Le Dr Denis Mukwege: un infatigable militant contre les violences sexuelles en RDC



Par Pascal Kapalay

Le viol systématique et en masse des femmes et des jeunes filles dans l’Est de la  République Démocratique du Congo (RDC) est aujourd’hui devenu une arme de guerre utilisée par les groupes armés. Peu des structures médicales parviennent à prendre en charge toutes ces femmes et jeunes filles qui subissent cette violence de plein fouet. Dans la province du Sud Kivu, l’une des provinces les plus exposées aux conflits armés, l’hôpital général de référence de Panzi s’est spécialisé dans le traitement  des femmes victimes de violences sexuelles.  Le directeur de cet établissement est un médecin, le Dr Denis Mukwege. Las de voir toutes ces violences aux séquelles irréparables, il s’est fait le porte-voix de ces filles et femmes violées auprès des instances internationales.

Ce médecin mesure les conséquences de ces viols.  «Ces femmes ont été infectées au VIH et laissées pour compte. Elles infecteront les hommes qu’elles fréquentent par la suite et au final, elles en mourront. Notre population est exposée à travers ces femmes violées. Ces bouchers qui les violent ne se contentent pas de les violenter mais aussi de détruire leurs organes géniaux afin qu’elles n’enfantent plus ».

Les filles violées sont âgées entre 12 et 16 ans, ce qui signifie que celles qui auraient pu concevoir ne le pourront plus. «C’est une stratégie de réduction de la population en détruisant sa matrice»,  martèle ce médecin qui fait de la chirurgie réparatrice sur ces femmes violées.

Leur viol constitue aussi une perte d’identité dans la mesure où elles sont violées en public, devant leurs enfants, sous les yeux de leurs maris. «Et la conséquence est qu’elles donneront naissance à des enfants qui n’auront pas d’identité car aucun mari ne voudra déclarer le fruit du viol d’un autre homme», explique-t-il.

Selon les statistiques disponibles à l’hôpital général de référence de Panzi, 2465 femmes et jeunes filles violées ont été prises en charge par le projet Survivantes aux Violences Sexuelles entre janvier et la mi-décembre 2012.  Ce qui fait qu’en moyenne, 10 femmes par jour sont victimes de violences sexuelles.

Parmi ce nombre, 1143 femmes vivront toute leur vie avec des pathologies gynécologiques. Sans compter les séquelles de telles violences sur leur psychisme.  Au vu de ces statistiques, il est clair que les violences sexuelles à l’Est de la République Démocratique du Congo sont loin d’être terminées.  

Selon Magambo Budundwa , assistant du coordonnateur du projet Survivantes aux Violences Sexuelles, « ces femmes ont reçu des soins appropriés tant au niveau psychosocial que médical».  Et avec cet encadrement personnalisé, poursuit-elle, ces femmes qui, hier, ont vécu d’énormes souffrances, retrouvent petit à petit aujourd’hui une espérance de vie.

Leur réintégration dans la société se prépare au sein de la Cité de la Joie qui dispense des thérapies de groupe.  Marie Jeanne Mwabatshu, chargée du programme de la Cité de la Joie estime que « leur réintégration  n’est pas facile car leur nombre va croissant. Plus de 200 femmes et jeunes filles ont été réintégrées jusqu’ici. Mais les personnes réintégrées ne sont pas facilement joignables et le suivi est difficile. De plus, sur le territoire de Rutshuru au Nord Kivu par exemple, d’autres femmes ont de nouveau été violées et le centre Cité de la Joie ne peut encadrer qu’un nombre limité. La réinsertion n’est possible qu’avec la fin de la guerre».

Entre-temps, les plaidoyers, notamment ceux du Dr Denis Mukwege, se multiplient. Aux Nations Unies en septembre dernier, il a argué que « les femmes victimes des violences sexuelles dans l’Est de la RDC vivent dans le déshonneur. J’ai constamment sous les yeux des filles, des mères et même des bébés déshonorés et au regard désabusé». explique ce médecin qui ne peut accepter de voir son pays ainsi détruit par les affres de la guerre. « Le viol est utilisé comme arme de guerre sur plusieurs d’entre elles alors que d’autres sont enlevées et soumises à l’esclavage sexuel. On veut les détruire, les humilier. Cela fait 16 ans que cela dure et le nombre officiel de femmes ayant subi des violences sexuelles est de 500 000. Il est temps que cela s’arrête ».

Tant que la paix ne reviendra pas en RDC,  les violences sexuelles se poursuivront parmi la population. Et pourtant la RDC a signé et ratifié le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande aux Etats membres de réduire de moitié et d’ici 2015 la violence basée sur le genre. Il serait peut-être temps que les autorités s’en souviennent.

 Pascal Kapalay est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on May 17 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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