Des analphabètes malgaches formées à devenir des techniciennes



Par Volana Rasoanirainy

Si pour la plupart des femmes, la Journée Internationale de la Femme est une célébration symbolique, cette année, la date du 8 mars a pris une autre dimension pour sept femmes malgaches qui viennent des campagnes retirées du sud est de la Grande Ile.

Qui l’eût cru, effectivement que Dotine, Philomène et Zafitsiha, originaires de Tsaratanàna dans la région Atsimo Atsinanana et Berthe Razanamahasoa, Saholiarisoa Lydia Razafindramanana, Germaine Razafindravelo et Vonjiniaina Florette Rasoamampionona d’Iavomanitra dans la région Amoron’Imania, toutes des grand-mères, allaient réussir à s’envoler le 13 mars dernier pour l’Inde où elles suivent actuellement une formation de six mois en matière de fabrication de panneaux solaires.

Elles ont pour mission d’apprendre à fabriquer, installer et entretenir des systèmes solaires dans l’objectif d’équiper à leur tour les ménages de leurs villages afin qu’ils bénéficient d’un service d’électricité de qualité et fiable au lieu de continuer à s’éclairer de lampes à pétrole rustiques et de torches à piles.

Pour elles, c’est une grande première car elles n’ont jamais quitté leurs régions. La plupart de la population malgache, et majoritairement les femmes, sont analphabètes. Ce qui équivaut à dire que partir à l’étranger serait resté pour ces femmes un mythe. Ce déplacement est devenu réalité grâce à un contrat de coopération signé en 2012 entre la World Wild Life Fund Monde et le Barefoot College indien, littéralement «collège aux pieds nus ».

L’approche est simple: « Les grand-mères ou les femmes d’un certain âge font preuve d’humilité et il est facile de leur apprendre de nouvelles choses qui demandent de la patience. Elles sont acquises à leur village et n’ont aucun désir de rester sur place une fois le savoir-faire acquis,» explique Bunker Roy du Barefoot College.

Mais d’autres critères ont aussi été considérés: « Ces femmes doivent être volontaires, soutenues par leurs familles et originaires de villages retirés et dépourvus d’énergie électrique. Elles sont dans des ménages modestes et ont été précocement ou totalement déscolarisées. Elles n’exercent pas de responsabilités communautaires ou associatives particulières.»

Madagascar a été choisi pour démarrer cette collaboration, ce qui serait pour la Grande Ile un moyen de ne plus attendre une aide financière de l’étranger pour s’émanciper. Il faut dire que Madagascar est à la traîne des autres pays par rapport à sa situation énergétique. Seulement 5% des ménages ruraux reçoivent de l’électricité et seuls 36% des foyers en ville en sont pourvus sur un total de 20 millions d’habitants. Or, la population rurale constitue 70% de la population malgache.

La sélection de ces sept femmes s’est faite par le biais d’une consultation préalable avec les villageois. Les intéressées et volontaires, qui répondaient aux critères, ont été soumis à une autre étape: leurs candidatures ont été examinées et avalisées par des sages et les membres des autorités locales. Elles ont alors reçu le « tso-drano» ou bénédiction de toute la communauté. C’est ainsi qu’elles ont été prêtes pour le voyage qui va faire d’elles des techniciennes! Le gouvernement indien prône une autonomie énergétique au sein des communautés rurales reculées. Le WWF Monde mobilise actuellement les fonds nécessaires pour que les femmes puissent, lorsqu’elles reviennent, être dotées des matériaux et des outils nécessaires pour électrifier chaque ménage, soit 240 foyers à Iavomanitra et 150 autres à Tsaratanàna.

De son côté, la population de chaque village s’attèlera à construire une maison qui abritera l’atelier de travail des femmes, ainsi qu’un centre d’activités communautaires bénéficiant du réseau électrique. Chaque ménage versera alors une cotisation mensuelle permettant non seulement la pérennisation du service mais aussi de rémunérer le travail de ces femmes «expertes en systèmes solaires» pour le suivi, l’entretien, les réparations et le renouvellement des batteries.

A souligner que ces villages se sont distingués par leurs efforts de protection de la forêt et nos sept futures techniciennes sont des membres actives de la communauté de base en charge de la gestion du terroir forestier rattaché au village. Barefoot College est en quelque sorte une continuité de leur engagement environnemental.

En tout cas, malgré le fait qu’elles soient quasiment des analphabètes, elles seront capables de tirer profit de la formation dispensée par le Barefoot College. « La formation se base sur des dessins, des couleurs, la gestuelle, de manière à ce que les participantes puissent se remémorer facilement les techniques et les outils. Cette formation a été pensée expressément pour que la langue de communication et l’analphabétisme ne constituent pas un obstacle.»

Voilà un projet cadrant avec le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande notamment aux Etats membres de tout mettre en œuvre pour l’autonomisation des femmes.

Volana Rasoanirainy est journaliste en freelance. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de GL.

Posted by on Mar 30 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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