Madagascar : La ratification de deux Protocoles en faveur des droits de l’Homme très attendue



Par Fanja Razafimahatratra

Cela fait maintenant trois ans que Madagascar est critiquée par la communauté internationale et en particulier par les Etats-Unis pour négligence en matière de respect et de protection des droits de l’Homme. Conscient de la chose, le régime de la Transition, dirigé par Andry Rajoelina, président de la Haute Autorité de la Transition (HAT) a marqué de son empreinte son passage à New York lors de la 64ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies par la signature de deux Protocoles en faveur des droits humains.

Ces signatures ont eu lieu lors de l’ouverture de cette manifestation le 24 septembre dernier. Le premier Protocole se rapporte à l’abolition de la peine de mort. Le deuxième donne la possibilité aux enfants de déposer individuellement une plainte contre toute forme de violation de leurs droits auprès du Comité des Droits de l’Enfant. Un document qui renforcera les droits de l’enfant à Madagascar dont les recours régionaux et nationaux sont parfois inefficaces ou inexistants du fait que le pays ne dispose pas encore de politique nationale pour la protection de l’enfance.

Fela Razafinjato, présidente de Sembana Mijoro, association des femmes handicapées, qui est aussi membre active de l’Union Malgache des Droits de l’Homme, est favorable à ces signatures et en particulier pour la seconde car elle estime que cela renforcera les droits des enfants malgaches.

La maltraitance des enfants est en hausse ces dernières années suite à la crise sociopolitique que traverse Madagascar depuis 2009. «Les enfants sont de plus en plus exposés à toutes les formes de maltraitance, notamment dans les bas quartiers».

La direction de la protection de l’enfance au sein du ministère de la Population affirme que le mariage, la grossesse précoce, l’abus sexuel, l’abandon et la négligence sont les formes de maltraitance les plus signalées en 2012 dans sept des 22 régions à Madagascar. Il y a fort à parier que les autres régions ne soient pas exemptes de maltraitance non plus.

Si la signature du Protocole concernant les enfants a été bien accueillie dans la Grande Ile, celle du Protocole portant sur l’abolition de la peine de mort a fait des vagues auprès de certaines associations œuvrant pour la protection et la sécurité de la population.

Avant la signature de ce protocole, la peine de mort était toujours en vigueur dans la Grande Ile, bien que pas appliquée. La dernière exécution date de 1958. Dans la plupart des cas,  les condamnations à mort sont commuées en prison à perpétuité, couplée de travaux forcés.Selon les statistiques du ministère de la Justice datant de 2009, il y aurait 55 personnes condamnées à mort dans les geôles malgaches. Elles seraient apparemment détenues dans des conditions dégradantes et inhumaines.

Dans une interview accordée à Radio France Internationale, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture a réagi positivement face à cette signature mais encourage les autorités malgaches à ratifier ce Protocole dans les plus brefs délais pour se défaire définitivement de la peine de mort.

Fela Razafinjato souligne que cet engagement du régime de la Transition est un bon début. «Mais le système judiciaire malgache doit être renforcé pour compenser cette première étape de signature vers l’abolition effective de la peine de mort dans nos lois», souligne Fela Razafinjato.

Ce qui n’arrange pas les choses, c’est le fait que la violence sous toutes ses formes fasse rage ces derniers temps dans la société malgache. Les crimes, les braquages et autres attaques à main armée ont connu une hausse dans presque toute l’île, semant la terreur auprès de la population. Si bien que de nombreuses personnes, lassées de vivre dans la peur et l’angoisse, veulent à tout prix que les malfaiteurs et tous les autres auteurs de violence soient mis à mort.

Par conséquent, de nombreuses personnes craignent que ce Protocole ne vienne en fin de compte protéger les malfaiteurs. «La signature de ce Protocole arrive un peu en retard vu que les actes de violence plongent Madagascar dans le noir», constate avec regret Gérard Ralaivao, membre du «Andrimasom-pokonolona», comité établi dans un quartier pour sauvegarder la sécurité.

D’autres personnes veulent plus d’actions de la part de l’Etat, à l’instar de Norotiana Jeannoda, présidente du Syndicat des professionnels diplômés en travail social (SPDTS). Selon elle, Madagascar a besoin d’actions plus fortes si le pays veut redorer son blason auprès des milieux des droits de l’Homme à l’échelle internationale. «Madagascar est toujours partante pour signer des traités et autres protocoles sans qu’aucune mesure d’accompagnement ne soit mise en place», souligne-t-elle.

Maintenant que ces deux protocoles ont été signés à New York, beaucoup de gens attendent leur ratification dans les plus brefs délais, ainsi que leurs plans d’actions et leur application. «Un comité de suivi par rapport à ces signatures devrait être mis en place», souligne  Norotiana Jeannoda qui rappelle une fois de plus que beaucoup de choses devront être revues à Madagascar dans le sillage de ces signatures, surtout en matière de respect des droits humains.

Fanja Razafimahatratra est journaliste free lance. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links.

 

 

Posted by on Nov 6 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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