Le harcèlement et la discrimination: facettes cachées du stage académique en RDC



Par Blandine Nzovo

En République Démocratique du Congo (RDC), le parcours universitaire est un long processus qui débute après l’obtention du baccalauréat, appelé diplôme d’Etat dans ce pays et considéré comme le visa permettant d’accéder aux études supérieures. Mais entre le début de ces études et la remise des diplômes, il ya le stage académique. Et dans la plupart des cas, ce sont des entreprises privées et publiques qui accueillent chaque année des étudiants recommandés par différentes institutions d’enseignement supérieur et universitaire. Mais  au-delà de l’aspect apprentissage du métier ou de la profession se cache une réalité à laquelle sont contraintes les filles admises en stage académique. Cette réalité insidieuse porte les noms de harcèlement et discrimination.

Ils sont des dizaines de milliers d’étudiants à tenter d’entrer dans les entreprises, institutions et organismes privés et publics, quand ce ne sont pas au sein d’agences internationales.  Evidement, le stage académique d’une durée variant entre six à huit semaines permet à l’étudiant de se mesurer et de jauger ses capacités par rapport aux connaissances acquises à l’école. Le premier jour, l’accueil est chaleureux. Des discours éloquents accompagnent l’arrivée des stagiaires à qui l’on souhaite la bienvenue. Une étape plus difficile commence alors généralement pour les filles stagiaires. Certains responsables font ces filles faire leurs emplettes ou leur servir de bonne à tout faire.

Josianne K. qui a fait son « stage » dans une société implantée dans la capitale Kinshasa, raconte «à mon arrivée, ce matin là, le chef de la cellule où j’étais affectée pour mon stage m’a obligée à nettoyer la salle et à mettre de l’ordre sur sa table de travail et dans son bureau. A l’heure de la pause café, c’était à moi de faire le café alors que l’autre fille stagiaire avait eu comme attribution de faire queue devant un supermarché avoisinant pour acheter le sandwich que mangerait le chef à l’heure de son déjeuner. Pendant ce temps, les stagiaires hommes apprenaient le vrai travail.»

Les entreprises de presse ne dérogent pas à la règle, d’autant plus que les universités et instituts supérieurs qui assurent la formation des journalistes comptent plus de filles que de garçons. Au sein d’une rédaction, une stagiaire est plus précieuse que son collègue masculin sans que cela ait quelque chose à voir avec sa productivité.  Outre le harcèlement sexuel qui reste difficile à prouver, le travail auquel elles sont astreintes est connu d’avance. Le patron de l’entreprise ou le responsable de la rédaction décide du travail des filles stagiaires.  Lorsque le stage est dans une station de télévision, ces filles sont parfois réduites à des aides-maquilleuses.

Annie a été admise comme stagiaire dans une station de télévision de la place et elle en a bavé.  «Je revenais d’une production où j’avais accompagné une équipe partie enregistrer une interview à diffuser le soir. Pendant que je rédigeais mon papier, la secrétaire de rédaction m’a invitée à son bureau. Elle m’a soumis une somme d’argent et une liste de courses à faire au marché situé à près de  six kilomètres du centre ville où sont les bureaux. Elle s’attendait aussi à ce que je dépose ses courses à la maison. J’ai refusé catégoriquement en disant que je ne suis pas venue pour cela et que mes parents pensent que mon stage se déroule dans une rédaction et non pas dans un marché ».

La franchise d’Annie lui a valu des représailles.  Le personnel l’a alors considérée comme une fille «mal éduquée» alors qu’elle tentait simplement de faire valoir ses droits. Elle en a fait état auprès du responsable de l’organe de presse. Réponse du chef: «Une stagiaire est avant tout une fille de courses et tu dois te conformer à cette règle!»

Comment promouvoir une représentativité égale des femmes dans l’actionnariat et les structures de prises de décision des entreprises de presse tel que prévu dans le Protocole de la SADC sur le Genre et Développement  si déjà en amont,  la femme ne jouit pas de considération ou si elle est réduite au rang de fille de courses alors qu’elle ne rêve que de participer au processus de développement d’une nation?

Face à un tel traitement, les femmes resteront d’éternelles absentes à des postes de décision. Le pire est que l’article 14 de la Constitution de la RDC décrète que «les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits».

L’exploitation des filles stagiaires dans les rédactions pourrait être complètement enrayée en RDC si le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, institution d’appui à la démocratie et instance de régulation des médias, en fait son cheval de bataille. Volonté pourtant exprimée par le précurseur de cette instance, à savoir la Haute Autorité des Médias dans son code d’éthique sur le genre et édité en Juillet 2008.

En tant qu’adepte de la génération « Oui c’est possible»,  nous devrions façonner un avenir différent pour les générations futures. Cet état de choses doit nous interpeller, nous femmes des médias, à réfléchir sur les stratégies à adopter pour empêcher que de telles attitudes discriminatoires perdurent et combler les lacunes du genre dans les médias de façon plus globale et soutenue.

Blandine Nzovo est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Mar 30 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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