Afrique australe: repousser sans cesse les frontières de l’égalité du genre



Par Colleen Lowe Morna

Maputo: La semaine dernière, alors que je m’asseyais dans une salle conditionnée de l’hôtel Polana et que j’examinais une longue liste de choses à compléter, je me suis demandé si je n’avais pas mieux à faire que d’écouter des interventions emphatiques de fonctionnaires à propos de la parité.

Comme n’importe quelle directrice exécutive d’organisation non-gouvernementale (ONG), mon esprit allait des discours à d’autres préoccupations du moment – évaluations, délais à respecter, financement, organisation de 12 Sommets, questions administratives à gérer par rapport au personnel, soumission de notre rapport annuel, conseil d’administration à venir et que sais-je encore. Je me suis demandé si des réunions comme celle des ministres du Genre des pays de la SADC, tenue en marge de la conférence de la Commission sur le Statut des Femmes en mars prochain, feraient une différence ?

Alors que les discours se poursuivaient, un sentiment de déjà-vu, mélangé à la réalisation que des changements étaient intervenus, a pris le dessus. Il y a 16 ans, les organisations non-gouvernementales faisaient du lobbying pour obtenir une Déclaration de la SADC sur le Genre et le Développement. Huit ans de cela, la Southern African Gender Protocol Alliance intensifiait la pression et obtenait un document légalement irrévocable, le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement.

Alors que je me souvenais des âpres débats et des compromis autour des sept ébauches qui ont finalement abouti à ce document sous-régional unique fixant 28 dispositions pour atteindre l’égalité du genre d’ici 2015, j’ai réalisé qu’au fil du temps, le discours à propos du genre dans notre région s’enhardit et ose pousser plus loin les limites qui figuraient dans les discours passés.

En 2007 à Livingstone lors de la dernière réunion avant celle du Sommet des Chefs d’Etats ayant adopté le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement en août 2008, les fonctionnaires ont pratiquement déclaré qu’il ne fallait pas toucher aux coutumes, à la culture et aux traditions. Je me souviens même des propos indignés d’un fonctionnaire qui a demandé pour qui la SADC se prenait pour lui dire combien de femmes il doit épouser.

En revenant au présent, plus précisément à la réunion de Maputo axée sur la violence basée sur le genre, qui est aussi le thème de la conférence de la Commission sur le Statut de la Femme, nous n’avons pas remis le sujet de la polygamie sur le tapis. Mais lorsqu’une ONG a insisté pour que l’argumentaire officiel de la SADC fasse référence aux origines de la VBG, incluant des pratiques religieuses, coutumières et traditionnelles nocives, les termes ont été aisément acceptés.

Plus tôt lors de cette même réunion, j’ai présenté les résultats de l’étude sur les indicateurs de VBG dans cinq pays de la région et évoqué l’étendue, les effets, les réactions, le soutien et la prévention de la VBG. Ces résultats, comme je l’ai souligné, indiquent qu’entre un quart et deux tiers des femmes de la région vivent une forme de violence durant leur existence et que la forme la plus récurrente de violence qu’elles subissaient ne figure pas dans les statistiques officielles. Il s’agit de la violence verbale et émotionnelle, la face cachée corrosive de la VBG, qui sape les organisations de femmes et qui est au cœur des inégalités du genre dans la région.

Dans le passé, le dire aurait rencontré un commentaire sournois et condescendant, surtout le jour de la St Valentin lorsqu’il est si facile de dissimuler cette question sous des roses et du chocolat. Au lieu de cela, tous ceux présents ont pris l’engagement de soutenir la campagne visant à faire un milliard de femmes s’opposer à la violence, action démarrée par Eve Ensler, rendue célèbre par ses Monologues du Vagin. J’ai même réussi à prononcer le mot V devant toute l’assemblée.

La surprise la plus plaisante a eu lieu lors de la réunion du comité des ONG destinée à ébaucher la déclaration devant être présentée lors de la réunion des ministres. Dans le passé, on ne pouvait pas aborder le sujet de la liberté d’orientation sexuelle.  Les gouvernements le flairaient dans toute terminologie suggérée par l’Afrique du Sud, le seul pays de la région à proscrire dans sa Constitution la discrimination basée sur les préférences sexuelles, et par certaines ONG. Même l’expression «groupes marginalisés » dénotait l’orientation sexuelle aux yeux de fonctionnaires méfiants. Les ONG de femmes elles-mêmes étaient divisées sur la question, certaines étant pour, d’autres contre, d’autres mettant en garde contre le fait qu’aller trop loin dans les revendications à ce sujet pouvait compromettre nos fragiles gains.

Et pourtant, lors de la réunion du comité des ONG des 15 pays de la SADC, la nécessité de pousser plus loin les frontières sur cette question a reçu un soutien quasi-unanime. Emma Kalya, une activiste du Malawi et membre de l’Alliance et porte-parole des ONG au sommet, a donné son appui personnel à cette question.

Elle a déclaré devant les ministres que les «groupes marginalisés – les habitants pauvres des régions rurales, les handicapés, les travailleurs du sexe et les minorités sexuelles parmi d’autres – doivent être reconnus et avoir des droits qui ne peuvent être donnés d’une main et repris de l’autre. Il ne faut pas confondre droits et moralité».

Le Malawi est un microcosme intéressant indiquant le changement dans le discours du genre en Afrique australe. Bien qu’il soit un des pays les plus conservateurs de la SADC, il est aussi le premier de la région à avoir une femme pour présidente en la personne de Joyce Banda et celle-ci a fait récemment allusion à une abrogation des lois contre l’homosexualité.

La réunion des ministres de la SADC a enregistré une autre avancée significative, à savoir un engagement en faveur de l’ajout d’une clause sur le changement climatique dans le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement. Les violentes inondations au Mozambique qui ont aussi frappé Maurice au moment de la conférence, ne laissent aucun doute que le changement climatique affecte notre région. Mais jusqu’ici, il y avait une inertie bureaucrate considérable pour ouvrir à nouveau les discussions autour du Protocole maintenant que deux tiers des signataires l’ont ratifié et officialisé.

Les ONG ont une fois de plus mené la danse, pressurisant les gouvernements à reconnaître qu’aucun instrument sur l’égalité du genre ne peut être totalement hermétique. Comme les Constitutions, les Protocoles doivent constamment répondre aux nécessités du jour. Cela se reflète dans nos choix de mots et d’emphases. A la fin, comme je l’ai découvert la semaine dernière, il n’y a pas de tâche plus importante que de repousser les limites du discours du genre dans notre région bien-aimée.

Colleen Lowe-Morna est directrice exécutive de Gender Links. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de cette ONG.     

Posted by on Feb 25 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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