Il veut prendre une seconde femme si je ne lui donne pas un cinquième enfant



Par Lilie Mbala Dive

«Je m’appelle Nanou Lokwa. J’ai 35 ans et je suis puéricultrice dans une école maternelle dans la commune de Mont Ngafula en République Démocratique du Congo. Mon mariage qui était sans nuage, s’est transformé en cauchemar quelques années après.

Et pourtant, tout avait bien commencé. Après quatre années de fiançailles, nous avons décidé de nous marier. Les deux premières années du mariage ont été heureuses. Après ça, mon époux s’est transformé en monstre. Il ne se passait pas deux jours sans qu’il ne me passe à tabac, me menaçant de me défigurer pour qu’aucun homme ne s’approche de moi.

En sus des douleurs que je ressentais, j’avais honte car il ne se gênait pas pour me battre devant des gens et même devant nos enfants. Ceux-ci, encore en bas âge, se mettaient à pleurer et les voisins n’avaient pas le droit d’intervenir.

Un jour, nos voisins, qui en avaient marre de voir et d’entendre ces scènes de violence, l’ont immobilisé alors qu’il avait commencé à me battre. Ils ont réussi à me soustraire de sa brutalité ce jour là. Mal leur en a pris car il s’est plaint à la police du quartier. L’affaire s’est retournée contre eux et les policiers corrompus ont exigé qu’ils paient des amendes sous peine de subir des complications avec les autorités

Dépités et sidérés devant l’attitude de la police, nos voisins se sont résignés. Depuis cela, quand mon mari me frappe, plus personne n’ose intervenir. Je n’ai pas droit de rentrer à la maison après 15 heures. Si l’école me retient plus longtemps et que j’arrive en retard à la maison, c’est un des motifs qu’il prend pour me tabasser. Car, pour lui, je suis en retard parce que j’ai été avec un de mes amants.

En huit ans de mariage, je lui ai donné cinq enfants, toutes des filles. Sans compter mes fausses couches. Mon mari n’était pas très content d’avoir uniquement des filles. Il voulait que nous ayons d’autres enfants parce qu’il voulait d’un garçon. Mais moi, je n’en pouvais plus. Mon corps était fatigué. Ces naissances trop rapprochées ont eu un effet négatif sur ma santé et mon épanouissement physique. J’ai la mine d’une quinquagénaire.

Mon mari a horreur d’utiliser un contraceptif. Si j’ose ouvrir ma bouche pour lui proposer une méthode, il me bat comme un chien. La cicatrice que je porte sur mon front est le fruit d’un de ses actes de violence.

J’ai eu ma cadette à la maison car mon mari refusait de me laisser mener au centre de soins le plus proche. Alors que les contractions avaient déjà commencé, il m’a fait attendre 22 heures. Au final, j’ai enfanté à la maison. Heureusement qu’il n’y a pas eu de complications et que ma petite Icha, trois ans, se porte bien. Mes sœurs ainées m’ont suppliée pour que l’on parte dans une clinique à quelques pas de notre habitation mais cela m’était impossible car mon mari ne m’avait pas autorisée à le faire. Passer outre aurait signifié un autre passage à tabac éprouvant.

Quand il part en voyage, il me fait surveiller par des agents qui notent mes heures de sorties et d’arrivées à la maison, de même que toutes mes activités à longueur de journée.

Ma mère et mes sœurs pensent que je suis malheureuse en ménage. Elles m’ont proposé d’aller voir un gynécologue pour ligaturer mes trompes à l’insu de mon mari. Mais, à l’hôpital, on nous dit qu’il n’était pas possible de pratiquer cette intervention sur des femmes de moins de 45 ans et sans le consentement du conjoint. Nous nous sommes décidées, ma famille et moi, de recourir à une autre méthode, celle de l’implant contraceptif. Et je l’ai fait sans l’aval de mon mari.

Au bout de quelques mois, il a commencé à soupçonner que je prenais une méthode contraceptive du fait que je ne tombais pas enceinte. Chaque jour qui passe, il menace de prendre une autre femme si je ne lui donne pas un autre enfant. Il dit être sûr qu’une autre femme saura lui donner des garçons.

S’il veut prendre une autre femme, il n’a qu’à en prendre. Moi, j’ai décidé de ne plus jamais tomber enceinte pour préserver ma santé. Et s’il persiste, je serais obligée d’écouter les conseils de mes parents et de le quitter. Les femmes ne sont pas nées pour accepter de telles conditions de vie… »

Lilie Mbala Dive est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Dec 29 2012. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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