Les femmes malgaches: des proies faciles pour le transport de la drogue



Par Leevy Frivet

Quand on est une Malgache, les chances d’être minutieusement fouillée à l’aéroport de Maurice sont élevées. Et l’on ne peut malheureusement pas reprocher ce traitement aux autorités mauriciennes car l’Histoire démontre qu’elles ont des bonnes raisons d’agir ainsi tant des Malgaches ont été utilisées comme passeuses de drogue.

Elles sont plus une dizaine de Malgaches à être incarcérées dans les prisons mauriciennes, loin de leur pays et des leurs. Toutes ont été piégées dans des affaires de drogue. Certes, elles savaient que transporter de la drogue est illégal mais elles ignoraient qu’elles pourraient aisément se faire prendre et qu’elles écoperaient alors d’une lourde peine de prison.

En fait, les Malgaches sont des proies faciles pour les trafiquants de drogue car elles sont pauvres et issues très souvent des bas quartiers. Pour pouvoir faire survivre leur famille, elles sont prêtes à courir tous les risques, y compris transporter de la drogue valant des milliers de dollars contre la modique somme de 300 ou 400 dollars. A leurs yeux, si elles sont arrêtées, ce ne sera pas de chance mais si elles passent entre les mailles du filet, quelle aubaine pour leur famille qui pourra enfin manger à sa faim.

Plusieurs Malgaches sont incarcérées dans la prison des femmes à Maurice. Or, en 2007, les gouvernements malgache et mauricien ont signé un traité d’extradition des prisonniers entre les deux pays mais la crise sociopolitique malgache n’a pas facilité les choses. L’an dernier, c’est une étudiante malgache de 20 ans qui a été condamnée à 20 années de réclusion criminelle pour quelques grammes d’héroïne qu’elle avait introduits sur le sol mauricien.

Au début du mois de février 2013, une autre Malgache, Ihanta Nirina Razafimanantsoa, a été condamnée par le juge siégeant en cour d’assises à une peine de 20 ans de prison et à Rs 100,000 d’amende, environ 30 000 rands. La ressortissante malgache avait plaidé coupable et expliqué qu’elle avait transporté de la drogue à Maurice en juillet 2009 en raison de sa situation précaire dans la Grande île. Ce qui explique qu’elle avait accepté d’ingurgiter 97 boulettes d’héroïne et ce, au mépris de sa vie. La valeur de cette drogue est estimée à quelques Rs 6 millions, soit environ 3 millions de rands.

C’est une dénommée Maman Pouna, sœur de sa belle-sœur, qui aurait arrangé le coup. Le plan de transport de la drogue avait été finalisé dans le quartier de 67 Hectares, situé à Antananarivo, capitale malgache. On lui avait promis 7 millions de francs malgaches, soit Rs 20,000 ou environ 6000 rands, pour faire le sale boulot. En arrivant à Maurice, elle a réussi à passer le comptoir de l’immigration et de la douane et s’est s’installée dans un petit motel.

Jusque-là tout allait bien. Elle a réussi à restituer 40 boulettes. Son contact local, une autre Malgache, l’a appelée pour lui dire de manger des fruits pour qu’elle puisse restituer la totalité de la drogue. Mais avant qu’elle ait pu sortir du motel pour acheter des fruits, la police avait déjà encerclé le lieu. Les policiers ont saisi les 40 boulettes de drogue dans sa chambre.

Ihanta Nirina Razafimanantsoa a eu beau collaborer avec la police et leur donner le nom d’une autre Malgache faisant le trafic qui était arrivée sur le même vol qu’elle, celle-ci n’a jamais été retracée.

Le juge qui entendait son affaire à néanmoins pris note de sa collaboration avec la police mauricienne et a pris en considération le fait qu’elle ait accouché d’une fille qui vit avec elle en prison depuis trois ans. Néanmoins, du fait que le trafic de drogue soit un délit grave et mérite d’être sévèrement puni, le juge a estimé que la ressortissante malgache est bel et bien une trafiquante et l’a condamnée à la prison, tout en lui infligeant une amende lourde.

En 2011, cinq Malgaches ont subi le même sort. Le 9 décembre 2007, la police anti-drogue à Maurice a reçu des informations à l’effet que des passagères malgaches en provenance de la Grande Ile voyageant à bord du navire mauricien, le Mauritius Trochétia, seraient en possession de drogue. Dès que le navire a accosté le terminal, Ranalisoa Marthe Sidy, Davia Faratiana, Rosa Denise Rakotonirina, Ameline Renee Ravelonatoandro et Suzette Raharimalala ont été fouillées et plus de 20 kilos de cannabis et de haschisch ont été saisis dans des tabourets qu’elles disaient leur avoir été confiés par une certaine Bernadette.

Elles étaient censées vendre ces meubles à Maurice. Ce qui a attiré l’attention des douaniers, c’est que les tabourets en question n’avaient pas de valeur commerciale et auraient eu du mal à s’écouler sur le marché local. Elles ont été condamnées à 34 ans de réclusion criminelle. Bien que ces cinq Malgaches aient affirmé avoir été piégées par une de leurs compatriotes, cette histoire n’a pas convaincu la juge qui a estimé qu’elles étaient au courant du trafic.

En Cour, la juge a expliqué que la version des accusées ne pouvait être retenue par la cour. «C’est possible qu’elles aient eu une confiance aveugle en la Bernadette en question puisqu’elles la connaissaient mais c’est impensable qu’elles aient été naïves à ce point,» a expliqué la juge dans son argumentaire.

Ce qu’il faut savoir, c’est que durant les quatre dernières années, soit de janvier 2006 à février 2011, la valeur commerciale des différentes saisies de drogue s’élevait à 31 millions de dollars américains. Ces saisies incluent une variété de drogues allant du Subutex (138 315 tablettes) au cannabis (264 kg) en passant par la cocaïne (2kg), le hachisch (25kg) et l’héroïne (38 kilos).

Dans la majorité de ces cas, ce sont des Malgaches qui ont agi comme passeuses. Il serait nécessaire de conscientiser les femmes malgaches sur le sort qui les attend lorsqu’elles se livrent au trafic de drogue entre leur pays et Maurice. Mais la police malgache affirme n’avoir pas les moyens de le faire et la Haute autorité de transition a d’autres priorités.

Lorsqu’elles sont arrêtées, il y a une difficulté qui aggrave leurs cas: ne parlant aucune langue utilisée au pays, leur déposition devient difficile. Elles ne peuvent alors évoquer leurs circonstances atténuantes et ne font qu’admettre leur culpabilité et signer une plainte dont elles ne comprennent pas totalement la teneur. Et une fois en Cour, elles ne peuvent se défendre convenablement faute de traducteur. On ne peut donc pas parler de procès équitable, bien que la Charte Africaine des Droits de l’Homme demande à ce que n’importe quel prévenu y ait droit. La pauvreté est vraiment mère de tous les vices…

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Feb 25 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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