La Congolaise Marie-Angèle Bungudi: 34 ans à enseigner aux non-voyants



Le caractère noble de la profession d’enseignant est universellement reconnu.  Enseigner à une personne, surtout à un enfant, n’est pas donné à tout le monde.  Et c’est encore plus dur quand cet enfant est handicapé. Mais cela n’a jamais posé problème à la Congolaise Marie-Angèle Bungudi, qui encadre les enfants non-voyants comme voyants depuis 34 ans.

En  République Démocratique du Congo (RDC) et comme dans d’autres pays d’ailleurs, l’enseignement est organisé de sorte que l’enfant suive un cursus scolaire articulé en trois cycles: la maternelle, le primaire et le secondaire.  A trois ans,  il  débute par la maternelle pour une  durée de trois ans, de six à 12  ans, place au primaire où au final, il obtiendra un certificat d’études.  Et  entre  12  et  18  ans, c’est le secondaire général ou les humanités.  C’est là  qu’il obtiendra son diplôme d’Etat, l’équivalent du baccalauréat et d’autres diplômes s’il poursuit des études supérieures.

Les  élèves  souffrant d’un  handicap physique, comme par exemple les enfants non-voyants, apprennent le braille. Ces cours sont dispensés par des  enseignants  spécialisés mais  ils ont du mal à  franchir les  différentes  étapes  de  l’apprentissage et ce, pour  plusieurs  raisons.  Celles-ci varient de la  pauvreté des parents  dont  certains  cèdent  au  découragement  compte  tenu  de  l’ infirmité  de  leur  enfant, à l’absence de structures adéquates d’enseignement spécialisé pour ces enfants.

Toutefois,  certains  parents  demeurent  convaincus  que  l’héritage  que  l’on peut  léguer  à  son  enfant reste l’éducation.  Ils consentent d’énormes sacrifices pour offrir un enseignement de  qualité  à  ce dernier.  Le  père  de  Gomli, enfant non-voyant de  16  ans,  croit en l’épanouissement de son fils par le biais des études.  Gomli est en 4eme  année d’humanités et dans deux ans, il décrochera son diplôme d’Etat ou baccalauréat.

L’Institut  National  pour  Aveugles  (INAV) et Marie-Angèle Bungudi qui y encadre les enfants, travaillent  d’arrache-pied  pour former Gomli, ainsi que les autres enfants fréquentant cette institution, à cette étape cruciale de leur développement intellectuel.   Gomli  et  ses  amis  de  classe  sont  admis à plein temps au  sein de  l’INAV  pour qu’ils n’aient pas à se déplacer au quotidien jusqu’à cet établissement et pour les encourager  à  surmonter  leur handicap grâce aux échanges dans  la  vie  communautaire, prélude à  une meilleure intégration  dans  la  société.

Marie-Angèle Bungudi, veuve depuis un mois, n’a jamais pensé qu’elle s’occuperait un jour de l’enseignement des enfants handicapés. C’est en 1977 après que sa jeune sœur ait été admise dans un centre de rééducation pour handicapés physiques qu’elle décide de dévouer sa vie aux enfants ayant un handicap.  Au cours de la même année, l’INAV recrute des effectifs pour étoffer son corps enseignant. Marie-Angèle Bungudi fait partie du lot et suit une formation appropriée pendant un an.

Après quoi, elle rejoint le corps enseignant de l’INAV. C’était il y a 34 ans. Depuis et bien que mal rétribuée, Marie-Angèle Bungudi prend plaisir à former des enfants non-voyants et à les voir s’épanouir car avant 1991, tous les enfants handicapés formés étaient envoyés en Europe par les Pères de la Charité, qui géraient l’INAV.

L’Etat congolais n’accorde toutefois pas beaucoup d’attention à ces enfants porteurs d’un handicap. L’INAV rencontre beaucoup de difficultés, entre autres, le manque des papiers braille ou de machines pour la lecture en braille. A l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’INAV ne dispose d’aucun ordinateur braille. « Face à cette situation, je ne me décourage pas,» dit Marie-Angèle Bungudi. «Je continue à sensibiliser les parents d’enfants vivants avec un handicap pour qu’ils ne négligent pas ces derniers. Les mettre sur le banc de l’école leurs permettront d’être utiles à la société».

Comme l’INAV est pour l’intégration et accueille aussi bien les non-voyants que les voyants, Marie-Angèle  Bungudi leur apprend le braille et leur prodigue des leçons de morale et de  civisme. C’est avec elle que Gomli et tant d’autres enfants ont appris à marcher sans canne  blanche, à  se vêtir seul et à être autonomes. Gomli reconnait l’apport de cet encadrement: « Bien qu’étant aveugle, je ne me sens nullement gêné. Avec la formation que j’ai reçue, je peux me déplacer seul et servir mon pays en comptant sur mes forces et en mettant de côté mes faiblesses.»

Grâce à Marie-Angèle Bungudi, très tôt dans la vie,  Gomli a su détecter les sons et saluer ses autres amis aveugles en claquant des doigts.  Ce faisant, ils savent de facto que leur vis-à-vis cherche à communiquer.  Marie-Angèle Bungudi leur a aussi appris à développer leurs autres sens. «Les  enfants  non-voyants sont  utiles à la société et démontrent de quoi ils  sont  capables.  Ils se distinguent par leur savoir-faire,  leur savoir être et même par leur  esprit d’équipe.  Les envoyer à l’école,  c’est contribuer efficacement à leur autonomie.» C’est ce qu’elle essaie de faire comprendre aux parents. Depuis 34 ans.

Hermione  Yamvu Muzinga est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Aug 1 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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