Afrique australe: faire un forcing pour l’ajout d’une clause additionnelle sur le genre et le changement climatique



Par Saeanna Chingamuka et Loveness Jambaya-Nyakujarah

Les activistes du genre ont récemment fait un vibrant plaidoyer pour l’ajout d’une clause additionnelle  sur le genre et le changement climatique lors de la rencontre des chefs d’Etats des pays membres de la Communauté de Développement de l’Afrique australe à Maputo, capitale du Mozambique.

Le groupe de travail du Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique (PICC) prédit que la tendance du réchauffement climatique en Afrique sera une fois et demi supérieure à la tendance mondiale et que la chaleur en Afrique australe sera de trois à quatre degrés supérieure à celle d’aujourd’hui et ce, d’ici la fin du siècle.  Cette région vit déjà une tendance de réchauffement climatique depuis la dernière décennie.

Au Botswana, les changements drastiques dans les schémas climatiques et les saisons se sont manifestés par des périodes prolongées de sècheresse et des retards dans l’arrivée des pluies. A la fin juillet 2012, le gouvernement du Botswana a décrété que 2012/2013 serait une année de sècheresse partielle. Le Mozambique est un des pays de l’Afrique australe le plus affecté par les catastrophes naturelles et cette situation empirera en raison du changement climatique. La Zambie connaît des sècheresses en alternance avec des inondations et d’autres effets assommants: des problèmes sociaux, économiques et environnementaux tels qu’une paupérisation accrue et la déforestation en raison de la production de charbon de bois.

Et pourtant, les femmes de l’hémisphère sud contribuent le moins au changement climatique alors qu’elles en ressentent davantage ses effets. Parmi d’autres choses, les femmes supportent le poids des coupures d’eau et doivent marcher des kilomètres pour en trouver et approvisionner leurs familles. Elles sont aussi affectées par les maladies sévissant au sein des communautés et qui sont liées à l’alimentation appauvrie et aux épidémies telles que la malaria, les maladies véhiculées par l’eau et celles respiratoires. Plus récemment, l’incidence du changement climatique sur la violence basée sur le genre s’est fait plus cruellement sentir, par exemple dans le sillage des désastres, lorsque les femmes doivent parcourir de plus longues distances seules pour trouver de l’eau potable ou ramasser du bois pour cuisiner.

Le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement ne contient aucune disposition pour guider les interventions sur le genre et le changement climatique. Cependant, il contient des dispositions progressistes qui peuvent être utilisées pour faire avancer l’agenda de la justice climatique. Dans son introduction, le Protocole parle d’assurer «l’élimination de toutes les inégalités du genre dans la région et de promouvoir la pleine jouissance des droits.»  Les dispositions 15-19 ont trait aux ressources productives et au développement économique incluant l’allègement du poids des rôles multiples cumulés par les femmes. Dans le contexte du changement climatique, cela signifie que l’égalité du genre et l’autonomisation des femmes devraient dicter le financement par rapport au changement climatique.

Bien que cette question ait été soulevée dans la presse, elle est trop importante pour être laissée au hasard. C’est dans ce contexte que la Southern Africa Gender Protocol Alliance mène campagne pour l’ajout d’une clause additionnelle au Protocole sur le changement climatique. Les ministres responsables du genre/des affaires de femmes ont déjà adopté le principe de l’ajout d’une clause additionnelle lors de leur réunion extraordinaire de novembre 2011 en marge de la préparation de la Conférence des Parties 17 (CP 17) qui s’est tenue entre la fin novembre et début décembre 2011 à Durban en Afrique du Sud.

Les six demandes de cette clause additionnelle sont comme suit : que le changement climatique fasse référence à « s’assurer de la participation égale des femmes et d’hommes dans toutes les décisions liées au changement climatique et ce, à tous les niveaux d’ici 2015 comme spécifiés dans les dispositions 12 et 13 du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement. Selon le Baromètre du Protocole de la SADC pour 2012, les femmes présentes à des postes clés dans les ministères des affaires environnementales et de développement durable ne représentent que 21%. Ceux qui occupent les postes importants sont des ministres, vice-ministres, secrétaires permanents, chefs de départements etc.

Il est ensuite propose que les chefs d’Etats des pays de la SADC s’assurent que d’ici 2015, le mécanisme de réduction des émissions contre la déforestation et la dégradation forestière (REDD+) tienne compte des impacts différentiels sur les femmes et les hommes lorsqu’ils intègrent les préoccupations et priorités des communautés locales et celles dépendant des forêts et le partage des bénéfices et des droits à la terre et à la forêt.

La Namibie est actuellement le seul pays à avoir des considérations spécifiques du genre dans ses politiques liées au changement climatique, aux affaires environnementales et au développement durable. Les trois politiques existantes sont celle nationale sur le changement climatique datant de 2011, le plan d’action stratégique sur le changement climatique de 2009 et la politique nationale du genre qui couvre 2012 à 2020. Ces politiques tiennent compte de la vulnérabilité particulière des femmes et des enfants et de l’impact différentiel des changements climatiques imprévisibles sur les femmes, les enfants et les hommes.

Il est aussi proposé que les pays membres de la SADC mettent sur pied d’ici 2015 un système de collecte de données décomposées par genre et développent des indices quantitatifs et qualitatifs sur le changement climatique. Aucun pays de la SADC ne l’a fait jusqu’ici et là où cela a été fait, à savoir en Namibie, c’était par des agences des Nations Unies, de concert avec des organisations non-gouvernementales.

Il est attendu des Etats membres qu’ils développent, déploient et disséminent des technologies durables qui réagissent aux besoins des femmes et des hommes, par exemple promouvoir du combustible propre pour l’utilisation domestique qui réduira la pollution atmosphérique et les coûts annuels de cuisine pour les femmes par 25%. Ils doivent aussi investir massivement dans la recherche en faveur d’énergies renouvelables.

Ils sont appelés à mener des campagnes de sensibilisation et d’éducation et de formation sur le changement climatique et le développement durable et s’assurer que les médias publiques jouent un rôle dans la dissémination d’informations sur les dimensions du genre du changement climatique et du développement durable.

Pour terminer, il est attendu des Etats membres qu’ils s’assurent que les femmes et les hommes aient accès aux financements par rapport au changement climatique dans les pays de la SADC. Jusqu’ici, il n’y a aucune indication de financement ciblé en matière de changement climatique et de développement durable.

Depuis avril 2011, l’Alliance mène une campagne de pétition pour que cette clause additionnelle soit adoptée. A la veille du Sommet des chefs d’Etats de la SADC en 2012, l’Alliance avait recueilli 854 signatures lors de diverses activités. De celles-là, 172 avaient été enregistrées en ligne.

Forum Mulher, le point focal du réseau au Mozambique, pays hôte du Sommet des chefs d’Etats des pays de la SADC en 2012, soumettra cette pétition aux fonctionnaires du gouvernement pour qu’ils la remettent au ministère de l’Environnement au nom de l’Alliance. Couplée au communiqué émis la semaine dernière, l’Alliance espère que ces demandes susciteront un débat accéléré sur le changement climatique au niveau de la SADC.

Cette clause additionnelle sera un plus pour traiter des effets du changement climatique sur les femmes et les hommes en Afrique australe. Elle facilitera l’approche multisectorielle pour atténuer les effets du changement climatique et donnera l’occasion aux Etats membres de prendre les devants sur ce front.

Saeanna Chingamuka is rédactrice du service de commentaires et d’opinions de Gender Links en anglais alors que Loveness Jambaya-Nyakujarah est le manager de l’Alliance et de ses partenaires à Gender Links. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de GL.

Posted by on Sep 4 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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