Maurice: De survivantes à entrepreneures



Par Loga Virahsawmy

Travailler avec les survivantes de violence basée sur le genre équivaut à manier du cristal brisé. Contribuer à recoller tous les morceaux est à la fois stimulant et gratifiant. Mais une semaine après avoir travaillé avec quelques unes de ces braves femmes, j’ai été témoin de cette reconstruction. Une semaine de formation à l’entreprenariat couplée d’amour et d’attentions leur a fait se souvenir que l’estime de soi et leur transformation subséquente pour qu’elles deviennent à leur tour des acteurs du changement, est tout à fait réalisable.

Durant les trois dernières semaines, le bureau mauricien de Gender Links (GL) a contribué à changer la vie de 64 femmes avec l’introduction d’un programme de formation à l’entreprenariat étalé sur une semaine pour les survivantes de violence basée sur le genre, venant de cinq différentes régions de Maurice. Pour cela, GL a travaillé avec les conseils municipaux de Curepipe et Vacoas, de même qu’avec les conseils de districts de Moka, Grand-Port et Rivière Noire.

GL a développé ce programme de formation en raison de la croyance de plus en plus répandue que pour atteindre l’égalité du genre, nous devons améliorer le statut économique de la femme. Et un des plus importants défis en la matière est la violence basée sur le genre et le fait que des femmes sans pouvoir économique sont moins capables de fuir les abus dont elles font l’objet.

GL a mené une étude de base sur la violence envers les femmes dans six pays de la Communauté de Développement de l’Afrique australe (SADC) – au Botswana, à Maurice, dans quatre provinces de l’Afrique du Sud, dans quatre districts de la Zambie et au Zimbabwe. Cette étude montre des taux de prévalence de violence envers les femmes durant toute une vie allant de 25% à Maurice à 89% en Zambie.

Le rapport mauricien découlant de l’étude et intitulé « War@home » révèle une concordance dans les témoignages, soit un pourcentage similaire d’hommes (23%) ayant admis avoir été violents envers leur partenaire durant leur existence et la plupart des cas de violence étant perpétrés dans le cadre de relations de couples donc intimes. Dans la préface de cette étude, le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, enfonce le clou en disant que la violence basée sur le genre est « une violation des droits humains et reflète les inégalités entre femmes et hommes. De telles violences ont des implications profondes sur la santé, la dignité, la sécurité et l’autonomie de ceux affectés, pas seulement les victimes mais la famille entière ».

Les 64 femmes qui ont assisté à la formation dispensée par GL font partie des 108 survivantes qui ont raconté leur vécu de violence. L’une d’elle, mère de trois enfants handicapés, explique leur handicap par le fait que son mari la battait régulièrement et même pendant ses grossesses.
L’objectif du programme de formation à l’entreprenariat de GL est de renforcer les capacités économiques des femmes afin qu’elles soient indépendantes et deviennent des acteurs de changement. Cela leur permettra de quitter ces relations abusives et de mettre fin à cette violence dont elles font l’objet. Comme l’a souligné Brian Glover, président de l’Equal Opportunities Commission, nous devons transformer en actions les résultats de cette recherche et que travailler avec ceux et celles qui en ont besoin amènera le changement.

Ce programme de formation qui est actuellement mené auprès de 100 conseils dans neuf autres pays de la SADC, enseigne aux survivantes de violence basée sur le genre une combinaison de techniques de développement personnel et d’entreprenariat, de même que des notions de base sur le business et l’informatique.

« Les participantes se sont intéressées au manuel de formation, aux résumés et aux cas d’études traduits en kreol. Elles ont particulièrement apprécié les sessions sur le fonctionnement du marché, sur la gestion de l’argent et l’informatique, estimant que ces connaissances allaient leur permettre de s’assumer », explique Anushka Virahsawmy, Country Manager et facilitatrice du programme de formation.

A l’âge de sept ans, Radima+ a été battue et abusée. A 10 ans, elle a été placée dans un centre correctionnel pour jeunes et ensuite dans une maison d’accueil. Après avoir quitté cette maison à 15 ans, un homme l’a violée et une grossesse en a résulté. C’est ainsi qu’elle a donné naissance à un garçon.
Radima a tout connu dans sa jeune existence : la dépendance à la drogue, le travail sexuel et cinq ans d’emprisonnement. A l’issue de la formation, elle a avoué aux participants que le premier jour était dur. « Le deuxième jour, je me sentais mieux et maintenant je connais ma valeur et personne ne m’abusera encore. Je connais mes droits. Je remercie GL pour cela ».

Nous entendons souvent parler des intouchables en Inde mais jamais de ceux qui sont à Maurice. Une des participants a déclaré : « Je me croyais une intouchable. Mais après une semaine, j’ai rencontré des personnes qui savent donner de l’amour et cela a changé ma vie. Je suis une autre personne désormais. Etre une intouchable fait partie de mon passé que j’ai laissé derrière moi ».
Avant de suivre le programme de formation, la meilleure amie de Norima+ était une bouteille de rhum. D’ailleurs, le premier jour de la formation, elle a débarqué ivre, raconte Anushka Virahsawmy. « Je l’ai prise à part pour lui parler. Dès que j’ai attrapé ses mains, elle s’est mise à pleurer sans discontinuer. Le deuxième jour, elle est arrivée sobre et le troisième jour, elle a non seulement montré à quel point elle assimilait les cours mais aidait même les autres participantes à remplir leurs formulaires et facilitait les travaux de groupe ».

La Country Manager de GL et deux internes, Jody Modely et Farah Mahungoo, continueront à encadrer ces femmes pour qu’elles puissent démarrer leur propre micro-entreprise. Quelques-unes ont déjà uni leurs efforts, plantant et vendant des légumes, élevant des poussins pour vendre la volaille, achetant un tricycle pour transporter et vendre leurs produits alors que d’autres apprennent des travaux manuels ou font des démarches auprès des autorités concernées pour obtenir des permis d’opération.

Pour s’assurer du succès et de la pérennité de ce programme, GL a signé un protocole d’accord avec la National Empowerment Foundation. La ministre de l’Egalité des Genres, Mireille Martin, de même qu’Indira Seebun, directrice de la Small and Medium Enterprise Development Authority (SMEDA) ont aussi promis leur soutien. Avec cet engagement collectif, nous espérons que ces femmes et les autres de la région ne seront plus des femmes dépendantes ou rien que des survivantes de violence mais des entrepreneurs indépendants à succès.

+ Nom fictif

Loga Virahsawmy est la directrice du bureau francophone de Gender Links. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions qui apporte une perspective nouvelle aux informations quotidiennes.

Posted by on Nov 5 2013. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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