Trois femmes nommées générales des forces armées en RDC



Par Arthur Kayumba

C’est avec une joie immense que la communauté congolaise qui milite pour la défense et la promotion des droits de la femme a accueilli la nouvelle : pour la première fois en République Démocratique du Congo (RDC), trois femmes ont été promues générales à l’issue d’une ordonnance présidentielle dans le cadre de la reforme des forces armées nationales. Il s’agit là d’un rêve qui se réalise après plusieurs revendications des femmes militaires en RDC réclamant le grade de général pour les femmes.

 

Marie Josée Mbuyi Tshivuadi, Micheline Sasa et Bolingo Lese Rendu ont obtenu cette promotion en raison de leurs parcours, c’est-à-dire un sans-faute dans de grandes écoles militaires où elles ont reçu une solide formation à l’instar de leurs collègues hommes mais aussi en raison de leurs années de service et de leur loyauté.

 

Selon le ministre de la Défense nationale, Alexandre Luba Ntambo, l’ordonnance faisant d’elles des générales de l’armée augure un processus du rajeunissement des forces en vue de les adapter aux normes des armées modernes à l’échelle internationale. Ce rajeunissement et ce pas en faveur de l’égalité du genre, a-t-il ajouté, vise à accélérer la reforme du secteur de la défense et de la sécurité comme l’a recommandé le président américain, Barack Obama, lors de son séjour en Tanzanie.

 

A en croire la générale Bolingo Lese Rendu qui est ravie de cette nomination, « cette mesure indique l’engagement des autorités congolaises envers les principes novateurs d’intégration du genre au sein de l’armée nationale ». La générale Rendu, considérée comme point focal du genre au sein des forces armées, a toujours souligné l’importance du rôle et des métiers de la femme dans l’armée, précisant que celle-ci est présente dans toutes les unités où elle assume avec bravoure de grandes responsabilités.

 

Et le colonel Batabombi du service d’Education civique et patriotique des forces armées de la RDC l’a confirmé en disant que « s’il faut évaluer le bilan de l’évolution de la femme dans le cursus militaire, il est positif. J’encourage les femmes militaires à aller de l’avant et à occuper des hautes fonctions pour consolider la paix en RDC ». 

 

C’est dans cette perspective qu’il a invité les jeunes filles à briser les tabous et à se faire enrôler dans l’armée parce que, estime-t-il, ce corps ne doit pas qu’être l’apanage des hommes. Le colonel Batabombi a affirmé par ailleurs que « la loi de la parité est venue ouvrir de grandes brèches.»  

 

« L’intégration des femmes dans les forces armées en 1966 a démontré de quoi elles sont capables dans la mesure où elles ont cristallisé l’énergie spécifique pour humaniser la société au sein de laquelle les droits et les devoirs sont respectés et reconnus », estime le lieutenant à la retraite Spoiden Masasu, résidente à Masina Pétro-Congo, à l’Est de la ville de Kinshasa. Cette nomination de générales l’a réjouie, elle qui a servi dans l’armée de la RDC depuis 1966 au moment où l’opinion estimait que le service militaire était difficile et contraignant pour une femme qui était à l’époque considérée comme un être faible.

 

Le lieutenant Masasu se déclare fière d’avoir été soldat, ajoutant que le service militaire forme la personne, forge son caractère et valorise la place de la femme au sein de ce corps. 

Le mouvement d’émancipation de la femme congolaise au sein des Forces armées a commencé par l’intégration des femmes dans le corps des parachutistes. Cette mesure avait permis à l’opinion publique de comprendre qu’aucun secteur ne pouvait plus être réservé aux hommes. Dès lors, l’armée congolaise a recruté des femmes techniciennes et détentrices de brevets d’état major. Le secteur public lui a emboîté le pas, recrutant des magistrates, des femmes médecins, ingénieurs, logisticiennes, informaticiennes, greffières, des professeures et inspectrices judiciaires pour ne citer que celles-là….

 

Les femmes soldats de la RDC souhaitaient depuis  longtemps cette promotion au rang de générales afin de redorer le statut de la femme dans le pays. Cette demande a été formulée au cours des différentes assises organisées pour sensibiliser les femmes en uniforme sur l’intégration du genre dans le processus de reforme de l’armée. Faida Mwangilwa,  ministre honoraire de la Condition féminine et de la famille, a à plusieurs reprises demandé aux femmes militaires de ne pas se sentir complexées devant leurs collègues hommes car, selon elle, « le cerveau n’a pas de sexe, par conséquent, la femme a les mêmes compétences que l’homme. Comme la notion de genre n’exclut pas l’homme mais met les deux sexes sur un pied d’égalité, la femme ne doit pas continuer à être marginalisée mais plutôt à être impliquée dans tous les domaines possibles de la vie».

 

Elle a estimé que « la montée en grade ne se négocie ni au lit, ni par des pratiques qui avilissent la femme. Le grade doit se mériter et non se donner », a-t-elle dit, encourageant les femmes militaires à parfaire régulièrement leur formation dans des écoles et des académies militaires “pour bénéficier à l’avenir de promotions”.

 

En nommant trois femmes générales, le gouvernement congolais s’aligne sur la disposition du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande qu’il y ait des femmes à tous les postes de décision d’ici 2015. La RDC se classe ainsi parmi les meilleurs élèves de la SADC.

 

Arthur Kayumba est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

 

Posted by on Jul 30 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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