L’intégration économique et la sécurité alimentaire passeront par les femmes



Les grandes institutions régionales et internationales semblent avoir compris l’urgence de faire intégrer économiquement les femmes pour le bien de leur population et surtout en vue des menaces environnementales dont le changement climatique et la sécurité alimentaire. Une femme intégrée économiquement peut apporter beaucoup à une nation.

La Commission de l’Océan Indien, (COI) instance régionale qui regroupe l’Île Maurice, le département français de la Réunion, Les Comores, Madagascar et les Seychelles, a déjà entamé plusieurs initiatives visant à intégrer les femmes sur une base économique mais également en vue de protéger leurs acquis. La COI a d’ailleurs organisé en octobre à Madagascar le premier Forum Océan Indien de l’entrepreneuriat féminin (EFOI) sur le thème de la sécurité alimentaire.

Ce forum, organisé en collaboration avec EFOIMADA grâce au financement de la Banque Africaine de Développement (BAD) et de l’Union européenne, est appelé à devenir le rendez-vous annuel incontournable des femmes entrepreneurs de la région.

En sus des femmes entrepreneurs de la région, il a réuni les représentantes nationales de la plateforme régionale Entreprendre au Féminin Océan Indien, la présidente honoraire de

Femmes chefs d’entreprises mondiales (FCEM) qui était accompagnée de plusieurs membres de l’association, notamment une délégation du Nigéria et un représentant de la Belgique, ainsi que les responsables de la BAD et du Programme des Nations Unis pour le Développement à Madagascar.

Ce premier forum a eu pour objectifs d’intensifier les échanges économiques inter-îles, et plus spécifiquement de renforcer la contribution des femmes entrepreneurs à la sécurité alimentaire de la région, un chantier prioritaire de la COI. Les femmes jouent un rôle vital en matière de sécurité alimentaire. Elles constituent l’essentiel de la force agricole et produisent presque toutes les denrées alimentaires dans la région. Mais elles ne réalisent pas toujours pleinement leur potentiel économique en raison d’obstacles variés. Or, on sait aujourd’hui que si elles avaient plus d’accès à la terre, aux crédits et aux moyens de production, elles pourraient augmenter leur productivité de manière considérable. Ce forum devrait permettre d’identifier des actions concrètes pour libérer ce potentiel et ainsi contribuer, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, à relever le défi de l’autosuffisance alimentaire dans la région.

Dans la région de l’Océan Indien, la COI a réussi à faire comprendre aux pêcheurs de pieuvres de Rodrigues, dont  la majorité sont des femmes, l’importance de stopper cette activité pendant deux mois, le temps pour les pieuvres de se repeupler.  Une fermeture de pêche temporaire qui a fait certes grincer des dents mais qui a fait du bien aux lagons de Rodrigues. La réouverture de la pêche a été un franc succès. «Depuis quelques années, nous avions bien vu qu’il y a de moins en moins de pieuvres mais nous n’avions pas le choix car c’est notre unique moyen de subsistance,» relate Stephanie Claire, une des femmes pêcheuses de pieuvres que l’on nomme dans l’île les piqueuses d’ourites.  «Heureusement que durant la fermeture, les autorités nous ont proposé des activités nous rapportant des revenus», a-t-elle ajouté.

Au niveau international, l’ONUFEM et les trois organismes des Nations Unies responsables d’alimentation et d’agriculture, basées à Rome, ont lancé il y a un mois un programme commun destiné à rendre plus autonomes les femmes rurales pauvres et ceci par le biais d’initiatives d’intégration économique et de sécurité alimentaire.

Ce programme intitulé «Accélérer les progrès vers l’autonomisation économique des femmes rurales»  est une initiative étalée sur cinq ans. Une bonne nouvelle donc pour les femmes agricoles notamment à Madagascar, Maurice et même en République Démocratique du Congo.

Des femmes de ces trois pays, les Malgaches sont plus à plaindre car elles disposent de bien peu de moyens. Elles ne reçoivent aucune aide des autorités pour développer leurs activités agricoles. Et avec la crise politique qui s’éternise, elles ont encore plus de mal à faire entendre leurs voix.

Narindra, qui habite dans un petit village près d’Ambatolampy, à quelques 60 kilomètres de la capitale Tananarive, explique ses difficultés. «Nous devons nous débrouiller toutes seules. Nous n’avons pas accès à des formations pour améliorer nos récoltes. Nous pratiquons l’agriculture comme le faisaient nos ancêtres alors que le monde a changé. Personne dans notre village ne comprend ce qu’est réellement le changement climatique dont nous entendons parfois parler. Mais sans le savoir, nous le vivons,» dit-elle.

Dans le sud de la Grande Ile, de nombreuses récoltes sont détruites par des insectes et les agriculteurs malgaches sont impuissants à les combattre.  Jean-Claude De l’Estrac, secrétaire général de la COI, a évoqué la possibilité que l’expertise mauricienne soit mise à la disposition de ces agriculteurs infortunés. «Car le développement durable et la sécurité alimentaire passeront par les femmes,» estime-t-il.

«L’autonomisation et  l’élargissement des droits des femmes rurales, ainsi que leur accès à la terre, aux pouvoirs, aux opportunités et aux choix, permettront de développer les économies, renforceront la sécurité alimentaire et amélioreront les perspectives pour les générations actuelles et futures”, telle est la conviction de Michelle Bachelet, directrice exécutive d’ONUFEM.

Elle n’a pas tort. Au niveau mondial, les femmes sont un élément crucial du développement des zones rurales et des économies nationales. Elles constituent 43% de la main d’œuvre agricole dans le monde et dans certains pays leur contribution est à hauteur de 70%. Elles ont des horaires de travail plus longs que les hommes car ce sont aussi elles qui s’occupent des enfants, des personnes âgées et des malades. De nombreuses femmes rurales sont aussi des chefs de petites entreprises qui consacrent l’essentiel de leurs revenus au bien-être de leurs familles et de leurs communautés.

Cependant, en dépit de progrès certains, la plupart des filles et des femmes rurales rencontrent encore de nombreux problèmes. Les obstacles qu’elles doivent surmonter par rapport aux hommes pour accéder aux services publics, à la protection sociale, à des emplois décents, aux marchés et autres institutions, sont toujours aussi nombreux.

C’est pour apporter des réponses à tous ces problèmes que le programme «Accélérer les progrès vers l’autonomisation économique des femmes rurales»   a quatre objectifs: améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, accroître les revenus, améliorer le leadership et la participation au sein des institutions rurales, et créer  un environnement politique plus réactif au niveau national et international. Un premier jalon en vue d’inciter les femmes rurales à prendre la place qui leur revient est donc posé.

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 

 

 

Posted by on Nov 6 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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