Revaloriser la femme rurale pour un développement intégral



Par Anna Mayimona Ngemba

«Contrairement à ce que beaucoup pensent, les femmes rurales ont des connaissances à communiquer aux autres femmes ». C’est Véronique Mayemba, présidente de l’Action Femme pour le Développement au Congo, qui l’a dit lors d’une rencontre organisée en marge de la Journée Internationale de la Femme en mars dernier. Elle a continué à marteler ce message à l’approche de la commémoration de la Journée Mondiale de la Femme Rurale le 15 octobre et continuera à le faire après également.

Véronique Mayemba ne mène pas ses activités uniquement dans la campagne, à environ 200 kilomètres de la capitale congolaise, dans la province de Bas Congo. Elle est présente également à la périphérie de Kinshasa où depuis toujours, les maraichères s’activent. En République Démocratique du Congo (RDC), on retrouve la femme rurale des campagnes et celle des villes spécialement dans les milieux semi-urbains. A Kinshasa, les quartiers tels que Kingabwa, N’djili, Kisunka et Mont Ngafula figurent dans cette catégorie. C’est d’ailleurs dans une ferme située dans l’un de ces quartiers que les agences partenaires ont choisi de célébrer la Journée Mondiale.

Le souci de cette militante est de voir cette femme, dont l’apport au développement n’est plus à démontrer, reconnue et valorisée. « La femme rurale est au centre de la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement », estime-t-elle. En effet, près de 70% des aliments de base sont produits par elle, 90% des besoins des ménages en eau potable, de même qu’en combustibles sont assurés par elle alors que 60% des ménages dans certaines régions en RDC sont gérés par elle. Par ailleurs, la totalité des opérations de transformation des aliments de base du ménage sont également à sa charge.

Mais en dépit des connaissances que les femmes rurales possèdent, comme l’affirme Véronique Mayemba, celles-ci sont limitées. Les facteurs internes et externes expliquent cette situation. Sur le plan interne, le plus souvent, elles font face à un manque de formation pour être en mesure de bien se déployer dans leurs multiples activités aux champs, au foyer et au sein de la communauté. Le renforcement des capacités se présente alors comme la réponse à cette lacune. « Depuis quelques temps, il y a de plus en plus de femmes formées en agronomie et autres techniques qui viennent renforcer les connaissances de base de ces femmes», soutient-elle. Elle reconnait qu’avec le développement, leurs connaissances méritent d’être améliorées et c’est surtout en matière de gestion parce que tout le monde n’est pas né gestionnaire.

Sur le plan externe, elle fustige le regard des autres et le manque de politique de promotion de la femme rurale. « La femme rurale n’est pas traitée à sa juste valeur. Elle a un accès limité aux moyens, surtout financiers, destinés à développer ses activités ». Il faut dire qu’en RDC, il n’existe pas encore une politique pour alléger les fardeaux de cette femme. « La mécanisation de l’agriculture, par exemple, ne relève pas de ces femmes. Il appartient aux autorités de les accompagner. C’est le grand défi à relever par nos dirigeants », déclare-t-elle.

Cette marginalisation est vécue aussi dans l’accès aux médias et à l’information. Il est vrai que la communauté internationale a choisi ce thème pour la célébration de cette journée cette année, mais les réalités sont loin de prendre en compte les désidératas de cette catégorie de femmes. «Comment expliquer que la femme rurale soit reléguée au second plan quand il est question de parler d’elle ? Pourtant, s’il y a une personne qui la comprenne et qui peut bien parler d’elle, c’est elle-même,» défend Véronique Mayemba. C’est de cette manière que l’accès aux médias et à l’information de cette femme sera amélioré. «Car, elle voudrait communiquer avec les autres femmes et partager ses expériences en vue de se développer davantage en partenariat et où le respect mutuel sera de mise. Il s’agit avant tout d’établir une relation d’égale à égale et non de subordination.»

Il est clair qu’en RDC, il n’y a pas qu’entre hommes et femmes que le traitement soit différencié. Il l’est aussi entre femmes des villes et femmes des régions rurales. Et c’est encore d’autres lacunes qui doivent être comblées.

Anna Mayimona Ngemba est journaliste en freelance. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Nov 6 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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