Les tribulations de Catherine Boudet A toutes les rédactions…Le jeudi 10 octobre 2013 à 14 heures



Ce matin, Catherine Boudet s’est rendue volontairement au Passport and Immigration Office (PIO) pour prendre connaissance d’une lettre que ce bureau essayait de lui faire parvenir à son domicile. Elle a préféré courageusement se rendre directement à la PIO, pour connaître le contenu de ce courrier et pour pouvoir ainsi entamer toute démarche légale nécessaire.

En arrivant au PIO, elle a pris connaissance de la lettre en question, qui spécifiait que « you are therefore kindly requested to make necessary arrangements to leave Mauritius forthwith ». Suite à quoi les inspecteurs du PIO lui ont interdit de quitter le bureau et lui ont dit qu’ils allaient l’accompagner à une agence de voyage afin qu’elle achète son billet d’avion. Catherine Boudet a alors objecté que, selon le Deportation Act, c’était une démarche illégale, car d’une part, toute notice de déportation doit donner un délai de 24 heures à la personne et d’autre part, la personne doit ensuite être déférée devant un tribunal. Elle a alors demandé à aller voir son avocat et les officiers lui ont dit qu’elle ne pouvait pas quitter le bureau mais qu’elle n’était pas en détention.

(Pour rappel, avec une mise en demeure et un procès en cour contre l’Etat pour demande de réparations suite aux préjudices subis durant deux ans et demi suite à son arrestation illégale d’avril 2011, Catherine Boudet a tous les droits constitutionnels d’être sur le territoire mauricien. Elle a par ailleurs déjà un employeur potentiel qui est prêt à jurer un affidavit pour le renouvellement de son permis de travail.)

Une fois sur place, Me Erickson Mooneapillay, l’avocat de Catherine Boudet, a forcé les officiers du PIO à clarifier la situation, à avouer que Catherine Boudet était effectivement en détention, en attendant d’être emmenée de force pour acheter son billet et quitter le territoire. Ce qui constituait en réalité une déportation déguisée. Me Erickson Mooneapillay ayant fait objection à cette tentative d’action illégale, ils ont décidé à ce stade de déférer immédiatement Catherine Boudet devant la cour de district de Port-Louis. Ce qui, a objecté Me Erickson Mooneapillay, constituait une deuxième effraction à la loi.

Voilà où en était la situation vers les 11h 30. Pendant un certain temps, le comité de soutien et les sympathisants qui patientaient dans les couloirs ont pu constater une certaine agitation chez les officiers qui allaient et venaient en se concertant les uns les autres. Ils finirent par nous annoncer qu’il fallait rappeler l’avocat de Catherine Boudet.

Me Erickson Mooneapillay revient donc au PIO et rencontre les officiers, en présence de Catherine Boudet pendant une trentaine de minutes environ. Il va en fait leur expliquer le cadre légal qui protège sa cliente. Une deuxième notice est rédigée et servie à Catherine Boudet, en présence de son avocat. A la suite de quoi, elle est remise en liberté.

Ce qui s’est passé ce matin à la PIO représente une victoire pour la démocratie mauricienne. C’est l’affirmation que la connaissance des droits citoyens et constitutionnels l’emporte sur l’obscurantisme qui peut guetter une République où la multiplication des vices de procédures et des entorses au droit mène directement à la mise en place d’une République bananière.

Nous, tous ceux travaillent à l’avènement d’une société plus juste sommes très heureux aujourd’hui et redoublons de confiance. Nous avançons sur la bonne voie.

PS :
. Ci joint les scans pdf des deux letttres successivement servies ce matin par le PIO à Catherine Boudet.
. A noter que la pétition en ligne sur le site Avaaz (soutien à Catherine Boudet) lancée mardi 8 octobre, a déjà recueilli 550 signatures.

Chronologie de l’affaire Boudet
15 janvier 2010 : Je publie un article dans l’express sur « L’art pour construire la nation », à l’occasion duquel je fais la connaissance de Stéphane Sinclair, que j’interviewe pour les besoins de cet article et qui se présente à moi comme Docteur en Histoire de l’art, c’est ainsi que je le présente donc dans mon article.
octobre 2010 : Je fais une autre interview de Sinclair à l’occasion de la parution de son 1er livre co-écrit avec Johann Wiehe, Sucre et raffinement.
25 février 2011 : Je découvre en vérifiant sur la base de données SUDOC que Sinclair n’a pas la thèse de doctorat qu’il prétend avoir sur son CV, mis en ligne sur son site web. J’écris à l’Ecole des Chartes et à la Sorbonne qui me confirment qu’il n’a pas de thèse de doctorat, et que la « thèse » de l’école des Chartes est un mémoire de fin d’études et certainement pas l’équivalent d’une thèse de doctorat.
09 avril 2011 : Ayant poursuivi mon enquête et découvert d’autres irrégularités et malversations, j’apprends que Sinclair s’apprête à quitter le pays pour les USA mais en donnant diverses dates de départ différentes à ses connaissances et après avoir empoché de fortes avances auprès de grosses compagnies locales. J’ai également appris que Sinclair qui travaille pourtant comme consultant auprès de la Commission Justice et Vérité utiliserait des faux laisser passer au nom de l’Aapravasi Ghat Trust Fund et au nom du Premier ministre lui-même pour avoir accès aux institutions culturelles du pays (Blue Penny Museum notamment). J’appelle Bettina Cadinouche la conseillère du PM pour l’informer de la situation et lui demander conseil sur ce que je devrais faire. Elle me donne le numéro de téléphone de Jukoo (ndlr : Jokhoo) le responsable de la NIU et me conseille de l’appeler. Ce que je fais. Il me dit qu’il va vérifier s’il a des choses sur cette personne et de le rappeler.
10 avril 2011 : Je rappelle le responsable de la NIU qui me dit qu’ils n’ont rien sur lui et que sans déposition ils ne peuvent rien faire. Je laisse tomber.
12 avril 2011 : J’apprends que Sinclair doit quitter le pays le soir même. J’apprends de nouveaux éléments sur les malversations. Deux collègues journalistes, Anousha Purboo et Priya Seewoochurn se mettent à vérifier les éléments d’enquête avec moi. Anousha Purboo appelle Jukoo de la NIU et il lui dit que sans la déposition de quelqu’un ils ne peuvent pas agir. Je prends alors la décision, en compagnie de collègues journalistes, d’aller porter le contenu de mon enquête journalistique à la police. Parmi les éléments de ma déposition : vols de documents d’archives publiques et privées (notamment au Château Labourdonnais) ; faux CV et faux titre de docteur en histoire de l’art ; fausse lettre de laisser-passer au nom du Premier ministre pour accéder aux institutions culturelles du pays. Suite à ma déposition au poste de police de Rivière du Rempart, une descente (infructueuse) de la police est effectuée chez la personne et un objection to departure est émis à son encontre.
13 avril 2011 : le conseiller du Premier Ministre, Mr Alain Gordon Gentil, me téléphone pour me féliciter de mon courage pour avoir dénoncé l’escroc, dont, dit-il, il était déjà au courant lui aussi des agissements (tentatives de pénétrer aux archives du PMO et prétendant avoir des accréditations premier-ministérielles) depuis plusieurs mois.

14 avril 2011 : la nouvelle tombe : Mr Sinclair a quand même pu prendre l’avion le mardi 12 avril, malgré l’objection to departure, et se trouve aux USA.
20 avril 2011 : Je suis arrêtée par la police à ma rédaction et interrogée durant 4 heures dans les locaux de la CCID. Lors de mon interrogatoire, je fournis de nouveau les documents de preuves déjà déposés le 12 avril pour étayer ma déposition contre Sinclair, et je fournis de nouvelles preuves également. Je suis quand même arrêtée et incarcérée.
21 avril 2011 : je suis libérée sous caution de Rs 5 000 avec une charge provisoire de “false and malicious declaration” pour avoir voulu nuire à Mr Sinclair. Mon passeport est confisqué.
22 avril 2011 : je suis mise à pied par mon employeur le groupe de presse Yukondale. 2 semaines plus tard, je suis licenciée pour “faute lourde” pour n’avoir pas rendu des articles dans les délais. Ma carte de presse m’est également retirée. Les bruits circulaient depuis mon arrestation parmi les collègues journalistes du groupe, que le Prime Ministre Office a fait pression sur mon employeur pour que je sois licenciée. Mon occupation permit m’est retiré par le PIO.

Durant tout ce temps, je me retrouve sans passeport, sans titre de séjour et sans autorisation de travail. Des pressions sont faites par la police sur certains témoins de l’affaire (Emmanuel Richon et Johann Wiehe), pour les inciter à témoigner contre moi. Ainsi Richon s’étonne que les enquêteurs ne veulent pas prendre les documents qu’il a contre Sinclair et au lieu de ça lui demandent si par hasard je ne serais pas la maîtresse de Sinclair ce qui pourrait expliquer ma plainte.

Mme Lorraine Lagesse, qui avait également déposé une plainte contre Mr Sinclair le 12 avril 2011 (pour vol de ses archives généalogiques personnelles) est interrogée par la police qui la menace de l’arrêter elle aussi.

04 mai 2011 : article de Patrick Hilbert dans Le Défi Quotidien, intitulé « Affaire Stéphane Sinclair. Le bureau du PM confirme que des faux ont été utilisés » qui cite Alain Gordon Gentil disant qu’il était au courant que Sinclair se faisait passer pour étant mandaté par le GM alors que ce n’était pas le cas, et qu’il trouvait cela « grave ».

18 juillet 2011 : La CCID donne quitus à Sinclair spécifiant que l’enquête a été faite et qu’il n’y a rien contre lui.

27 juillet 2011 : interrogatoire par le CCID d’Alain Gordon Gentil, qui déclarera dans sa déposition (confirmant l’article de presse du Défi) qu’il savait que Sinclair essayait de se faire passer comme étant mandaté par le GM, et que c’était faux.

08 février 2012 : mon avocat, Me Jean Claude Bibi, dépose une motion en cour intermédiaire de Mapou, demandant du Parquet (DPP) de prendre une décision : que l’affaire soit rayée ou que la charge provisoire soit logée formellement. Mon avocat souligneen outre que le témoin principal de la police contre moi, Mr Sinclair, a déjà quitté le territoire mauricien. La juge fixe au 25 avril l’audience pour connaître la réponse du Parquet (DPP).

25 avril 2012 : Ni la police ni le DPP ne sont présents le jour de l’audience. La juge renvoie l’affaire au 6 juin.

06 juin 2012 : A nouveau, absence du DPP et de la police le jour de l’audience. Je fais une requête à la juge pour demander l’autorisation de me rendre au festival de poésie international Voix Vives, à Sète, du 20 au 30 juillet 2012. La juge renvoie une nouvelle fois l’audience concernant la motion de mon avocat, elle fixe l’audience au 12 juin et déclare qu’elle examinera ma demande de sortie du territoire également ce jour-là.

12 juin 2012 : * 10 heures : mon affaire (motion + demande de sortie du territoire) est appelée en cour de Mapou le matin, mais le représentant du Parquet n’est toujours pas présent. Mon avocat Me Bibi s’insurge et rappelle que sa motion est systématiquement ignorée depuis maintenant 4 mois, ce qui constitue un déni de justice. La juge émet alors un ultimatum au DPP : si à 13 heures, le DPP n’a pas logé la plainte formellement, elle raye l’affaire.
* 13 heures moins 5: le DPP a dépêchés spécialement une voiture et un représentant pour venir loger la charge formelle contre moi. Mon avocat est outré et dit que de toute sa carrière d’avocat il n’a jamais vu chose pareille. La date du procès est fixée au 29 juin. Ma demande de sortie du territoire n’est pas examinée.

29 juin 2012 : Alors que le procès est supposé s’ouvrir, il apparaît qu’aucun des 12 témoins de la poursuite n’a été convoqué par la police/DPP, à l’exception des 3 officiers qui avaientpris ma déposition à Rivière du Rempart le 12
avril 2011. On évoque un oubli dans le dossier, la liste des témoins aurait été placée dans un mauvais dossier. Coup de théâtre : l’avocat du Parquet annonce qu’il change le motif de la charge. Mon avocat conteste un tel changement le matin même de l’ouverture du procès. La juge renvoie au 3 juillet l’examen de la nouvelle charge.
03 juillet 2012 : L’avocat du DPP motive son changement de charge par le souci de faciliter à l’accusée (moi) sa défense et le souhait de lui laisser plus de temps pour préparer son procès. Mon avocat conteste le bienfondé d’un tel changement de charge. La magistrate doit donner son “ruling”, à savoir si elle accepte la nouvelle charge ou la rejette, la date est fixée au 16 juillet. Je suis toujours dans l’expectative concernant ma demande de quitter le territoire pour me rendre au festival international de poésie à Sètes.
16 juillet 2012 : la magistrate fait savoir qu’elle accepte la modification de la charge. La nouvelle date du procès est fixée au 10 septembre. Et je dois à présent repasser en cour concernant ma demande d’autorisation de quitter le territoire.
18 juillet 2012 : au bout de 3 jours de passage en cour (lundi 16, mardi 17 et mercredi 18), j’obtiens finalement l’autorisation de quitter le territoire contre paiement d’une caution de Rs 250 000. Je récupère mon passeport le matin du départ, le jeudi 19.

02 août 2012 : de retour de voyage, je pointe en cour de Mapou. mon passeport est de nouveau confisqué.
10 septembre 2012 : le procès est supposé s’ouvrir, mais les témoins de la poursuite (DPP) n’ont de nouveau pas été convoqués. Comme la fois précédente, on évoque “une erreur dedossier”. Mon avocat ayant fait savoir qu’il a un léger retard, le procès est une nouvelle fois ajourné, cette fois pour le 14 novembre 2012.
14 novembre 2012 : Procès reporté au 17 décembre en raison de l’absence de la magistrate.
23 novembre 2012 : l’ambassadeur de France écrit une note officielle au gouvernement mauricien pour protester contre les reports de l’affaire et ma situation précaire.
17 décembre 2012 : 3e date fixée au 18 février 2013.
18 février 2013 : Le procès s’ouvre enfin.
15 avril 2013 : 2ème report du procès en raison de l’absence de la magistrate. Nouvelle séance du procès.
21 juin 2013 : 3ème et dernière séance du procès. Jugement pour le 19 juillet.
19 juillet 2013 : Jugement reporté au 29 août 2013.
29 août 2013 : Jugement rendu.
Aujourd’hui, elle réclame désormais Rs 50 millions à l’Etat. Le procès est en cours. Il nous revient que son avocat compte rajouter les récents événements dans le dossier à charge.

Posted by on Oct 10 2013. Filed under Actualités, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17



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