RDC : 10 à 15% du budget national requis en faveur du secteur agricole



Par Arthur Kayumba

« Il est grand temps de se réveiller de notre torpeur pour faire de l’agriculture congolaise le facteur déterminant pour le développement socio-économique du pays, conformément aux dispositions du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement signé par les Etats de la Communauté de Développement de l’Afrique australe ». Ces propos viennent de Lady Kamanga, la quarantaine, cadre exécutif chargée des normes au sein de l’Association des consommateurs des produits vivriers (ASCOVI), une organisation non-gouvernementale basée à Kinshasa.

Lady Kamanga est une femme engagée dans la lutte pour la valorisation du travail de la femme et de l’épanouissement de celle-ci. Elle estime que cet objectif ne serait réalisable que grâce à la volonté politique d’un gouvernement majoritairement féminin qui pourrait envisager des perspectives de financement et d’investissements dans le secteur agro-alimentaire notamment là où bon nombre de Congolaises s’activent.

En effet, précise-t-elle,  de par la superficie du pays, soit 2.32 millions de kms carrés dont 57% sont cultivables, sans compter son réseau hydrographique qui baigne l’ensemble du territoire, ce secteur est capable non seulement de générer des revenus substantiels en faveur des producteurs hommes comme femmes mais également des emplois tant pour des populations rurales que celles urbaines où l’on note un taux fort élevé de chômage, notamment parmi les jeunes diplômés universitaires et d’instituts supérieurs.

Ce qui est tout à fait vrai. Un coup d’œil rétrospectif dans les années 60 rappelle que l’ancienne colonie belge qu’est aujourd’hui la RDC était citée en exemple grâce à ses exportations agricoles qui représentaient 41% de la valeur totale des exportations du pays la plaçant au rang des grands producteurs mondiaux d’huile de palme, de coton, de thé, d’hévéas et de caoutchouc. Cette part est tombée à 11% en 1993 et est presqu’inexistante à ce jour.     

Tous les programmes nationaux de sécurité alimentaire ne s’intéressent pas à ces cultures, à l’exception de l’huile de palme dont le pays avait, dans les années 60-70 une production d’environ 200 000 tonnes par an au moment où la Malaisie, principal pays producteur aujourd’hui, n’en produisait que 40 000 tonnes.

Selon l’ingénieur Samy Kitabungi Luboya, expert en agronomie, cette situation doit interpeller les décideurs, car «comment expliquer que la RDC, autrefois grande exportatrice des produits agricoles divers et pays autosuffisant en vivres alimentaires, reçoive aujourd’hui de l’aide alimentaire de près de 100 000 tonnes annuellement et importe près de 1 million de tonnes de produits alimentaires annuellement?»

Cet état des choses préoccupe l’ASCOVI qui, par la voix de son président, Patrice Musoko, appelle le gouvernement congolais à doter le secteur agricole d’un budget conséquent, soit 10 à 15 % du budget national. Le recours à l’usage des techniques modernes de production et à l’utilisation rationnelle des engrais chimiques et des pesticides, ainsi que la motivation du capital humain et technique exprimé par diverses compétences dont le pays dispose chez les hommes comme les femmes, sont autant de préalables pour satisfaire l’instauration d’une nouvelle ère de développement de ces importants secteurs.  La transformation en produits vivriers et la création d’emplois ne doivent pas être négligés non plus.

Même son de cloche de la part de Constance Tekitila Mafuta, journaliste spécialisée en environnement, qui estime pour sa part « qu’avec autant d’atouts, la RDC serait capable de nourrir près de deux milliards de personnes pourvue qu’elle soit complètement préparée à résorber la crise alimentaire ».  

Face aux potentialités dont regorge la RDC, il faut retenir que le développement du secteur de l’agro-alimentaire est un passage obligé devant apporter une solution durable contre la faim. Pour y parvenir, le pays est appelé à mettre sur pied des stratégies autour de la transformation et de la conservation alimentaire.

Constance Tekitila Mafuta tape du point sur la table en disant que « les Congolais n’ont pas le droit de mourir de faim alors qu’ils ont un sol fertile capable de les nourrir.» Il est évident que la RDC est l’un de rare pays africains à posséder une large gamme d’atouts pour son développement agroalimentaire. Ce pays se caractérise par une grande diversité climatique, un important réseau hydrographique, de vastes savanes encore vierges, d’immenses hectares de terres arables. En raison d’un secteur artisanal et agro-industriel pas suffisamment développé pour la transformation et la conservation des produits agricoles et maraichers, ce sont des millions d’hectares qui restent sous-développés.

Eu égard à cette descente de la RDC aux enfers en matière agro-alimentaire, son avenir dépend des femmes cultivatrices. L’importance du rôle de la femme dans le développement des activités agricoles, la met en position de rappeler aux décideurs toutes leurs promesses faites dans le contexte de droits universels. A savoir le droit à une vie décente, à l’éducation, à la propriété, au travail et aux facilités pour qu’elles puissent apprendre de nouvelles techniques de culture à travers les technologies de l’information et de la communication.

En adoptant la Déclaration du Millénaire pour le Développement et le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, les Etats membres, dont la RDC, reconnaissent de facto l’égalité du genre et aussi le pouvoir de la femme qui est en position privilégiée pour lutter efficacement contre la pauvreté, la faim et les maladies. Une telle position stimulera la femme et lui donnera l’envie de participer au développement durable et à combattre toutes les formes de violence dont les femmes font l’objet.

Arthur Kayumba est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Sep 26 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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