Bel Avenir: une école de la vie pour les jeunes de Toliara



Par Farah Randrianasolo

Comme d’autres pays, Madagascar a célébré pour la deuxième année consécutive la Journée internationale des filles le 11 octobre dernier et la commémoration nationale s’est déroulée à Antsohihy, ville au nord de la Grande Ile, située dans la région de Sofia. Cette année, toutes les régions ont travaillé sur le thème « Innovation pour l’éducation des filles ». A Madagascar, les filles sont forcées à se marier alors qu’elles sont à peine sorties de l’enfance et vivent des grossesses précoces. Elles se sentent vulnérables lorsque la société dans laquelle elles vivent les rejette. L’organisation non gouvernementale Bel Avenir, implantée à Toliara, une province au sud de Madagascar, a décidé de s’occuper de leur éducation. Le couple qui a fondée s’est concentré sur l’avenir des enfants qui travaillent dans les salines et dans les mines de saphir au lieu d’être sur les bancs de l’école.

L’aventure du couple fondateur a commencé en 2003 après qu’il ait constaté quels problèmes rencontraient les enfants qui ont extrait du sel. Au début, le couple leur a offert le déjeuner. Il a ensuite contacté d’autres bailleurs de fond qui leur ont offert des bourses d’études. 60 enfants ont ainsi pu bénéficier d’une bonne éducation. Après 10 ans d’intervention, l’ONG recense actuellement 1 000 enfants répartis dans les niveaux préscolaire, primaire et secondaire. « Nous félicitons cette organisation pour ses actions en sachant qu’elle mène une lutte sans merci pour retirer ces enfants du milieu de travail. Bon nombre de personnes disposent de moyens pour en faire autant mais elles ne se mobilisent pas car elles attendent que ce travail soit effectué par des organisations et autres institutions de grande envergure. L’ouverture d’une école pour accueillir les enfants défavorisés est une bonne initiative et nous encourageons les responsables de l’ONG à maintenir ce rythme pour que les parents et les enfants se rendent compte de l’importance de l’éducation pour l’avenir de ces derniers », fait remarquer Simon Rabehaja, missionnaire de passage à Toliara.

Dans la partie sud de l’île, filles et garçons sont assignés aux pires formes de travail dans les carrières de saphir, notamment dans le district d’Ilakaka. La crise qui a lourdement frappé les ménages est venue fournir une main d’œuvre supplémentaire et à bon marché à ces secteurs. Dans d’autres cas, au lieu d’aller à l’école, certaines fillettes, âgées d’une dizaine d’années seulement, monnaient leurs petits corps contre une somme d’argent dérisoire. « Je voulais interpeller leurs parents en leur disant qu’ils devraient être stricts envers leurs filles, mais ils s’en moquent. Ils disent que leurs filles doivent ramener de l’argent à la maison pour acheter de la nourriture. Et pour eux, tout est valable, y compris la prostitution de leur enfant », déplore Tojoniaina Ravalondriaka, un enseignant.

Pour mettre un terme à l’exploitation de ces enfants, Bel Avenir a étendu ses projets d’éducation en aménageant une ferme école, un centre d’art et de musique, un foyer social, un terrain de sports et d’autres écoles. L’année dernière, le Fonds des Nations pour la Population (UNFPA) a prêté main forte à Bel Avenir en lançant un programme de santé sexuelle et reproductive de trois mois dans les fokontany d’Ankiembe, de Mahavatse et de Motombe. Les responsables de l’ONG et les médecins partenaires ont montré à ces jeunes filles et garçons quels comportements ils doivent adopter pour éviter une grossesse précoce et non désirée.

Le programme est une réussite car avant sa mise en œuvre, il y avait une moyenne de sept jeunes filles mineures d’environ 15 ans qui tombaient enceintes annuellement et depuis que les informations concernant la santé de la reproduction ont été véhiculées, les éducateurs n’ont noté que deux cas dans ces régions. « Nous affichons un bilan positif car toutes nos interventions touchent actuellement plus de 30 000 enfants défavorisés dans la partie Sud de la Grande Ile. Bien entendu, tout cela a été rendu possible grâce à l’implication des autorités locales, ainsi que des responsables des différents établissements à Tolaira et Fianarantsoa », révèle Hélène Volanjary Madio, présidente de l’ONG Bel Avenir.

L’éducation pour cette ONG ne se limite pas au système formel. Les responsables ont misé sur d’autres activités culturelles innovantes comme la percussion avec la branche Bloco Malagasy. Il s’agit d’un groupe de batucada afro-brésilien entièrement féminin se produisant seul ou accompagnant des danseurs. Comme l’indique Rivelis William Tahinasoa, directeur artistique du Centre d’Art et Musique, l’éducation symbolise le moteur de développement. Le centre devient une école de la vie pour les jeunes qui apprennent à relever des défis en sachant que la musique développe aussi le corps, l’esprit et aussi la vie en communauté. « Mon intégration dans le groupe m’a beaucoup aidée. J’ai repris ma confiance en moi. Je deviens plus sociable et plus autonome. J’ai découvert le pays et ses richesses à travers les tournées dans les régions » raconte Sambatra, une jeune qui fait partie de Bloco Malagasy.

Le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement demande aux Etats membres de prendre des actions pour mettre un terme à l’exploitation des femmes et des filles. C’est justement la mission qu’est en train de réussir l’ONG Bel Avenir.

Farah Randrianasolo est journaliste à Madagascar. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Nov 5 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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