Madagascar: le savoir-faire féminin pour lutter contre l’exclusion sociale à Farafangana



A Farafangana, région située au sud-est de Madagascar, comptant 34 communes, 172 636 personnes y vivent dont 109 436 hommes et 63 200 femmes. Jusqu’à assez récemment, ces dernières étaient considérées comme des moins que rien du fait qu’elles ne travaillaient pas. Leurs partenaires les battaient et les quittaient souvent pour une autre femme. Du coup, elles se retrouvaient seules et sans ressources pour survivre. Depuis trois ans, une association les encadre et les forme. Elles ont fait de sérieux progrès.

Plus de 15 000 femmes habitant cette région ont connu la violence. C’est le cas de Julie Razafimaneva, 31 ans, abandonnée par son mari avec, sur les bras, leurs trois enfants. Il ne subvient même pas aux besoins de la famille. « Pourtant, je n’ai pas un métier qui me permette de gagner ma vie. Ma belle-famille me déteste et de l’autre côté, mes parents ne sont pas contents de moi du fait que mon mari m’ait abandonnée. Pour eux, cela signifie que je n’ai pas de valeur. Cela projette une image très négative de moi en société », raconte cette jeune femme qui se plaint d’être la risée des gens. Marie Ravaondriana, une autre femme, confie que la société ne la respecte pas non plus du fait qu’elle soit sans emploi. A cette attitude condescendante vient s’ajouter celle de son mari. « Je n’ai pas le sentiment d’être respectée par lui», raconte-t-elle.

Dans bien des cas, ces hommes ont plusieurs femmes et assument peu ou pas du tout leur rôle de père. Et quand elles osent s’en plaindre, elles sont écartées ou ignorées. Du coup, plusieurs d’entre elles se retrouvent seules avec leurs enfants. Ce qui est embêtant, c’est que la majorité d’entre elles n’ont pas de métier.
Au lieu de les comprendre, la société les accuse d’être de mauvaises femmes et elles ne peuvent même pas assister aux réunions des fokontany ou communautés villageoises. Elles sont donc touchées de plein fouet par l’exclusion.

Face à cette situation, une association nommée « Vehivavy mandray Andraikitra eto Farafangana », qui signifie littéralement Association des femmes responsables de Farafangana, a été créée il y a trois ans afin de secourir ces femmes. La présidente de cette association, Roseline Ndremanjary, a voulu œuvrer pour que ces femmes puissent être indépendantes et respectées. Pour ce faire, cette association leur a proposé des formations en couture, agriculture et en préparations alimentaires pour qu’elles puissent en faire leur métier. Au début, 200 femmes y ont pris avantage. Valeur du jour, plus de 15 000 femmes ont suivi ces formations dont 25% en alimentation, 40% en agriculture et 35% en couture.

L’association s’est aussi chargée de valoriser leur savoir-faire. « Ces formations sont un moyen pour que ces femmes se redressent sur leurs pieds. Ce faisant, nous les éduquons pour qu’elles assurent les besoins quotidiens. Nous les sensibilisons sur leur rôle dans la société, ainsi que sur leurs droits». En somme, elles bénéficient d’appuis techniques et de soutiens moraux.

Cette association tourne avec la bonne volonté des membres et les ressources que la présidente y injecte. C’est ainsi qu’elle peut faire venir des formateurs de la capitale, Antananarivo. Certains formateurs acceptent même de travailler gratuitement. « Comme nous ne disposons d’aucun financement, nous essayons de négocier avec des personnes qui n’habitent pas la région afin qu’elles offrent gratuitement leurs services et qu’elles encouragent ces femmes à persévérer », explique la présidente.

Les femmes se sont tellement prêtées au jeu qu’elles ont rapidement maîtrisé les formations. Avec la culture du riz, du manioc, de la patate douce, de l’igname qui rapporte, elles ont réussi à en dériver des revenus. « Elles peuvent subvenir à leurs besoins quotidiens et peuvent enfin envoyer leurs enfants à l’école ». D’autres ont déjà commencé à transformer certains de ces aliments en produits tels que de la confiture ou des préparations aux fruits séchés. Les autres femmes cousent des vêtements, d’autres tressent des paniers. «Elles reçoivent des commandes d’autres régions de l’île et sont très actives ».

Depuis peu, on les sollicite même pour qu’elles animent des formations. « A l’heure actuelle, elles sont autonomes. Elles ont confiance en elles et ont regagné leur place dans la société. Elles sont devenues respectables et incontournables dans le développement de la région », confie Roseline Ndremanjary.

L’action de cette association se situe en droit fil des recommandations du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande à tous les Etats membres d’oeuvrer pour l’autonomisation économique des femmes.

Ravalotsara est journaliste à Madagascar. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Nov 5 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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