiantes qui ignorent ce qu’est le harcèlement sexuel, comment peuvent-elles porter plainte ?

Le problème de PST est un des reflets multiples de la nature patriarcale dominante des relations sociales qu’elles soient sexuelles ou pas. Les chargés de cours, médecins, managers parmi d’autres, indépendamment de leur sexe, âge ou orientation culturelle, sont en position de pouvoir par rapport à leurs étudiants, patients et employés respectivement.

Il y a une compréhension patriarcale du pouvoir qui conçoit qu’il puisse être utilisé jusqu’à l’abus et exploité pour sa propre satisfaction. Cette compréhension à sens unique du pouvoir fait que les chargés de cours justifient les PST.

De l’autre côté, la culture et la pop-culture enseignent aux jeunes femmes que le sexe et leur sexualité superficielle est un bien commercial et peut être utilisé comme un moyen pour parvenir à ses fins.

Comment s’est terminée notre conversation avec le chargé de cours? Bien que lui rappelant qu’il a signé un code de conduite réclamant qu’il agisse toujours en professionnel dans ses activités en tant que chargé de cours et qu’un chargé de cours qui couche avec son étudiante, qu’elle soit majeure ou mature et même si elle a initié la relation, est un abus de pouvoir, le chargé de cours a maintenu sa position.

De ce fait, toute tentative de présenter un cas de harcèlement sexuel dans un cadre d’auteur et de victime ne servira à rien. Ce n’est qu’un reflet mineur d’un problème plus vaste, l’institutionnalisation de la patriarchie et la sexualisation du corps féminin.

Jusqu’à ce qu’il y ait un système social et culturel qui présente une compréhension différente du pouvoir et des relations de genre, les femmes et les hommes continueront à exploiter de la manière qu’ils veulent le levier dont ils disposent pour obtenir ce qu’ils veulent. Le harcèlement sexuel dans les institutions universitaires stoppera le jour où les jeunes femmes comprendront ce qu’il est en réalité et apprendront à ne pas utiliser leur sexualité pour obtenir des qualifications.

Sheena Magenya est une journaliste en freelance basée en Namibie. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte une perspective nouvelle à des informations quotidiennes.

Posted by on Jul 4 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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