Mise sur pied prochaine d’une unité pour protéger les femmes et les enfants en RDC



Par Arthur Kayumba

Le projet de création, au sein de la police nationale congolaise, d’une unité spéciale chargée de la protection de l’enfant et de la femme, ainsi que l’organisation du transport public des écoliers et élèves de la capitale par le gouvernement et ce par le biais de bus appartenant à de nouvelles sociétés étatiques, sont des initiatives saluées par la population de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC).

Ces initiatives sont justifiées surtout quand elles s’accompagnent de mesures énergiques partout dans le pays et destinées à mettre un terme au phénomène de banditisme urbain connu comme « Kuluna », un fléau entretenu par des jeunes désœuvrés et dont on doit absolument se débarrasser et parmi lesquels certains ont de l’expérience dans les réseaux clandestins de trafic d’enfants.

Le viol, suivi de l’assassinat, par un homme de plus de 50 ans, d’une fillette de 11 ans dans la commune de Kintambo, à Kinshasa, a plongé la capitale congolaise dans l’indignation et la révolte. Plus grave encore, la découverte macabre, au domicile de ce meurtrier, d’organes humains frais rangés dans le réfrigérateur, rappelle une certaine époque que l’on croyait révolue dans l’histoire du pays, à savoir celle dénoncée par feu Sakombi Inongo, ancien ministre de l’Information, qui soulignait que ce genre de « reliques » offrandes servaient à certaines personnalités à travers de mystérieuses loges pour la conquête de postes dans les institutions du pays.

Mais ce qui intrigue, ce sont ces tentatives successives d’enlèvements d’enfants mineurs dans la même tranche d’âge que la petite victime de Kintambo, enregistrées çà et là dans le pays et principalement à Kinshasa, s’étonnent Julie Mbenza, fonctionnaire et sa collègue, Joséphine Mwanji.

Peu avant la découverte macabre dans la commune de Kintambo, un enseignant de Kinshasa a rapporté la disparition de sa fille mineure, retrouvée à la suite d’intenses recherches, dans la province du Bas-Congo après une tentative avortée de rapt par des inconnus. D’autres cas d’enlèvements de mineurs ont été signalés à Kananga, dans la province du Kasaï-Occidental, au centre du pays, où deux enfants de moins de 15 ans ont été kidnappés par un inconnu.

L’un d’eux a été retrouvé à Kinshasa après qu’il se soit évadé de son lieu de séquestration. Il s’est présenté à la police qui a pu contacter ses parents à Kananga alors qu’on ne disposait toujours pas d’indices dans le chef-lieu du Kasaï-Occidental sur le sort de son ami d’infortune.

Parallèlement à cet épisode, une dépêche de l’ACP/Kananga faisait état de l’arrestation, au mois de septembre dernier, d’une femme d’origine tanzanienne. Elle était impliquée dans l’enlèvement dans le quartier urbain du plateau à Kananga, de deux enfants d’une même famille, âgés de six et huit ans respectivement, qu’elle s’apprêtait à faire entrer en douce en Tanzanie. Non seulement la dame est passée aux aveux, mais elle a de surcroît révélé qu’elle exerçait régulièrement ce trafic d’enfants depuis plusieurs années à partir de son pays.

Tous ces cas récents rappellent la tentative avortée de kidnapping, par trois hommes non identifiés roulant à bord d’un véhicule aux vitres teintées, de six enfants d’environ 12 ans, survenu en mars 2013 dans la commune de Lingwala à Kinshasa. Ces six enfants appâtés et embarqués à tour de rôle à bord du véhicule ont été conduits dans une concession qu’ils n’ont pu identifier. Car ils étaient séquestrés dans une zone dépourvue d’électricité. Ils n’ont eu la vie sauve que grâce au génie de l’un d’eux qui, profitant de l’absence momentanée de ses geôliers, a eu l’idée de faire jouer la serrure d’une portière de leur « véhicule-prison », ce qui a permis leur évasion après l’escalade d’un mur de clôture de la « caserne ».

L’on s’interroge aujourd’hui sur les intentions profondes de ces ravisseurs de mineurs. Les observateurs pensent qu’il s’agit de l’oeuvre de réseaux clandestins de trafiquants d’enfants ou de trafic d’organes humains à des fins lucratives.

« La relance du débat sur la sécurité des personnes et des biens, et en particulier celle des enfants mineurs, généralement naïfs, doit être de mise, dès lors que la plupart d’entre eux se rendent seuls dans les écoles », estime Placide Tabassenge, journaliste en RDC, qui affirme que les Kinois ont encore en mémoire cette vague de terreur survenue dans les années 80, où la découverte de cadavres, amputés de certains de leurs organes ou saignés à blanc, étaient considérés comme des indices de réseaux de trafics organisés.

Une pratique oubliée depuis la fin du régime de la deuxième République, mais qui semble aujourd’hui refaire surface. Coïncidence ou pas, elle n’exclut pas la vigilance des autorités administratives, compte tenu des indices relevés çà et là. De ce fait, la mise sur pied prochaine d’une unité spéciale chargée d’assurer la protection des femmes et des enfants est donc la bienvenue.

Le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, rappelons-le, demande aux Etats-membres de tout mettre en œuvre pour mettre un terme au trafic humain. Cette mesure cadre justement avec cette initiative prochaine.

Arthur Kayumba est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

Posted by on Nov 5 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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