L’insécurité dans le sud de Madagascar ruine la vie des femmes



Par Fanja Razafimahatratra

La vie quotidienne tourne au ralenti pour la population rurale du sud de Madagascar. L’insécurité y est à son niveau le plus élevé à cause des attaques des «dahalo», mot malgache pour voleurs de zébus. Ceux-ci multiplient leurs attaques actuellement et cela perturbe la vie de nombreux ménages. En effet, si les «dahalo » se contentaient de voler des zébus dans le passé, ils ont franchi une étape dans la criminalité ces temps derniers car ils détruisent aussi les biens de la population, quand ils ne les tuent pas.

La série d’attaques violentes, voire sanglantes, a commencé le 9 juin 2012 lorsqu’il y a eu un accrochage entre des «dahalo» et des forces de l’ordre durant lequel des dizaines de policiers ont été tués par balles. Les «dahalo» qui vivent cachés dans la brousse possèdent des armes à feu comme des militaires et deviennent de plus en plus violents lors de leurs offensives.

Les autorités civiles déplorent la situation car la hausse de l’insécurité a de fortes retombées sur la vie socio-économique de la population. Guy Venance Randritefiarison, chef de région d’Anosy, explique que la population a peur, même celle qui vit en milieux urbains. Ceux vivant dans les régions rurales réduisent drastiquement leurs déplacements. Ces éleveurs qui ont pourtant l’habitude de parcourir des kilomètres par jour pour chercher de nouveaux pâturages pour leurs troupeaux n’osent plus s’aventurer loin de chez eux. Et ce, même s’ils sont à court de vivres.

Dans la plupart des cas, les gens ont tendance à fuir leur localité pour aller dans un autre endroit, laissant derrière eux leurs biens. Certains se demandent comment se fera la rentrée scolaire pour leurs enfants qui doivent tous les jours partir de chez eux et gagner leurs établissements scolaires.

Depuis quelques temps, il y a un exode rural vers les milieux urbains et les sites plus populaires. «La plupart des gens ne dorment plus chez eux la nuit mais trouvent refuge dans les champs, qu’ils considèrent des lieux plus sûrs pour pouvoir se sauver quand les «dahalo» arriveront. A part le vol des zébus, les «dahalo» ont tendance à brûler la maison des gens et leurs biens pour ne rien laisser derrière eux», souligne un chef de «fokontany », délimitation géographique et administrative composée de plusieurs hameaux.

Zafindriaka, une mère de famille habitant la commune rurale de Tsivory, située dans le district de Betroka à 800 kms au sud de Tananarive, la capitale malgache, se plaint des changements occasionnés par la crainte des «dahalo».  «Nous ne dormons plus que d’un œil depuis des semaines par peur d’être attaqués. Les femmes souffrent davantage car elles ne peuvent plus exercer leurs tâches ménagères dans la tranquillité, ne serait-ce qu’aller puiser de l’eau, chercher du bois de chauffage, aller au marché, etc. sans être accompagnées car elles risquent de rencontrer des «dahalo» en chemin».

Outre la précarité de la situation socio-économique, la santé de la population dans le sud risque aussi de se dégrader avec cette insécurité grandissante due aux «dahalo». Sarotsova Andrianasolo, un père de famille travaillant dans le domaine de la santé dans la région d’Anosy raconte que même si les gens sont malades, ils ne se rendront pas aux centres de soins de peur d’être attaqués en route. «Désormais nous voyons très rarement sur les routes des charrettes de zébus servant à transporter les malades des fokontany vers les centres de santé et ceci parce que les gens évitent de voyager seuls.  La situation sanitaire de la population risque de se dégrader sérieusement. Les femmes et les enfants se rendent nettement moins aux consultations prénatales, aux consultations générales, ne vont presque plus à l’hôpital, à moins de toujours se déplacer en groupes ou de se faire accompagner d’hommes», souligne-t-il.

Face à cette situation d’insécurité grandissante pour les populations du sud de la Grande Ile, les autorités malgaches du régime de transition ont décidé d’agir à deux niveaux. D’abord sur la criminalité. Depuis quelques temps, des policiers ont été déployés en renfort dans les zones rouges du sud malgache pour tenter d’appréhender ces «dahalo» et ainsi protéger la population. Pour empêcher l’exportation illicite de zébus et ainsi freiner les agissements des «dahalo», le gouvernement de transition a pris la décision d’arrêter d’exporter des zébus.

Si cette mesure pourrait avoir un effet dissuasif sur ces bandits de grand chemin, elle pourrait toutefois nuire à l’environnement commercial malgache, déjà affecté par la crise politique. La ministre de l’élevage, Ihanta Randriamandranto, pense que l’on touche aux traditions. «C’est l’effigie de Madagascar que l’on est en train de détruire à travers les zébus». En effet, les zébus tiennent une place importante dans la culture ancestrale des Malagasy. Lors de la plupart des cérémonies familiales, que ce soit pour une festivité ou un deuil, l’abattage d’un zébu est une obligation.

En attendant des mesures plus sévères et plus efficaces contre les «dahalo», la population du sud essaie tant bien que mal de survivre avec le peu qu’elle possède, tout en restant solidaire.

Fanja Razafimahatratra est journaliste free lance. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links.

 

 

 

Posted by on Oct 5 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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