Les détenues malgaches mal nourries



Par Leevy Frivet

Les femmes ont toutes des rêves et voulaient les réaliser mais le fait pour certaines d’entre elles d’être nées dans des pays africains pauvres les ont conduites à commettre des erreurs et à se retrouver derrière les barreaux. Si personne ne peut savoir si elles ont commis les délits qui leur sont reprochées en toute connaissance de cause, ce n’est pas la peine de les punir deux fois en les nourrissant mal, comme c’est le cas à Madagascar. 

A la base, ce qui leur fait défaut, c’est leur impossibilité d’avoir au départ une assistance juridique pour leur éviter la prison. Nombreuses sont celles qui se sont fait arrêter et écrouer sans avoir la possibilité de se défendre. Leur calvaire se poursuit avec la cruauté qu’elles subissent des autres détenues.  Déjà, qu’elles doivent se battre pour l’égalité quand elles sont en liberté, en captivité, c’est pire que la mort selon certaines d’entre elles. Cette année, une partie des prisonnières incarcérées dans une des prisons de la capitale Antananarivo a pu célébrer la fête de Pâques grâce à un projet mené par des étudiants d’une université malgache.

Mais les problèmes tels que la malnutrition chronique à laquelle semblent condamnées les détenues malgaches, en sus de leur peine de prison, est loin d’être résolue. Le rapport 2011 sur les droits humains à Madagascar, rédigé par le département d’Etat américain, a mis en évidence le fait que ce mal touche jusqu’à deux tiers des détenus hommes comme femmes dans certaines prisons de la Grande Ile et se trouve être la plus commune cause de décès. En 2008, le ministère de la Justice avait planifié une augmentation des rations journalières dans les prisons mais les bienfaiteurs ont gelé les aides suite à la crise politique et les budgets de l’ensemble des ministères malgaches ont été réduits. Les détenues en ont extrêmement soufferts.

En juillet 2012, Médecins du Monde, l’une des cinq organisations non-gouvernementales actives dans 24 prisons du nord de Madagascar, financées par l’Union européenne, a distribué des rations supplémentaires de cacahuètes écrasées et de manioc aux prisonniers malnutris. Cela démontre les conditions extrêmes de détention dans ce pays qui reste l’un des plus pauvres de la planète.

Même si les fonds destinés aux prisons ont diminué, le nombre de détenus continue d’augmenter. Les 83 pénitenciers de la Grande Ile avaient été prévus pour accueillir 10 319 détenus mais ils en contiennent en réalité 19 870. Le surpeuplement est souvent une réalité. Il est possible de trouver 150 personnes dans un dortoir prévu pour 40. En sus de la nourriture, les conditions d’hygiène y sont très précaires: l’eau et le savon manquent et les rats y pullulent.

Selon l’organisation non-gouvernementale,  Handicap International (HI), en 2012, 80% des détenues ont été abandonnés par leurs familles, souvent parce que les plus pauvres d’entre ces dernières ne sont pas en mesure de les assister sur le plan économique.

Les détenues malgaches sont près de 300 dans les prisons de Tananarive, la capitale. Certaines attendent la grâce présidentielle octroyée en juin de chaque année mais toutes n’y auront pas droit.  Déjà qu’elles avaient faim quand elles étaient en liberté et qu’elles ont commis des actes répréhensibles pour pouvoir secouer la chape de pauvreté qui les afflige, une fois enfermées, elles sont tout aussi mal nourries.

Ce n’est toutefois pas le cas des Malgaches arrêtées et incarcérées à Maurice. Pratiquement toutes l’ont été pour délits de drogue mais à Maurice, comme l’explique l’assistante-commissaire des prisons, Maya Aubeeluck, elles ont droit non seulement à des repas équilibrés mais aussi à plusieurs cours de formation destinés à faciliter leur réinsertion dans la société une fois qu’elles seront libres, notamment des cours d’alphabétisation, de couture, de coiffure, de cuisine et de jardinage.    

Bien que les détenues malgaches aient commis un crime aux yeux de la société malgache, elles devraient être mieux traitées dans la Grande Ile comme le demande le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement dont presque tous les pays de la SADC sont signataires.

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on May 17 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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