TROMPE-L’OEIL



Jean-Mée Desvaux est peut-etre le dernier en date de notre trop longue série de roderes boutes et sa démarche sur le « mari deal » Illovo est peut-être bien motivée par des velléités revanchardes. En attendant, il en a dit trop pour que l’on s’arrête à un simple règlement de comptes entre notre Moustache nationale et son ancien conseiller.
Toutes les rumeurs auront en effet circulé sur le mobile de Jean Mée Desvaux, y compris qu’il soit le candidat de Ramgoolam au poste de Secrétaire Financier, en lieu et place d’Ali Mansoor et que Xavier Duval lui ait finalement préféré Dev Manraj.

Les tenants du Remake No.2 auront été prompts à réagir contre l’ex-conseiller MMM et à le discréditer en tout et pour tout. Quelque part, la timide réponse de Jean Mée Desvaux sur l’implication de SAJ dans le « mari deal » et les commentaires du PM sur « ki sane la fine couyonne ki », auront brouillé les pistes ici.

On peut ergoter à satiété que la démarche de l’intéressé est mue par sa disgrâce relative par devant son ancien mentor, voire à son antipathie chronique face au MSM (ce que Desvaux n’a jamais caché), mais pour nous citoyens, il importe de dénouer les fils de l’écheveau, d’identifier le vrai du faux et agir en conséquence.

Ce que dit Jean Mée Desvaux en substance, c’est que des windfall gains de l’ordre de Rs6 à Rs10 milliards devaient résulter du « mari deal », mais que la clé à leur réalisation résidait dans la détaxe par le ministre de tutelle, des transactions immobilières concernées par ces titanesques transferts de propriété.

Desvaux précise aussi que sans ces détaxes le groupe Lornrho, composé d’interets sud-africains, n’aurait cédé ses terres ni au futur conglomérat sucrier, qui a aujourd’hui abouti au Groupe Omnicane, ni à l’Etat qui se proposait d’agrandir son patrimoine foncier sur ce qui devait devenir la cyber-cité d’Ebène, comme aussi de zones autour du terminal de l’aéroport.

Jusque là on ne trouvera rien à redire. Dans le cas des terres d’Illovo, des exemptions ont effectivement été accordées pour le paiement de la Land Transfer Tax comme pour le Registration Duty, conformément à la Loi.
Si la législation permet en effet au ministre des terres d’alors, en l’occurrence Mookeshswar Choonee (hé oui, le transfugisme n’est pas sans nous réserver des surprises), d’exercer sa discrétion pour exempter des transactions immobilières du paiement de taxes, en tout ou en partie, c’est précisément pour permettre à l’autorité de tutelle de le faire.

Il semble d’ailleurs que cela soit très à propos, puisqu’intervenant dans le cadre de projets servant l’investissement public ou le développement de l’infrastructure publique. Et par la suite, on s’est empressé de faire valoir les avantages de ces « primes lands » et du « mari deal », comme des milliers de jobs qui ont ainsi été crées, du fait de cette fantastique opportunité.

Oui, il semblerait bien ne rien avoir à y redire, si ce n’est que Jean Mée Desvaux nous démontre que la distribution des windfall gains a finalement plus avantagé le secteur privé plutôt que le secteur public, contrairement à la pratique adoptée jusque là.

En effet, Desvaux affirme qu’avec Jyotee Jeetun et Germain Commarmond, il a défendu, becs et ongles, la position d’une attribution au profit de l’Etat de deux tiers des windfall gains contre un tiers au secteur privé. Desvaux parle aussi d’une réunion au sommet à Clarisse House, un certain samedi, au cours de laquelle les trois conseillers prénommés eurent des échanges houleux avec leurs interlocuteurs, au vu de leur soutien à la position plus avantageuse pour l’Etat. Le lendemain, la réunion se poursuivrait sans eux en présence des ministres, conseillers et haut fonctionnaires concernés.

Au final des deux-tiers qui auraient dû tomber dans l’escarcelle de l’Etat, soit Rs6 à Rs7 milliards, la moitié seulement procédera à ses caisses, puisque, dit Desvaux, suite à une réunion ayant eu lieu, entre un grand ponte du privé et SAJ, le ratio 2/3 : 1/3 entre l’Etat et le secteur privé fut inversé au profit de ce dernier.
Les dirigeants du Remake No.2 auront mis en exergue que l’attribution des terres a grandement favorisé l’Etat, rapprochant presque la dichotomie 2/3 : 1/3 en faveur de l’Etat. Sauf qu’ils n’ont pas pipé mot des windfall gains et simplement laissé à notre imagination le soin d’établir le lien entre l’attribution de terres et lesdits gains.

Il nous revient toutefois qu’après la victoire Ptr/PMSD de 2005 qu’une enquête avait eu lieu sur le deal Illovo, au cours de laquelle il fut indiqué que les terres les plus valables avaient été attribuées au secteur privé.
De son coté Arvind Boolell, alors ministre de l’agriculture, déclarerait que 20% environs des terres obtenues par l’Etat dans le Sud étaient inutilisables car constituant des bordures de rivières ou de canaux, ou se trouvant dans des ravins et chassés.

Il n’est pas encore une fois question de remettre en cause le deal Illovo ni le principe de l’exemption par l’Etat du paiement de certaines taxes car il semble bien que les critères aient été correctement appréciés pour exercer cette discrétion.

En revanche, au vu de ce qui avait été précédemment fait pour d’autres exemptions, l’on ne s’explique pas le caractère exceptionnel du pourcentage de la cagnotte attribuée au secteur privé et du manque à gagner consécutif pour l’Etat, ç-à-d, vous et moi, de plus Rs3 milliards.

Cela alors qu’au cours de cette même période, l’on augmenterait la TVA en 2002 de 10 à 12% avant de la faire passer à 15%, taux demeuré fixe depuis. C’est également en 2002 que l’Etat choisit d’étendre le paiement de la TVA à tous les services de professionnels, soit à vos contracteurs, architectes, légistes, comptables etc.

Et bien sur nous ne saurions occulter les réformes fiscales que Sithanen nous aura apportées après 2005, notamment avec la défunte National Residence Property Tax et en nous supprimant toutes les détaxes sur nos polices d’assurances, nos plans de pensions et nos emprunts immobiliers, que Xavier Duval ne nous a que timidement rétablies.

On ne peut manquer de se demander combien ces ressources auraient pu être utiles à nos Grands Argentiers successifs dans leurs exercices budgétaires plutôt que de se résoudre à nous flanquer ces nouveaux impôts.

Les déclarations de Desvaux demandent donc des clarifications et ce n’est pas en contentant d’une vulgaire campagne de dénigrement de l’intéressé que l’on identifiera les tenants et aboutissants de cette désormais ténébreuse affaire.
Et d’abord qui est cette personnalité du privé qui aura rencontré l’ancien PM Jugnauth ? Pourquoi s’est-on démarqué de l’habituelle exemption d’un tiers de taxes pour créer alors ce précédent des deux tiers ?

Comment ne pas y craindre dans tout ce salmigondis que des choses inavouables aient été faites et pourquoi cette absence de transparence ? Toutes ces questions nous importent à nous citoyens, qui sont les éternelles dupes des magouilles de notre classe politique !

Bien sur, nous ne saurions être dupes des agendas des uns ou des autres. Nous savons bien que derrière le « ki sane la fine couyonne ki » du PM Ramgoolam, il y a volonté de salir le partenaire MSM du Remake No.2, dans l’espoir fallacieux de provoquer la rupture entre les deux partis militants, tout en épargnant le MMM.

Il y a déjà eu une première tentative en ce sens du pouvoir en place, avec l’enquête sur Kross Border Corporate Ltd et la décision de notre « très indépendante » force policière d’inculper Jaye Jhingree, PDG de ladite société, bombardé financier du MSM pour l’occasion. Et là, peu importe que cette manœuvre risque de mettre à mal toute la réputation de notre secteur offshore !

Au passage, à force d’indiquer qu’il faille détruire le Remake No.2 par tous les moyens, le Ptr donne fortement l’impression que son régime se sait condamné par les prochaines élections. Bientôt les carapattes ne tarderont pas à changer de chien. Surtout que le PM se permet déjà de vitupérer contre les «traitres » !

Qu’en pense d’ailleurs son partenaire PMSD qui se doute bien que le Ptr envisage soit de l’envoyer paitre aux prochaines élections, sinon de l’entrainer au casse-pipes avec lui ? En tous les cas, de ne pas lui accorder à nouveau un portefeuille aussi prestigieux que les finances ? Il y a risque que le PMSD ne se laisse séduire par les appels de sirènes de Bérenger.

Pour revenir à notre sujet, il est important que nous sachions si le « mari deal » a été effectivement exempt de toute monnaie d’échange et que ce soit l’intérêt national seul qui ait primé dans la prise des décisions d’alors. Une commission d’enquête s’impose pour faire la lumière sur cette affaire.

Est-ce pour cette raison d’ailleurs que le tout nouveau Prevention of Corruption Act de 2002 ait limité le concours du tout nouvel ICAC à n’enquêter que sur des actes postérieurs à l’entrée en vigueur de la nouvelle législation ?
Evidemment si la fameuse réunion de Clarisse House est avant avril 2002, ce sera exit l’ICAC mais pas le CCID, si prompt à agir aux desideratas du Gouvernement de l’heure. Mais peu importe : que cela serve l’agenda de certains de nos princes, nous saurons nous contenter pour l’instant des têtes qui rouleront sous le billot.
Gageons que ceux qui seront cloués au pilori ne manqueront pas d’en savoir suffisamment sur ceux d’en face pour les amener à les rejoindre au bucher de l’infamie. Raison pour laquelle tout sera encore une fois probablement étouffé…
Faudra-t-il en arriver à dire un jour, comme un certain Simon de Montfort, devant Béziers : «Tuez les tous, Dieu reconnaitra bien les siens » pour être sur de débarrasser le pays de sa racaille poli-petit-chienne ?

Posted by on Nov 10 2013. Filed under En Direct, Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply


Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17


Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.