Des Congolaises vivant en concubinage veulent plus de sécurité



Par Elda Along

A cause des coûts exorbitants de la dot réclamée aux hommes voulant se marier et des frais et multiples cadeaux qui leur sont exigés par les communes lors de la célébration du mariage civil, de plus en plus d’hommes et de femmes préfèrent vivre en union libre à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). Ce type d’arrangement non reconnu par la loi ne protège pas les femmes qui se mettent en ménage avec leur compagnon.  Le sachant, celles-ci réclament désormais une régularisation pour être mieux protégées.

Dina, mère de sept enfants vivant à Kinshasa depuis qu’elle a 16 ans, a dans sa jeunesse fui la pression parentale lorsque, jeune fille, elle est tombée enceinte. A dater de ce jour,  elle vit en couple avec son amant sans être légalement mariée. Mais cette situation ne l’enchante guère aujourd’hui. “Chaque fois qu’une dispute éclate entre nous notre, il (NdlR : son compagnon) me dit tout bonnement que je suis libre de rentrer chez mes parents car il ne voit pas ce qui me retient ici“, rapporte-t-elle, les yeux embués, signe que les sanglots ne sont pas loin.

Dina avait pourtant cru qu’avoir des enfants avec son conjoint était une garantie sûre pour pérenniser leur vie de couple. Aujourd’hui, elle est désabusée : “Je n’ai aucun document que je pourrais montrer à la justice pour revendiquer mes droits en tant que compagne. Mon compagnon est chauffeur et voyage quand il veut et revient à la maison quand bon lui semble. Je n’ai pas le droit de réclamer quoique ce soit.” Son compagnon n’a en effet jamais manifesté d’empressement à payer la dot que lui réclament les parents de Dina et qui scellerait le mariage coutumier. Et aucun acte de l’Etat civil ne reconnait la cohabitation en RDC.

De nombreux couples acceptent de cohabiter ainsi pour contourner les multiples contraintes matérielles que coûte le mariage à Kinshasa. Car, outre la dot qui varie entre 500 à 2500 dollars américains, sans compter les biens en nature qu’il faut donner, viennent s’ajouter des cadeaux réclamés par les communes avant de célébrer le mariage civil. A la commune de Kalamu, par exemple, l’Etat civil exige des couples la somme de 150 dollars américains, deux chaises en plastique, deux verres, une bouteille de vin dont la marque est même précisée. Des pratiques qui ne font que compliquer les choses pour l’homme qui ne dispose pas de gros moyens.

Par conséquent, les amants préfèrent prendre le raccourci qu’on appelle à Kinshasa “Yaka to fanda” ou la cohabitation. La femme rejoint alors l’homme sans passer par toutes ces formalités exigées.  Souvent et en dépit de l’entente mutuelle, c’est une grossesse qui précipite la cohabitation et les hommes promettent de réunir le montant de la dot et de formaliser plus tard cet arrangement.  Mais cette formalisation de l’union libre ne se réalise peut-être jamais.

Journaliste, Yves Buya qui se prépare au mariage, estime que face à toutes ces difficultés, l’union libre pourrait être tolérée à la seule condition que le “prétendant ait la détermination d’honorer la fille d’autrui, quel que soit le temps que cela prendra”. A l’instar des Bajila Kasanga, du Kasaï-Occidental, aux yeux de qui la dot n’est pas une fin en soi, Jérémie Dada Mubwa, assistant médical, est d’avis qu’on finit tôt ou tard par régulariser la situation maritale. Mais pour être sûr, “l’homme doit jeter les bases du mariage futur en officialisant la relation, moyennant le versement de quelques cadeaux à la belle famille en guise de pré-dot”, estime Yves Buya.

Cependant, à force de rester longtemps ensemble, certains couples en arrivent à oublier l’absence de droits et le caractère éphémère de ce type d’union. Chrétien marié à Kinshasa, Emery Ngamasana condamne l’union libre qui est non seulement illégale aux yeux de la loi mais aussi aux yeux de l’Eglise. “Pour nous Africains, le mariage d’une fille est un honneur pour toute sa famille, soutient-il. « Celle qui choisit d’aller librement avec son amant entre en disgrâce. Et les enfants nés d’une telle cohabitation ne jouissent pas de leurs droits et ne bénéficient pas de la bénédiction divine“.

Un juriste rappelle le risque que courent la femme et les enfants nés d’une cohabitation non reconnue par la loi.  “Ignorés par le Code la Famille, ils ne peuvent prétendre à la succession, ni se prévaloir de tous les droits qui leurs sont dus”, rappelle-t-il.

A ceux qui estiment que l’union libre a l’avantage de réduire les dépenses, maman Katshabala, une mère de famille mariée légalement, répond que ce type de raisonnement “n’est pas du tout soutenable dans une société moderne”.  Pour elle, c’est en amont qu’il faut régler le problème en mettant en place des lois qui sécurisent tout le monde et non brader le mariage. “Le législateur doit non seulement réglementer tous les contours du mariage en facilitant la tâche aux aspirants, mais surtout sensibiliser la communauté sur le coût de la dot et les bienfaits d’un mariage légal et sécurisé”, suggère-t-elle.

Le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement dont la RDC est signataire, demande aux Etats membres de s’assurer que les femmes bénéficient des mêmes droits constitutionnels et légaux que les hommes dans toutes les sphères de la vie. Il n’est pas normal que le statut de la femme vivant en union libre soit inférieur à celui de son conjoint.

La France a peut-être donné le ton à la cohabitation. Ainsi, en 1999, les parlementaires français ont voté le pacte civil de solidarité (PACS), sorte d’union civile entre deux adultes et qui régit leurs devoirs et leurs responsabilités mais moins que dans le mariage civil.  Dans la pratique, il s’agit d’un contrat timbré et signé par le couple, qui est enregistré par un clerc devant une Cour de justice. Ceux qui sont pacsés ne sont plus considérés comme des célibataires. Une mesure qui mériterait peut-être d’être considérée en RDC…

Elda Along est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 

 

 

Posted by on Feb 25 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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