Élections des collectivités locales mauriciennes: Quelque soit le résultat, les femmes seront gagnantes



Loga Virahsawmy,  directrice de Gender Links à Maurice, qui milite depuis des années pour une plus grande représentativité des femmes en politique, doit être aux anges. Les politiciens de tous bords l’avaient souvent annoncé mais Hervé Aimé, le ministre des Administrations régionales, s’est laissé positivement influencer par ses plaidoyers lors de l’élaboration de la nouvelle mouture du Local Government Act  et a introduit un quota obligatoire d’au moins 30% de femmes pour tous les partis souhaitant briguer le suffrage aux élections des collectivités locales. Et en décembre 2012, cette mesure est devenue réalité. Quelque soit le parti politique qui l’emporte lors des élections villageoises et municipales, en réalité, ce seront les femmes qui seront gagnantes car elles seront plus nombreuses à servir leurs villages et leurs villes.

Outre un nombre satisfaisant de femmes au sein des deux plus grandes coalitions politiques du pays, 33 femmes pour l’alliance PTr/PMSD qui est au pouvoir et 32 pour le MMM/MSM, coalition des partis de l’opposition, d’autres femmes s’intéressent à soutenir leurs semblables lors de ces élections. Christine, une habitante de Rose-Hill avoue néanmoins que le choix devient encore plus difficile quand il y a des femmes. «Officiellement, je soutiens un parti car j’ai toujours voté pour lui depuis des lustres. Cependant, quand on a  à  faire le choix entre deux femmes, cela devient compliqué parce que les femmes affichent une sincérité politique que les hommes n’ont pas forcément. Peu importe, la couleur qu’elles défendent, je trouve que les femmes qui se sont inscrites sont courageuses et ont apporté de la nouveauté, une autre perspective au débat politique. Elles apportent aussi l’espoir d’un assainissement et même une espèce de rayonnement au sein de ces élections,» estime-t-elle.

Il faut dire que les deux alliances favorites ont choisi des femmes talentueuses et respectées dans leurs domaines respectifs. A l’instar de la sportive Karen Foo Kune, qui a ramené des dizaines de titres et de médailles dans le domaine de la natation et du badminton. Elle s’est jointe au MMM/MSM pour la joute  électorale municipale du 9 décembre. Active dans le social également, elle pense pouvoir apporter un plus dans le sport comme dans le social si elle est élue conseillère municipale. Elle est très confiante de sa réussite car elle bénéficie du soutien de la vieille garde militante dans le fief de Beau-Bassin/Rose-Hill.

Du côté du gouvernement, on a également choisi des personnes dans différents domaines de compétences, des femmes qui connaissent les réalités du pays, avec dans la circonscription électorale no 8 de Port-Louis, la capitale, Virginie Trapu, la plus jeune candidate à ces élections municipales. Elle n’a que 20 ans mais a déjà de nombreux agents qui font campagne volontairement pour elle. « Nous la soutenons et nous travaillons pour son élection de façon bénévole car c’est une habitante du quartier. De plus, elle connaît bien nos réalités. Elle n’a peut-être que 20 ans mais elle a aussi une détermination que d’autres n’ont pas. Et puis, si le Premier ministre l’a choisie, comment ne pas l’aider à se faire élire?» avance une habitante de la Cité Briqueterie, située dans la banlieue de la capitale.

Au niveau des villageoises, c’est sans surprise que Rosy Khedoo, travailleuse social active depuis des années et très appréciée à Baie du Tombeau, autre région périphérique de  Port-Louis, s’est inscrite comme candidate. Rosy Khedoo n’a jamais caché ses ambitions politiques et elle bénéficie de nombreux soutiens des femmes dans ce village. «Elle aime faire le social et la politique. Cela on le savait déjà. Mais avant même de faire de la politique active, elle a toujours œuvré pour le village. Pour nous, sa plus grande réalisation a été la mise en place d’une école pour les recalés à l’examen de fin de cycle primaire et pour ces autres enfants qui fuguaient de l’école et traînaient dans les rues. Cette école, qui est une école de la vie, c’est l’œuvre de Rosy Khedoo. Elle a permis à Baie du Tombeau de se développer et nous devons lui donner la chance de continuer le bon travail déjà abattu en la faisant élire conseillère villageoise,» soutient James, un habitant de ce village.

Un groupe de femmes de Baie du Tombeau a également mis en place une structure pour travailler comme agents des femmes. «Nous voterons avant tout pour des femmes. Nous n’avons rien contre les hommes mais nous n’avons jamais eu une présidente de conseil de village dans l’histoire de Baie du Tombeau et nous pensons qu’il est grand temps d’en avoir une», déclare Kathy, membre de ce groupe d’agents des femmes.

A Petite Rivière, autre région périphérique de la capitale, de nombreuses femmes se sont également rallié derrière la chanteuse de ségas, Nancy Dérougere. Elle a décidé de se porter candidate aux élections villageoises à Petite Rivière et elle compte sur de nombreuses femmes, fans de sa musique mais aussi sur «des fans de la promotion féminine et de la démocratie».

Ces élections locales de 2012 marquent la fin d’un tabou avec la venue d’un plus grand nombre de femmes dans ces joutes démocratiques. Il était temps car les femmes représentent 52% de la population mauricienne et devraient donc représenter la moitié de la population dans les instances de décisions. L’heure est venue pour elles de monter aux Mauriciens ce dont elles sont réellement capables.

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Dec 3 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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