Nous nous réjouissons que la société civile, dans son ensemble, se soit amplement exprimée sur la question en disant clairement sa désapprobation…



13 août 2012

 Les catholiques à Maurice se sentent humiliés et profondément blessés par les propos tenus par M. Darlmah Naeck dans son éditorial du 8 août dernier. Des réactions nous parviennent, exprimant de diverses manières l’indignation soulevée à la base par des propos émis par un journaliste dit professionnel. Nous nous réjouissons que la société civile, dans son ensemble, se soit amplement exprimée sur la question en disant clairement sa désapprobation. Deux membres du comité diocésain 1er février, Mme Danielle Palmyre et le père Alain Romaine, ont publié des analyses et posé des interrogations pertinentes sur des enjeux de la relation inter communautaire à Maurice.

M. Naeck accuse les ecclésiastiques de l’Eglise de « tenir tout le temps un discours dont le thème est : vous êtes victimes des autres ». En une seule phrase, M. Naeck stigmatise 250 ans de présence de l’Eglise, depuis le Père Laval jusqu’aujourd’hui. Sait-il seulement que l’Eglise, avec tous ses prêtres sont engagés, dans l’empowerment des Créoles, dans les réseaux de proximité auprès des pauvres  aussi bien que dans les formations proposées par le diocèse ?

Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, l’action de l’Eglise en faveur des affranchis fut initiée par le Père Laval, l’apôtre des Noirs.  Il a ouvert les portes de l’Eglise aux créoles descendants d’esclaves. Sous l’épiscopat du Cardinal Jean Margéot, l’Eglise s’est engagée dans ses institutions (Caritas, JOC, LOAC, écoles, paroisses entre autres) à faire un travail de réparation envers les créoles descendants d’esclaves. Mais plus encore, depuis les années 90, avec le réveil des Créoles au sein de l’Eglise, ce sont les descendants d’esclaves eux-mêmes qui sont devenus les protagonistes de ce travail de réparation. Dans une lettre de carême en 1993, Mgr Maurice Piat analyse le malaise créole et oriente les actions pastorales de l’Eglise en direction de ses fidèles créoles. Dans la même lignée, le synode de l’Eglise catholique à Maurice (qui a rassemblé 250 participants entre 1997 et 2000) s’est longuement laissé interroger sur l’action de l’Eglise par rapport au monde créole. Je réfère M. Naeck au livret synodal publié en 2001 (pg 46).

Des travaux de recherche et diverses initiatives sur l’identité créole, l’inculturation, la traduction de la Bible en créole, la liturgie en créole, la lutte contre l’exclusion et la pauvreté… ont été menés dans une perspective d’empowerment.

Au vu de ce petit rappel historique, il est totalement faux de venir affirmer que : « la seule chose que l’Eglise catholique ait réussie à transmettre à ses ouailles, c’est la prétendue supériorité de la culture européenne ». M. Naeck est libre de ses « analyses », mêmes si non fondées, mais il est inconcevable qu’un éditorialiste qui se respecte puisse proférer des  accusations gratuites sans se renseigner sur ce que l’Eglise et ses prêtres accomplissent sur le terrain.

Les récentes réactions épidermiques libérées sur Facebook, aussi bien que les propos de M. Naeck qui auraient dû être plus réfléchis, démontrent amplement la fragilité de la construction de notre nation. Il faut regretter que les conclusions du rapport professionnel de la Commission Vérité et Justice qui stigmatisent les stéréotypes qui pourrissent les relations intercommunautaires semblent être relégués aux archives. « Si ces recommandations sont mises en pratique, des changements fondamentaux seront opérés dans la République de Maurice, dont les ancêtres ont souffert des conséquences de l’esclavage et de l’engagisme et dont les descendants portent les stigmates de ces traitements inhumains » (Extrait du rapport de la Commission Vérité et Justice). Pour rappel, cette commission a coûté Rs 60 millions à l’Etat mauricien et aujourd’hui le comité interministériel chargé du suivi ne donne pas signe de vie.

Enfin, la direction du Défi Media Group ne saurait se dérober à sa responsabilité devant la justice. Le « nous » utilisé par l’éditorialiste signe la responsabilité collective du journal. Un journalisme qui se respecte, au lieu de véhiculer des clichés destructeurs, devrait plutôt par une saine documentation, les interroger.

Jean-Maurice Labour

Vicaire Général

 

 

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