Le harcèlement sexuel et la politique de l’autruche



Par Atisha Roopchand

Le viol collectif d’une jeune étudiante indienne à bord d’un autobus en mouvement à New Delhi, en Inde, en décembre dernier, a choqué plus d’un. Ce n’est qu’après coup que la population indienne et le monde entier a pris la pleine mesure de l’horreur de cet acte sur cette jeune fille qui n’a malheureusement pas survécu à ses blessures.

L’indignation du monde entier face à ce viol avait déclenché l’espoir qu’il y ait une plus grande sensibilisation et un renforcement de la sécurité pour les femmes en Inde jusqu’à ce qu’un mois après  le viol de New Delhi, une autre Indienne vivant dans une autre région de la Grande Péninsule, ne soit violée dans un autobus par six hommes.

Ces actes barbares nous ramènent à nous et nous contraignent à nous demander comment nous en sommes arrivés là ? Il me semble que ce n’est pas la question que nous devons nous poser. Celle qui doit l’être est simple: fallait-il laisser aller à de telles extrémités pour réaliser que la femme n’est pas un objet, ni une proie facile pour les hommes qui se prennent pour des prédateurs et se croient tout permis ?

La femme en tant que personne est-elle aussi insignifiante qu’il faille  se montrer sadique envers elle? Pourquoi notre sursaut et notre révolte ne commencent-ils pas dès les premiers signes de manque de respect d’un homme envers une femme? Pourquoi ne réagissons-nous pas aux premières remarques, aux sifflements, aux regards appuyés et vicieux,  à ces mains « accidentellement » baladeuses dans la rue, dans l’autobus ou au travail auxquels nous nous sommes tant habitués et sur lesquels nous fermons aujourd’hui presque machinalement les yeux?

A Maurice comme en Inde, hommes comme femmes se disent révoltés par ces deux viols mais ces mêmes personnes ont sans doute été témoins de formes mineures de harcèlement sexuel. Et il est à parier qu’il y a eu très peu d’entre eux qui ont eu le courage de s’y opposer ou de dire haut et fort que ce comportement n’est pas normal et qu’il s’agit ni plus, ni moins de harcèlement sexuel.

Face à ces situations, la société a généralement tendance à faire l’autruche. Nous faisons mine de n’avoir rien remarqué. Nous tournons la tête et nous nous éloignons en traversant la rue. Et nous continuons à mener notre petite vie tranquille.

Nous justifions même notre complaisance en nous rassurant. Un sifflement, ce n’est pas bien grave, pensons nous. Ce sont juste des garçons qui s’amusent aux dépens d’une fille.  Nous nous disons que l’un d’eux connaît sans doute la fille et qu’il s’agit d’un petit jeu innocent. Ou encore qu’il vaut mieux ne pas se mêler de ce qui ne nous concerne pas. Ce que nous ne réalisons pas, c’est que ces comportements à première vue anodins ont des conséquences graves.

Notre silence à l’égard des auteurs de ces actes de harcèlement représente un feu vert pour d’autres actes. Dans leur tête, s’ils peuvent suivre une jeune femme et la siffler, ils peuvent aller plus loin et lui faire des attouchements dans l’autobus? Notre non-réaction leur donne un sentiment de puissance et alimente leur besoin de se surpasser. Ce faisant, leur discernement se déforme et ils ne perçoivent plus leurs actes comme étant anormaux et asociaux.  Puisque personne ne s’en offusque, cela signifie que ce comportement est acceptable.  Ce sont ces mêmes comportements que ces gens transmettront à leurs enfants qui grandiront eux-aussi avec le sentiment que tout leur est permis.

Inversement, la société a appris aux filles à détourner les yeux des hommes dans la rue de peur d’attirer leur attention, à ne pas porter de jupes trop courtes et surtout, à ne pas élever la voix contre tout geste ou mot déplacé. La consigne maternelle est de ne pas répondre, de se taire et de subir quoi qu’il arrive.

C’est au moment où ce comportement inacceptable se transforme en violence que nous nous réveillons de notre long sommeil et nous étonnons de l’audace des coupables. Mais ne sommes-nous pas tout autant coupables qu’eux? N’est-il pas temps de réagir et se révolter contre toutes ces « petites » atteintes à notre corps et à notre dignité? N’est-il pas temps de réaliser que les femmes ne naissent pas victimes mais apprennent à l’être et que les hommes ne naissent pas impertinents et irrespectueux de la femme, mais apprennent à le devenir? Ne serait-il pas temps d’ôter nos visières et de sortir la tête du sable pour trancher ce mal à la racine  pendant qu’il en est encore temps ?

Maurice n’a rien à envier à l’Inde en matière de viols qui sont en hausse constante. D’après le Gender Based Violence Indicators report,  étude réalisée par Gender Links en 2011, il existe un nombre inquiétant de viols non-rapportés, une femme sur sept à être violées rapporte le viol aux autorités. L’Afrique du Sud enregistre un taux encore plus élevé de viols malgré que ce pays ait signé et ratifié le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande aux Etats membres de réduire la violence basée sur le genre de moitié d’ici 2015.

La situation est grave. Il est temps pour les autorités de faire comme les autorités indiennes et prendre le taureau par les cornes et traduire dans la réalité toutes les promesses faites aux femmes. Quant à nous, nous avons aussi notre rôle à jouer, si minime soit-il et c’est celui d’arrêter de faire l’autruche et de réagir comme il se doit à toute atteinte à la dignité de la femme.

Atisha Roopchand exerce une profession légale à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Feb 25 2013. Filed under Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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