Les confidences d’une Mauricienne 17 fois victime de viol



Les yeux rougis et bordés de cernes noirâtres, Michelle, 32 ans, est meurtrie. Elle portera à jamais les séquelles des 17 viols dont elle dit avoir été victime. Aujourd’hui, cette mère  de cinq enfants sort enfin du mutisme dans lequel elle s’est longtemps enfermée. Elle se raconte à voix basse dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre (25 novembre-10 décembre).

«Je n’ai connu que des périodes sombres dans ma vie. Issue d’une famille de sept filles et de quatre garçons, je me souviens de chaque instant de mon enfance qui a été malheureuse.  Petite, j’étais toujours la première debout, non parce que j’étais insomniaque, mais parce que toutes les  tâches ménagères m’incombaient. Je devais absolument les finir avant de me rendre à l’école. Quand j’avais faim, je devais d’abord obtenir la permission de ma mère avant de pouvoir avaler un morceau de pain sec ou un peu de thé pur.

A 12 ans, je vois ma chance de poursuivre des études secondaires dans un collège de mon quartier me filer sous le nez car je suis contrainte de trouver un emploi. Celui de danseuse au sein d’un groupe se produisant dans les hôtels était facilement disponible en ces temps là.

Le soir, je faisais des spectacles de danse et le matin, je travaillais comme bonne à tout faire. Mais, je n’ai jamais profité de mes deux salaires totalisant Rs 10 000. Si je ne remettais pas la totalité de l’argent à ma mère, je recevais des gifles et des coups et j’étais obligée d’aller me coucher le ventre vide.

A 14 ans débute mon autre calvaire. Mon père commet des attouchements sexuels sur moi sans que je puisse pour autant le dénoncer. Je craignais trop la colère de ma mère. Au bout de deux ans de ce supplice et craignant que mon père ne s’enhardisse et me viole, j’ai préféré m’enfuir du toit familial.

Je me suis rendue chez un proche qui m’a accompagnée au poste de police. J’ai porté plainte contre mon père. Mais lorsque les policiers sont venus l’arrêter, ma mère m’a traitée de menteuse devant tout le monde.

Alors que mon père est incarcéré, je me retrouve placée dans une institution réformatrice. Ma mère a tout fait pour me punir du tort que j’avais causé à mon père et à la famille. J’y suis restée deux années.

A 18 ans, je prends mon courage à deux mains et avant mon départ du centre de détention, je parle de mes malheurs au directeur. Il m’encourage alors à prendre ma vie en main. Je décide de refaire un come-back au sein de son groupe de danse dans lequel j’évoluais et avec l’ambition de devenir une danseuse professionnelle.

Ce séjour en institution réformatrice m’ayant endurcie, je décide de ne plus retourner chez mes parents et d’habiter dans un premier temps chez mon employeur. En retour, il me demande de m’acquitter des tâches ménagères. Comme cet hébergement est temporaire, je déménage pour emménager chez ma sœur et mon beau-frère qui veulent bien de moi.

Un soir toutefois, ce dernier en qui j’avais entièrement confiance, abuse de moi. Il me fait croire que ma sœur a des soucis. Il m’entraîne sur un terrain en friche en me tirant par les cheveux et me frappe. Je me suis débattue mais ce soir-là, il a pris ma virginité.

Abandonnée sur place, j’ai fini par me relever et j’ai marché deux bonnes heures pour gagner le poste de police le plus proche. Le plus terrible est que les policiers ne m’ont pas crue. J’ai alors décidé de ne plus retourner chez ma sœur et comme je n’avais pas d’autres endroits où aller, j’ai dormi dans la rue. Je suis restée sans domicile fixe pendant deux ans.

J’étais bouleversée et blessée du fait que ceux qui me croisait me prenaient pour une fille stupide et mentalement perturbée. Vivre dans la rue comporte son lot de risques. Et je l’ai subi. J’ai été violée une bonne dizaine d’autres fois par des inconnus.

Jusqu’à ce que je rencontre Josian. C’était la première relation sérieuse qu’il m’était donné de vivre. Il m’a promis le mariage, un toit et des enfants. Mais les beaux jours ont été de courte durée.

Il est parti un jour pour ne plus revenir alors que mon ventre s’arrondissait chaque jour. J’ai alors trouvé refuge chez une tante. A terme, j’ai donné naissance à un fils. Ce dernier qui a 13 ans aujourd’hui habite toujours chez ma tante. J’ai dû trouver un emploi et j’ai appris la coiffure. Entre-temps, j’ai fait la connaissance de Bruno. Moins d’un an après ma première grossesse, je suis retombée enceinte.

Je croyais que Bruno m’aimait mais ce n’était pas le cas. Il m’a acceptée à cause de l’enfant que je portais. Pour que je le quitte, il m’obligeait à faire du sport avec mon gros ventre à 4 heures chaque matin. De plus, il me prenait pour son punching-ball. Il m’a tellement battue que ma fille est née prématurée à six mois et demi.

La petite a dû subir plusieurs interventions chirurgicales à la main et aux pieds et a mis du temps avant de marcher et de parler. Aujourd’hui, la gamine est en France. Elle a été adoptée par une de mes connaissances.

Comme j’aimais Bruno, j’ai fait la bêtise de me remettre en ménage avec lui. Il m’a donné une autre fille, qui a 11 ans aujourd’hui, ainsi que des jumeaux. Mais l’un des deux n’a pas survécu car Bruno avait gardé sa noble habitude de me rouer de coups tous les jours, en sus de me tromper.

Cela m’a pris des années avant de pouvoir me séparer de lui. J’ai par la suite rencontré un travailleur social. A ses côtés, je me suis engagée afin de venir en aide aux usagers de drogue par voie intraveineuse qui suivent le traitement de méthadone. Après avoir été enfermée dans un tunnel sombre pendant des années, je vois désormais la lumière. En sus d’un emploi, j’anime des cours de formation en informatique, en artisanat et en genre. Je me sens désormais utile et aimée… »

Source: Gender Links

Posted by on Dec 3 2012. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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