Ces papas mauriciens qui ne font aucune différence entre leur fille et leur garçon



Quand on pense aux enfants, on pense souvent et à raison à leur maman, à cette femme qui se sacrifie pour ses petits.  Cette réalité s’est enrichie car bon nombre de pères mauriciens élèvent seuls leurs filles et sont à la base du succès de ces dernières, brisant comme le demande le Protocole de la SADC sur le genre et le développement tous les stéréotypes des pères violents, négligents et cruels.

Ils sont même considérés comme des héros par celles qu’ils ont élevées, parfois seuls. C’est le cas de Sagadeven Madre, habitant de Baie du Tombeau. Il aura 33 ans en décembre et à première vue, il paraît être un jeune homme comme tant d’autres, qui aiment s’amuser et jouir de leur jeunesse. Pourtant, il est le père d’une adolescente de 12 ans. Sa fille est née d’un amour de jeunesse. Il n’avait que 19 ans quand sa copine de 16 ans est tombée enceinte.

Sagadeven ne savait trop quoi faire sur le moment. « J’étais très jeune mais quelques jours après la naissance de ma fille, je me suis dis que c’est le plus beau cadeau que la vie m’ait offert. Tout indiquait qu’elle vivrait et grandirait avec sa mère.  Mais en réalité, c’est avec moi qu’elle a grandi. Pendant des années, je me suis levé tôt le matin pour m’occuper d’elle et pour aller lui acheter du pain et la préparer afin qu’elle aille à l’école et se nourrisse convenablement durant la journée. En week-end, elle part chez sa mère mais en semaine, c’est moi qui m’occupe d’elle. C’est incroyable mais la venue au monde de ma fille m’a fait grandir. Je suis devenu un être plus responsable ».  Ce qu’il apprécie le plus, c’est « le dialogue entre un père et sa fille. C’est fantastique, parfois teinté de désaccords mais rempli d’amour et de tendresse».

Sagadeven Madre explique qu’il a réussi à éduquer sa fille seule en lui transmettant les valeurs qu’il a lui-même reçues de sa mère. « Tous les conseils que ma mère m’avait donnés, je les ai prodigués à ma fille et la connexion entre nous a été bonne. Elle représente tout pour moi. Mon passé et mon présent. Un jour, je sais qu’elle partira de la maison mais nous serons liés à jamais. Il s’est développé un lien extraordinaire entre elle et moi que rien ne pourra briser. On parle souvent des mères célibataires. Je ne doute pas de leurs difficultés mais être un jeune homme et s’occuper d’une fillette demande également beaucoup de courage et de sacrifices. Autant j’ai donné pour ma fille et en abondance, autant elle me le rend bien».

Jérôme Appou, 31 ans, habitant de Port-Louis, la capitale, est lui aussi un jeune père qui a une fille de quatre ans. Son épouse travaille dans un centre d’appels et il doit s’occuper de sa fille après ses heures de travail. «  Après une journée au soleil, sur un chantier, on est fatigué. Je rentre à la maison et je dois m’occuper de ma fille. C’est moi qui la douche, qui la change et qui prépare même le diner parce que ma femme rentre tard. Loin de l’envisager comme une corvée, cela me fait plaisir de le faire pour ma fille et pour notre famille. Je suis très attachée à elle. Bien qu’elle ne comprenne pas encore grand chose, nous regardons la télévision ensemble. J’essaie de la faire s’intéresser au monde qui l’entoure, bien qu’elle soit encore toute petite. Être père, ce n’est ni un regret, ni un fardeau. Mon père m’avait donné beaucoup d’amour et en retour, j’en donne à ma fille chérie. Elle est la joie de notre vie ». Il se dit disposé à mourir pour elle s’il le fallait. Tous ses projets sont en relation aux progrès de l’enfant. « Tout ce que je fais, c’est pour elle et son bien-être», explique Jérôme Appou.

Jean-Noel Monique affirme qu’élever deux filles n’a pas été facile mais pas une tâche herculéenne non plus. Elles sont âgées de 15 et 21 ans respectivement. «  Il n’y a pas de formule magique. Toutes les valeurs que ma femme et moi avons reçues, nous les avons transmises à nos filles. »  Cet homme qui fait du travail social depuis plus de 30 ans, a intéressé ses filles au social.  « Je me dépense pour elles. Je travaille nuit et jour pour qu’elles aient un meilleur avenir. Ce sont mes deux trésors. Elles sont mon futur», explique Jean-Noel Monique. Il est satisfait que ses filles aient poursuivi leurs études. L’ainée va bientôt obtenir un diplôme. Ce qui fait la fierté de son père qui vient d’une famille modeste.

L’Association S.O.S Papas salue le courage et la détermination de ces pères qui ne font aucune différence entre leur fille comme leur garçon. Dharmen Appadoo, président de cette organisation non-gouvernementale, insiste que ces pères ont le soutien de son organisation et reconnaît que les pères sont très attachés à leur filles. «  En général, un parent aime tous ses enfants mais c’est un fait que les papas s’attachent davantage à leurs filles et les mamans à leurs fils,» explique Dharmen Appadoo.

Il considère que les pères sont capables d’élever des enfants seuls et méritent d’avoir la garde de leur fille en cas de dispute légale entre conjoints.  « Il y a une loi qui dit que si la fille a moins de cinq ans, la garde revient automatiquement à la mère. Ce qui est injuste. Les bons pères existent. Ce sont des héros. Traitons-les comme tels,» exhorte Dharmen Appadoo.

 Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie de la série « Hommage aux pères » du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Jun 28 2013. Filed under Société. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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