Multiplication des brutalités policières contre les travailleuses du sexe mauriciennes



Les travailleurs sociaux alertent les autorités.  Cadress Runghen du Groupe A de Cassis, Dhiren Moher de Vivre+ et Noor Peerbaccus, de Tan Nou La Voi (Ecoutez notre voix) ont envoyé une correspondance au Premier ministre, Navin Ramgoolam, au leader de l’opposition, Paul Bérenger, à la ministre de la Sécurité Sociale,  Sheila Bappoo et à celle de l’Egalité du Genre, Mireille Martin. Lettre dans laquelle ils dénoncent la brutalité policière dont font l’objet les travailleuses du sexe.

« Depuis quelque temps maintenant, des femmes que nous rencontrons sur le terrain se plaignent d’avoir été agressées physiquement et verbalement par des policiers au niveau du Jardin de la Compagnie. Nous avons vu les traces de coups laissés sur les corps de certaines d’entre elles, ce qui n’est qu’une petite indication de la violence subie. Certaines femmes parlent aussi de tortures et de violence sexuelle à leur égard par les policiers. Nous comprenons aussi ô combien cette manière de faire barbare peut être humiliante et destructrice pour elles. Vulnérables et sans défense, conduites en ces lieux par des circonstances de la vie, ces femmes sont engagées dans le travail du sexe. Touchées par la pauvreté, la précarité sociale et économique, victimes de la toxicomanie et d’autres injustices de la vie, le travail du sexe est souvent le seul recours offert à ces femmes pour leur survie et celle de leurs proches. Plusieurs sont des mères de familles qui ont des enfants et des parents à leur charge» expliquent les auteurs de cette missive aux autorités. Selon eux, plusieurs travailleuses du sexe, opérant dans la capitale seraient régulièrement victimes de coups des policiers.

Cindy, 30 ans, travailleuse du sexe, raconte comment des policiers agresseraient ses consoeurs chaque soir. Ses collègues disent avoir été malmenées par des membres de la force policière. Ce que nie la police, faisant valoir qu’il n’y a aucune mention d’agressions commises par des officiers dans leurs rapports.  Jennifer, 36 ans, qui exerce au Jardin de la Compagnie, se plaint de l’attitude de la police. « C’est d’une violence inouïe. La police nous tabasse. Même si nous sommes simplement assises sur un banc à attendre, nous sommes battues,» affirme-t-elle.

Pourtant, ces travailleuses du sexe ne sont pas étrangères à la violence. Cindy, dont le corps porte de nombreuses cicatrices, souvenirs de clients, indique qu’à plusieurs reprises, des agents de l’ordre seraient venus la menacer. Certains feraient du chantage à leurs clients en menaçant de révéler leurs comportements à leurs familles. Ce qu’elles sont obligées d’accepter des clients pour pouvoir être payées, elles refusent de céder face à certains policiers qui ne sont pas censés faire un usage abusif de leurs pouvoirs.

C’est la misère et la drogue qui ont souvent conduit ces mères de familles à vendre leurs corps. A l’instar de Jennifer, mère de quatre enfants, qui dit ne trouver aucun autre travail, car son certificat de moralité fait mention de ses démêlés avec la police et la justice.

L’avocate  Poonam Sookun rappelle que la police n’est pas autorisée à user de la force physique envers quiconque. « Ce n’est pas normal que la police frappe des gens. Peu importe l’activité de ces personnes, la police doit agir dans le cadre de la loi. Elle n’a pas le droit d’user la brutalité », explique cette légiste connue comme militante des droits humains qui a l’habitude de dénoncer la brutalité policière.

Me Sookun considère que les victimes doivent porter plainte. «Celles qui en sont victimes doivent aller prendre un formulaire 58, même dans un autre poste de police et se faire examiner par un médecin. Ceci afin de laisser la loi suivre son cours et punir les coupables. Il y a également des plaintes qui peuvent être enregistrées auprès du Police Complaint’s Board.»

Certes, la loi rend la prostitution illégale. Mais rien n’autorise les policiers à se transformer en agresseurs envers ces femmes qui sont aussi des mères de famille. Cette manière de faire va à l’encontre des lois et des droits humains. Des situations similaires ont plusieurs fois été dénoncées dans le passé. À un moment, la violence perpétrée par des agents de l’État avait cessé, admettent les travailleuses du sexe mais elle a recommencé. C’est comme un cercle vicieux.

Selon les témoignages des femmes concernées, à chaque fois, ce serait le même groupe de policiers qui seraient impliqués dans ces actes barbares. Ces derniers circulent à bord d’un véhicule de police. Cette violence ne découragera pas le travail sexuel et n’aidera en rien ces femmes. «Bien au contraire, elle les entraine davantage vers la perte de leur dignité et les enfonce davantage dans une violence destructrice », déplorent les ONG’s dans leur lettre aux dignitaires.

C’est malheureux mais la travailleuse du sexe de Maurice et d’ailleurs est de plus en plus stigmatisée au sein de la société. Elle a du mal à obtenir un emprunt de la banque, à louer un appartement ou faire valoir ses droits les plus élémentaires. Mais désormais, les choses vont beaucoup plus loin. Les travailleuses du sexe vivent dans la peur de subir la répression policière. Souhaitons que les personnalités à qui ce courrier a été adressé prennent action contre ces brebis galeuses qui ternissent l’image de la force policière.

 

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

 

 

 

Posted by on Aug 2 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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