Les Congolaises jugent les procédures de divorce trop longues à Kinshasa



Par Elda Along

Divorcer est devenu un phénomène de société très courant à Kinshasa. Tellement courant que les requérants, la plupart des femmes,  souvent très pressés d’en finir, jugent trop longues les procédures de séparation. Les tentatives de conciliation menées par les juges ou les exigences de consentement sont difficilement vécues par elles. Témoignages.

Au tribunal de paix d’Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu à Kinshasa, quatre couples en moyenne viennent mensuellement solliciter le divorce. Un constat s’y dégage: ce sont souvent de jeunes couples dont le mariage n’a tenu que quelques années, qui désirent se séparer. Mais s’en tenant aux procédures légales en la matière, les juges ne s’empressent pas, pour autant, de faire tout de suite leur volonté. «Comme pour tout autre jugement, le tribunal de paix accorde toujours un délai pour voir si les époux peuvent se réconcilier. Lorsque le demandeur introduit sa requête et la confirme, ce processus peut durer six mois. C’est l’étape de conciliation », explique Mbuli Bongoy, responsable du greffe civil du tribunal de paix d’Assossa.

Mbuli Bongoy fait remarquer que le divorce n’est pas une mince affaire. Le jugement peut ainsi prendre beaucoup de temps, surtout lorsqu’il y a résistance d’une des parties en cause. « Les deux parties doivent être consentantes, sinon le juge fait venir tour à tour les parents, ou encore les témoins de cette union pour avoir leur avis lorsqu’il y a résistance d’une partie », poursuit le greffe.

L’étape de conciliation peut réussir à raccommoder le couple, tout comme elle peut échouer. Et au cas où les doutes persistent et que cette étape échoue, le juge conciliateur fait un rapport de non-réconciliation. Immédiatement après, le demandeur du divorce assigne son époux ou son épouse à comparaître en audience publique. Pour Pascaline Lula, une mère de famille qui a mal vécu son divorce, la procédure a duré deux ans. Si elle avoue que la sentence du tribunal a entraîné des tiraillements entre sa famille et celle de son ex-époux, notamment au sujet du partage des biens, la durée de la procédure était, selon elle, exagérée. « C’est peut-être une manière d’accorder une dernière chance aux époux voulant divorcer de se ressaisir et se raviser,» tente-t-elle comme explication.

Une procédure que Martine, elle aussi divorcée, a du mal à accepter. Car, pour elle, lorsque deux personnes décident de confirmer leur union devant l’Etat civil, c’est qu’il y a un intérêt commun quelque part. Et « lorsqu’on constate qu’il n’y a plus d’intérêt commun, autant se séparer », dit-elle avec force, avant de poursuivre : « J’ai décidé de me séparer de mon mari parce que j’en avais marre. Je n’ai pas tenu compte de la durée que le jugement pouvait prendre. Pour que le divorce soit prononcé, cela a pris trois ans et pendant ce temps, j’en ai souffert. »

Du temps perdu, selon Martine, qui demande pourquoi consacrer autant d’années pour dissoudre un mariage, alors que, selon elle, « l’union devant l’Etat civil ne dure que quelques minutes. » Pour cette femme, les trois années que le tribunal a pris pour prononcer son divorce lui ont servi de leçon. « Je ne suis pas prête à contracter un second mariage civil », avance-t-elle, rassurée néanmoins d’avoir «retrouvé sa liberté ».

Au sein de l’opinion publique, de nombreuses personnes estiment que les demandes de divorce en constante évolution, en particulier à Kinshasa, sont surtout le fait de couples qui se marient vite, sans être suffisamment préparés aux obligations de la vie commune. Et que si le tribunal prend du temps pour juger d’une demande de séparation, c’est parce que les époux agissent souvent sous l’effet de la colère. « Les juges ne connaissent pas leur histoire de vie commune et c’est normal qu’ils refusent de se prononcer trop vite », explique Viviane, une femme qui a compte 55 ans de mariage.

« Durant les 55 années de vie commune, mon mari et moi avons connu des hauts et des bas. Des situations qui pourraient aisément mener les jeunes couples d’aujourd’hui vers le divorce. Il faut savoir simplement se supporter mutuellement,» conseille cette femme. Pour elle, quelles que soient les raisons pour lesquelles on veut divorcer, une partie est toujours perdante, à savoir les enfants qui sont obligés de subir la décision de leurs parents.

Le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement demande aux Etats-membres d’œuvrer pour que les femmes puissent jouir pleinement de leurs droits constitutionnels et légaux, y compris dans le mariage. Ce qui s’applique au mariage devrait aussi l’être pour le divorce.

Elda Along est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on May 17 2013. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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