Sorcellerie : pourquoi les Mauriciens se laissent berner par la magie noire?



Les difficultés économiques couplées à la dégradation de la situation sociale à Maurice font que certaines personnes se tournent vers les sciences occultes ou vers la magie noire en pensant que ces pratiques résoudront leurs problèmes. Or, dans la réalité, les femmes sont souvent victimes de ces pseudo-sorciers qui n’hésitent pas à les utiliser pour assouvir leurs besoins sexuels en prétendant les libérer des esprits maléfiques qui les habitent. Le pire est qu’aujourd’hui, des femmes ont emboîté le pas à ces escrocs, bernant des gens crédules et mal dans leur peau.

 

Il n’est pas rare de voir des coqs, des légumes, du camphre, des citrons, des bougies, et autres bâtonnets d’encens dans les cimetières ou à des carrefours. Ce sont les ingrédients qu’utilisent les sorciers que l’on appelle aussi « longanistes » à Maurice. Si dans le passé, de nombreuses femmes se sont fait abuser par des hommes se prétendant guérisseurs de maux du corps et de l’esprit, les femmes s’y mettent aussi, trouvant là un moyen de se faire de l’argent facile.

 

En janvier 2012, Rosemary A., 48 ans, sans domicile fixe (SDF), s’est retrouvée derrière les barreaux. Elle avait élu domicile sur une plage publique de l’île,  avant d’être surprise en pleine séance de ‘sorcellerie’ par la police. Interrogé, le couple qui était en sa présence, a expliqué qu’il était venu consulter la dame pour tenter de résoudre ‘certains problèmes personnels’.

 

La femme serait devenue dépressive depuis la mort de son nourrisson âgé de 15 jours.  Le couple a rencontré Rosemary A. alors qu’elle récitait des prières sur la plage. Mari et femme se sont approchés d’elle et leur ont exposé leur situation. Celle-ci leur a demandé d’apporter un poulet, du safran, du camphre, des oignons, de l’encens chrétien et des bâtonnets de santal, plus la somme de Rs 700. Le poulet devait être offert en sacrifice non loin d’un lieu de culte lorsque la police a débarqué.

 

En mars dernier, c’est un homme, Dhanesswar Shibdeenq, qui a été trouvé coupable du meurtre de sa voisine Dhanwantee Khordy. Il lui a infligée 12 coups de sabre. Pour sa défense, il a déclaré qu’il craignait que celle-ci ne lui fasse du tort en s’adonnant à la sorcellerie. La juge devant qui l’affaire a été entendue, a condamné le prévenu à 15 ans d’emprisonnement.

 

En mai, Marie Ange Isabelle Naigum, dit Nalini, a été appréhendée  pour pratique de la sorcellerie. Elle prétendait posséder certains dons provenant d’une déesse et se disait experte en chasse des mauvais esprits. Parmi ses pseudo-exploits, la guérison d’une personne atteinte de cancer et d’avoir aidé un «possédé» à retrouver son emploi. «Je suis une envoyée du ciel. Ma mission est de me sacrifier pour le bien-être des autres», a expliqué Nalini. Elle récuse l’accusation de sorcière et avancent que les gens sont jaloux de son influence. Elle raconte que seules deux personnes au monde possèdent ce don : une Indienne et elle. Parmi ses clients, des personnalités politiques, dont un ministre de l’actuel gouvernement.

 

Hemant Kumarsingh Bisram, 34 ans, a été surpris en pleine séance de «sorcellerie», en juin dernier, dans la forêt de Daruty à Goodlands. C’est à la suite d’une dénonciation que la police de la région s’est rendue sur place et l’a arrêté. Toujours en juin, Clifford un pêcheur habitant le nord de l’île, a porté plainte à la police pour se plaindre de ses voisines qui l’accusent de pratiquer de la sorcellerie pour que les clients boudent leur commerce en face.  

D’autres encore profitent de la faiblesse des gens pour les forcer à avoir des relations sexuelles après les avoir dupés, leur promettant qu’elles pourraient alors enfin concevoir un enfant.  Ces « longanistes » sont souvent sollicités dans un but très précis : conjurer le sort, dans un premier temps, et, dans un deuxième temps aider une personne à se venger. Ces charlatans savent comment manipuler leurs ‘clients’ afin de tirer un profit maximal de ces gens crédules et fragiles mentalement. Les honoraires réclamés sont en fonction des ‘services’ effectués. Et ils jouent sur les sentiments de leurs ‘clients’ afin de les rendre encore plus dépendants d’eux.

La solution contre tous ces escrocs serait de tirer la sonnette d’alarme auprès des parents, des éducateurs, des religieux et des dirigeants pour qu’ils sensibilisent la génération future sur les méfaits que ces pseudos-sorciers peuvent occasionner. Les abus sur les femmes sont multiples mais peu d’entre elles osent porter plainte car les pratiques de sorcellerie sont illégales et punissables par la loi. Il faudrait que ces pratiques douteuses soient rayées de la carte mauricienne.

Il n’y a pas que Maurice à connaître de telles pratiques. Dans plusieurs pays, ces arnaques existent aussi, y compris en Afrique où la sorcellerie fait partie des traditions. Seule l’éducation pourra en venir à bout…

 

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Aug 2 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply


Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17



Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.