Suicides à Maurice: la situation économique et la technologie amplifieront le phénomène



Par Jimmy Jean-Louis

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe à Maurice en ce lundi 1er octobre. Lindsay Aza, travailleur social qui avait fondé Elan, organisation non-gouvernementale encadrant les personnes sortant de prison, a été découvert pendu dans l’arrière-cour de sa maison. Il aurait laissé une note explicative à propos de son suicide présumé.  Ses proches comme ses amis ne comprennent pas ce geste de désespoir.  Il faut dire hélas, qu’il n’est pas le seul à se faire ainsi violence.

Les chiffres du suicide à Maurice sont impressionnants: 80 en 2010, 89 l’année dernière et 17 à la fin de février 2012. Les cas recensés cette année indiquent un rajeunissement des personnes qui se suppriment. Ceux travaillant dans le secteur de la prévention tirent la sonnette d’alarme: de nombreux jeunes, perturbés par le stress de l’échec ou du chômage, sont à risques.

Les parents ne réalisent pas vraiment toute la négativité que le stress peut engendrer, explique Nicolas Soopramanien. Ce membre de la Société des Professionnels en Psychologie souligne «que les parents doivent être à l’écoute de leurs enfants et éviter de leur mettre de la pression en cas d’échec. Ceux qui ont vécu la mauvaise expérience du suicide d’un de leurs proches en gardent un goût amer et ne sont plus comme avant.»

Lorsqu’une personne opte pour le suicide, c’est qu’elle n’arrive plus à gérer, observe Mala Bonomaully, présidente de Befrienders, organisation non-gouvernementale engagée dans la prévention de ce fléau. «En se suicidant, cette personne ne veut pas se tuer, elle veut tuer son problème» affirme-t-elle.

Elle soutient qu’il faut être à l’écoute des personnes à tendances suicidaires. Sans les juger et il faut essayer de leur redonner confiance. «On perd approximativement un million de vies chaque année à cause du suicide. Une mort par suicide est une mort de trop», affirme-t-elle en précisant qu’une journée de sensibilisation sera dédiée au suicide le 30 septembre prochain.

La crise économique mondiale qui atteint progressivement notre île n’est pas non plus pour arranger les choses. Un grand nombre de jeunes diplômés peinant à trouver l’emploi qu’ils convoitent tentent de se suicider. «Nous recevons de plus en plus d’appels de diplômés qui ont fait leurs études à Maurice ou à l’étranger et qui ne trouvent pas de travail. Ces jeunes ont étudié et mis les bouchées doubles pour obtenir leur diplôme mais au final, ils ne trouvent rien. Et cela, alors qu’un de leurs cousins ou un ami qui n’a pas étudié autant, est déjà salarié», explique Mala Bonomaully.

La psychologue Jassoda Domur-Moodely tire la sonnette d’alarme à l’effet que « les jeunes de 14-19 ans sont les plus vulnérables. Le jeune, en proie à ses doutes, se tourne vers Internet et d’autres espaces comme les réseaux sociaux. C’est là qu’il découvre les mouvements gothiques et subit la pression des pairs», explique-t-elle.

La commission des femmes du Mouvement Militant Mauricien, principal parti d’opposition, a récemment exprimé ses craintes quant à l’effet de contagion parmi les jeunes. « C’est un élément qui doit être pris au sérieux. Il faut des actions concrètes et immédiates pour éviter des drames. Nos jeunes ne sont plus aussi résilients face aux problèmes qu’ils rencontrent dans la vie de tous les jours. Il faut leur apprendre à gérer leurs émotions et les conflits,» estime la parlementaire Françoise Labelle.

«Il y a un manque d’écoute et de dialogue entre parents et enfants et pas assez de communication», reconnaît la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, qui annonce une étude sur le sujet pour l’année prochaine. Sheila Bappoo souligne par ailleurs que même si la moyenne nationale du suicide «oscille entre 8 et 8,5 %, ce qui est nettement en dessous du seuil établi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour signaler une situation qui requiert une attention immédiate, ce n’est pas pour autant que nous ne devons pas nous attaquer à ce problème!»  Et de noter : «En fait, il existe divers maux pour lesquels nous disposons de traitements et de médicaments mais pour le suicide, il n’y a aucun remède. La seule solution, c’est la prévention.»

Selon les estimations de l’OMS, plus d’un million de personnes se donnent la mort chaque année. Cette année, cette instance internationale a annoncé que le taux de suicide mondial a augmenté de plus de 60 % en 45 ans. Les chiffres de tentatives de suicide sont encore plus alarmants, soit environ 20 millions de tentatives annuelles rapportées à l’OMS. En langage clair, cela signifie qu’une personne sur 20 a tenté de se suicider dans sa vie.

Aujourd’hui, le suicide et considéré comme une des premières causes de mortalité à travers le monde, en particulier chez les 15 à 35 ans. L’OMS relève encore qu’il y a trois fois plus de suicides chez les hommes que chez les femmes. Néanmoins, les tentatives de suicide sont trois fois plus élevées chez les femmes que chez les hommes. Pour cette instance internationale, le suicide est considéré comme un problème de santé publique pouvant être évité à travers la sensibilisation des personnes à risques.

Reste maintenant à bien les identifier et être à l’écoute des gens qui nous entourent pour tenter d’empêcher cette forme ultime de violence envers soi.

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Oct 5 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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