Maurice : Sortir du silence pour dénoncer les souffrances



Par Jimmy Jean-Louis

A la fin juin, plusieurs affaires de mœurs sortant de l’ordinaire ont fait surface à Maurice. Dans le premier cas, il s’agit de plusieurs jeunes femmes qui ont brisé le silence, 14 ans après les faits, pour dénoncer le sort que leur aurait fait subir un présumé pédophile alors qu’elles passaient des vacances chez ce dernier.

Cette affaire de mœurs a la particularité d’avoir lieu au sein d’un groupe socioculturel très huppé de Rivière-Noire, plus particulièrement à Tamarin, l’une des régions les plus chics et riches du pays. D’ailleurs, le présumé pédophile, un professionnel de 52 ans, spécialisé dans le commerce d’équipements pour le secteur textile, est passé aux aveux. Cet habitant de Rivière-Noire a admis avoir fait des attouchements sur l’enfant d’une proche et les enfants de ses amis alors qu’ils venaient passer le week-end chez lui. Il a préalablement participé à une parade d’identification de rigueur au cours de laquelle ses victimes l’ont formellement reconnu.

Il a déclaré dans sa déposition avoir lui-même été victime d’attouchements lorsqu’il était enfant. Ce qui explique, selon lui, pourquoi il a perpétué ces gestes. Il déclare également qu’il essaie de se soigner en suivant une thérapie à l’Ile de la Réunion, département d’outre-mer français et île voisine à Maurice.

«Je concède les faits et je regrette au plus profond de moi ces actes pour lesquels je me suis fait soigner depuis. Je vais collaborer entièrement avec la police dans son enquête», a-t-il déclaré lors de son interrogatoire sur chacun des quatre cas non-contestés. « Pendant des années, j’ai porté ces affaires en moi comme une véritable torture. Je présente mes plus plates excuses à tous. Je suis disposé à aider à soulager la souffrance des victimes », devait-il ajouter, avant d’être conduit en cellule policière.

Cinq des victimes présumées d’attouchements sexuels, d’attentat à la pudeur et d’actes de pédophile ont consigné en présence de leur conseil légal une déposition révélant des détails sur les actes commis de manière régulière et répétée sur leur personne il y a au moins une quinzaine d’années de cela.

Les cinq victimes, qui sont aujourd’hui des adultes, dont une a fait le déplacement de l’étranger en vue de dénoncer ce scandale, même tardivement, ont également subi des examens médicaux complets pratiqués par le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin.

Les parents des victimes, visiblement irrités par les agissements de ce pédophile présumé, les accompagnaient. Des sources proches du cercle fermé de Tamarin confirment que ce scandale de pédophilie a été ébruité sur le réseau social Facebook il y a au moins deux mois.

Deuxième affaire de mœurs insolite: une jeune policière qui a incriminé son supérieur hiérarchique, un inspecteur de police, affecté à un poste des Plaines-Wilhems, l’accusant de viol et de sodomie sur sa personne.

Dans cette affaire, les détails fournis par la policière au sujet de cette double agression sexuelle commise il y a environ six mois sont jugés extrêmement accablants et pourraient avoir des conséquences à plusieurs niveaux de la hiérarchie de la force policière en raison d’une certaine attitude complaisante envers de tels délits.

Ce qui est d’autant plus grave est le fait que malgré qu’elle ait rapporté ce cas précédemment auprès d’autres hauts gradés de la police, aucune action n’ait été prise. Il a fallu tout le courage à cette jeune policière, d’origine rodriguaise, pour aller au bout de son action et consigner une déposition à la police pour permettre l’arrestation de son supérieur.

Heureusement qu’on apprend que les hauts gradés de la police, dont les noms sont mentionnés dans la déposition de la victime, comme étant au courant de ce grave problème, seront également convoqués au Central Criminal Investigation Division pour être entendus sur les mesures qu’ils auraient prises après avoir pris connaissance de ce cas d’agression sexuelle.

Deux autres cas ont choqué l’opinion publique dans le cadre du grand débat pour la dépénalisation de l’avortement dans des cas spécifiques. Il y a d’abord eu cette mère qui a fondu en larmes sur les ondes de la radio Top FM lors de l’émission «Lévé Maurice» quand elle a raconté comment sa fille de neuf ans a été violée par nul autre que son beau-frère. Puis, il y a cette femme qui est intervenue sur la même radio pour raconter comme elle et sa sœur avaient été poursuivies par un individu, il y a une quinzaine d’années. Avant que ce dernier n’agresse sa sœur sexuellement. Le pire selon elle, c’est que sa sœur a perdu la tête depuis mais que l’agresseur s’est fait une belle place dans la même société religieuse qu’elle fréquente.

Le chemin de la dénonciation est encore long pour des milliers de victimes qui souffrent en silence. Ces quelques dénonciations lèvent le voile sur une injustice que subissent encore en silence plusieurs femmes et parfois même des hommes.

Depuis plusieurs années, Gender Links a l’habitude de publier des livres de témoignages intitulés «I-Stories» qui permettent aux femmes ayant subi des atrocités de se libérer par la parole. L’année dernière, j’ai personnellement travaillé sur le cas d’hommes ayant fait leur mea-culpa sur les violences infligées à leurs partenaires ou encore d’hommes victimes d’abus de leurs partenaires. Faire les victimes et leurs auteurs parler de leur vécu pourrait être un bon moyen de les libérer de leurs lourds secrets.

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Jul 4 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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