LA RÉPUBLIQUE DES FILS ! par Me Richard RAULT



Il n’est point besoin de se livrer à de savantes réflexions pour constater la situation de lassitude aigue qui submerge le pays. Nos leaders politiques sont en panne d’idées et focalisés sur la seule lutte pour le pouvoir. Plus rien ne les intéresse !

Le dernier épisode de la guéguerre poli-petit-chienne, avec le boycott par l’Opposition des débats budgétaires, témoigne bien du détachement de notre classe politique face à ce que sont les réalités quotidiennes de la population.

Celle-ci est trop occupée à vaquer à ses besoins, anxieuse de pouvoir boucler son mois, avant de s’inquiéter du suivant pour s’intéresser, elle, à des peccadilles telles que l’ordre de passage de telle ou telle personnalité dans les discours au Parlement.

Pourtant c’est à cette querelle d’arrière-garde que se sont livrés nos principaux hommes politiques cette semaine qui préféreront continuer à s’invectiver, plutôt que de prendre nos vrais sujets de préoccupation à bras le corps.

Entre-temps les autres sujets d’actualité politique auront été le crêpage de chignon entre Mireille Martin et Aurore Perraud d’une part, entre Stephanie Anquetil et Mireille Martin d’autre part ; dans le me ordre les critiques de Bheenick face à Xavier Duval ; l’arrestation de Nitin Chinien et son maintien en détention pour cause de dangerosité alléguée à l’égard du PM et du DG de la MBC ; la vraie-fausse annonce de libéralisation de l’audiovisuel, en attendant enfin les détails du 9 Year Schooling, pour peut-être 2015 : autant attendre Godot !

Que tout cela nous indique bien à quel point nos politiciens, perdus dans le dilettantisme et des querelles de chiffonniers, ont à cœur nos besoins fondamentaux ! Il n’est pas question de création d’emplois ou de nouveaux secteurs économiques, de combattre l’inflation ou la fraude et la corruption, ou encore la criminalité ou le trafic de drogue, d’améliorer l’environnement ni les conditions de vie de nos compatriotes.

Leur seule préoccupation n’est décidément que le pouvoir ! Certes de temps à autre, un sujet ou un autre viendra nous faire sourciller de par sa pertinence, mais clairement, à l’horizon 2014, nos politiciens n’ont plus le cœur à deviser sur l’avenir de notre Nation.

Comment ne pas alors rejoindre l’un ou l’autre commentateur de la presse, tant écrite que radiophonique (évidemment, il est inutile de mentionner la servile MBC ici, qui n’est ni libre ni même capable de commenter proprement) dans leurs analyses goguenardes du body language de nos principaux leaders ?

Comment ne pas se dire que, derrière la façade d’un virulent débat parlementaire, ou d’attaques satiriques par le biais de conférences de presse, que des discussions koz-kozer aient lieu pour conclure une énième surprenante (et choquante, pour les crédules que nous sommes) coalition ?

Comment s’étonner qu’au fil des sondages sur nos préférences politiques, que le pourcentage des indécis ne cesse d’augmenter ? Normal, direz-vous, de ne pas pouvoir s’y retrouver parmi ces gens capables de s’injurier, pour mieux se jeter dans les bras ensuite !

Rien ne devrait pourtant plus nous étonner de la part de notre classe politique. Sa veulerie est désormais telle qu’il n’y a plus à redire. Elle semble pourrir tout ce qu’elle touche et en respirer l’air donne l’impression de sombrer dans le stupre de la corruption.

Rien d’étonnant que les jeunes ne veulent plus se joindre à la politique et que ce milieu soit perçu comme celui où l’on soit assuré d’y perdre sinon son âme, du moins ses principes et son intégrité morale, voire son intégrité tout court !

Qui veut signer son pacte avec le diable ? C’est ce que pensent généralement nos citoyens de notre classe politique ! Nous trouverons certes des exceptions vis-à-vis d’untel ou d’untel, qui « pas kouma les zot » ou « sa kalite dimoune la », mais c’est bien la pensée dominante sur les politiciens.

Rien d’étonnant donc que notre classe politique ne puisse plus se renouveler et que sa seule faculté de régénérescence ne réside que dans la constitution de dynasties politiques. Nous sommes entrés dans l’ère de la République des Fils, comme naguère en France, la République des ducs au début de la IIIème République.

Ce régime, en effet, né sous les décombres du Second Empire, en 1871, sortait enfin ce pays de toutes les variantes de systèmes monarchiques (entre les deux Empires napoléoniens, la Restauration bourbonienne et la Monarchie de Juillet, qui flanquaient deux Républiques éphémères) vit effectivement parmi ses principaux acteurs, une suite d’aristocrates qui dominèrent sa sphère politique, ce qui lui valut ce sobriquet.

Toutefois, dès les années 1880, la France s’affranchirait de cette situation, si peu républicaine, se constituant une élite politique plus représentative sur le plan national. Nous avons, 45 ans après notre Indépendance, hérité d’une ribambelle de fils d’anciens tribuns au plus haut sommet de nos diverses hiérarchies politiques.

Entre Ramgoolam Fils, qui ne manque pas de rappeler les temps glorieux de son non moins glorieux père, ou Jugnauth Fils, se préparant à succéder à son octogénaire de père, pour prétendre dans le cadre d’un Remake No… ? au poste suprême, il est clair que nous avons, comme jadis Napoléon 1er , créé une nouvelle aristocratie.

Nous avons même propulsé le bouchon aristocratique à son summum avec l’arrivée de certains fils conçus dans les boudoirs de notre Ile Maurice. Il suffit ces jours-ci de regarder du coté du Réduit pour comprendre ce qui se dit ici.
Et bien sur, n’oublions pas, depuis peu, l’incursion officielle des favorites de nos fils, dans le jeu politique ! Mais malchanceux, nous n’avons même pas obtenu une favorite de grande classe : faute d’avoir une Montespan, au moins une Pompadour, nous n’avons récolté qu’une du Barry.

Il n’est pas jusqu’au MMM, avec déjà des fils de tribuns en poste et aujourd’hui la question de la succession d’un Bérenger, en phase de rémission d’un cancer, où, l’on ne veuille adouber son fils Emmanuel pour succéder à nos bacchantes nationales.

S’il en était ainsi, osons dire que ce serait la fin de nos illusions et que nous serions incapables d’être autre chose que les Républiques bananières auxquelles nous ne souhaitons pas être comparés. Nous ne serions guère différents d’un Ramon Trujillo ou d’un Juan Peron, ou plus près de nous, d’un Assad, d’un Saddam Hussein ou d’un Mouammar Kadhafi, tous de sanglante mémoire.

Il n’est pas souhaitable que nous poursuivions l’engagement politique sur de tels critères, cela alors que l’autre grand parti du pays, le Parti Travailliste, ne tardera pas d’ici l’horizon 2020 à devoir envisager la succession de son actuel leader, lequel atteindra bien ses 73 ans d’ici là, tandis que Bérenger aura atteint 75 ans et SAJ, ses 90 ans. Du moins, si Dieu leur prête vie !

Il suffit d’attendre et nous serons libérés de cette hérésie antirépublicaine. Ces deux partis, soit le Ptr et le MMM, continueront à dominer notre agenda politique, de facon plus saine, démocratiquement parlant. Si entre-temps, leurs béquilles interchangeables du MSM ou du PMSD veulent poursuivre leurs affaires de famille, ce sera du domaine du folklore somme toute acceptable.

Il faut avant tout que l’on se rende compte que la politique est par dessein une activité noble, sans laquelle aucun pays ne puisse prétendre progresser. C’est elle qui imprime sa dynamique à toute une Nation et lui permet d’atteindre le succès. C’est cet objectif qui devrait guider notre classe politique.

Or, il est permis de douter que tel soit le but de notre présente classe politique. Le divorce, entre la population et nos hommes politiques, ne peut qu’aller crescendo. Jusqu’où, telle est la question…

Posted by on Nov 27 2013. Filed under En Direct, Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply


Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17


Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.