Accès à l’héritage en RDC: la dure réalité des veuves



Par Hermione Yamvu Muzinga
Les veuves congolaises subissent la violence de plein fouet. Dépourvues des moyens de défense, une fois que leurs maris décèdent, ces veuves sont torturées par les frères et sœurs de leur défunt mari. Elles subissent toutes sortes de harcèlement.

A la municipalité de Kimbanseke, l’une des 24 communes que compte la capitale Kinshasa, le chef du quartier Mbemba Fundu, Donat Tshileu, indique que dans sa juridiction, il a enregistré plusieurs cas des violences basées sur le genre. Les cas les plus flagrants sont la confiscation de la parcelle de terre du couple une fois que le mari décède. Et par crainte du poids de la coutume, la femme a peur de porter l’affaire au niveau de la justice et préfère être à la merci de sa belle famille.

Cependant, il y a quelques rares femmes qui ont le courage de porter l’affaire auprès de l’autorité locale. Le quartier Mbemba-fundu, d’une superficie de 8500 kilomètres carrés, comprend 1510 maisons qui abritent 11 546 personnes dont 2 991 femmes et 3300 filles, selon le rapport démographique de 2012. C’est un quartier pauvre ne comptant que deux écoles publiques et une dizaine d’écoles privées.

Rien que pour ce dernier trimestre de 2012, le bureau du quartier a enregistré cinq cas de conflits parcellaires impliquant des veuves. Et ces cas sont similaires: il s’agit de maisons sur le point d’être confisquées par les familles des défunts maris. La famille Mubiala Unkiebua vit cette menace. Les orphelins et la veuve sont menacés par un frère du défunt sous prétexte qu’ils seront livrés aux ancêtres au cas où la maison n’est pas vendue. Les 11 enfants de cette famille ont porté l’affaire au niveau du bureau du quartier et l’autorité locale leur a recommandé de saisir la justice.

Pour pouvoir résister aux pressions de la famille paternelle, les orphelins Mubiala ont contacté l’église indépendante du quartier où le frère du défunt officie comme diacre. Mais l’oncle paternel refuse de céder la maison à la veuve. Leur seul espoir reste donc la justice. «Il faut être fort psychologiquement pour tenir tête à l’acharnement de ceux qui veulent vous déposséder», déclare la veuve. «Je puise ma force dans l’appui de mes enfants qui ont décidé de ne pas abandonner l’affaire».

La veuve Pauline Kashidi qui habite l’avenue voisine, est dans le même cas. Elle est harcelée par le neveu de son défunt mari. Selon ce dernier, c’est lui qui a tous les droits sur la maison laissée par son oncle. Sans gêne, il veut même changer le nom de la fiche parcellaire.

A deux pas d’où habite la veuve Kashidi, une autre veuve qui a peur de parler à visage découvert, raconte qu’elle doit vendre le seul héritage laissé par son mari car la sœur de celui-ci prétend que ladite maison lui appartient et le clame sur tous les toits.

Face à ces drames, le chef du quartier a recommandé à toutes ces femmes de porter ces affaires devant la justice car son pouvoir est trop limité. Ces quelques cas sont connus de l’autorité locale parce que les veuves et les orphelins ont eu le courage de résister et de dénoncer les pressions qu’ils subissent. De nombreuses femmes se taisent de peur de voir mourir leurs enfants car elles savent que leurs belles-familles consultent les griots pour jeter un sort à leurs enfants.

La législation congolaise reconnait pourtant à la veuve et aux orphelins le droit à l’héritage, même si le défunt père n’a pas laissé de testament à sa mort. La République Démocratique du Congo a également signé le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande à ce que toutes les femmes, fussent-elles veuves ou non, ne subissent pas de discrimination. Et ces cas-là sont des cas flagrants de discrimination. Mais malheureusement, par ignorance de la loi nationale et des Conventions internationales signées et ratifiées, les vrais héritiers se retrouvent dans la rue.

L’ignorance, l’analphabétisme, la peur, les valeurs coutumières sont à la base de ces formes de violence basée sur le genre. Il n’est plus possible que les veuves soient condamnées à vivre sous l’emprise de leurs belles familles par ignorance de leurs droits. Un travail de sensibilisation s’avère donc important aussi bien auprès des familles que des autorités locales.

Hermione Yamvu Muzinga est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Dec 29 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply


Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17


Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.