Le Zimbabwe veut prendre le taureau par les cornes et en finir avec la VBG



Le ministre zimbabwéen de la Femme, du genre et du développement communautaire, Oppah Muchinguri a demandé à tous ses compatriotes de redoubler d’efforts pour mettre un terme à la violence basée sur le genre (VBG). C’était lors du lancement de la première étude sur la prévalence de la violence envers les femmes, la veille de la Journée internationale des Droits humains. Elle a ajouté: « Alors que nous lançons la première étude jamais menée sur la violence envers les femmes et les filles, les résultats montrent une telle incidence de violence et d’abus sur les femmes et les filles du pays qu’elle justifie une campagne de 365 jours contre la VBG ».

Plusieurs intervenants lors de ce lancement, qui a rassemblé plus de 100 participants issus des collectivités locales, des bureaux du genre des 10 provinces du Zimbabwe, du Conseil contre la Violence Domestique, des organisations confessionnelles et de la société civile, lui ont fait écho. « Alors que nous célébrons la Journée internationale des Droits humains, le moment est venu de dire haut et fort que les droits des femmes sont des droits humains, qu’ils sont indivisibles, qu’ils ne peuvent être négociés ou compromis de quelque façon que ce soit », a déclaré Colleen Lowe Morna, directrice exécutive de Gender Links, qui a fourni le soutien technique dans la réalisation de cette étude.

«La survivante est n’importe qui, une femme riche ou pauvre, influente ou anonyme, chrétienne ou non-chrétienne », a déclaré Netty Musanhu, directrice exécutive de Musasa qui a recueilli les témoignages de survivantes de violence à des fins de compilation d’un recueil connu comme « I-Stories ». « Cette étude débusque le mythe que si une femme n’a pas été battue, elle n’a pas connu la violence. L’étude montre aussi que la violence la plus répandue est émotionnelle, psychologique et économique, bref cette forme de violence qui ne figure jamais dans les statistiques policières. Cela tue l’estime que la femme a pour elle et sape son développement ».

Les principaux résultats de cette étude montrent que 68% de Zimbabwéennes ont vécu une forme de violence (psychologique, émotionnelle, économique, physique ou sexuelle) durant leur vie. De plus, 26% de Zimbabwéennes ont vécu cette violence des mains de leur partenaire entre 2011 et 2012 et 13% de Zimbabwéens ont admis avoir été violents envers leur partenaire durant la même période.

Inspiré par le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui vise à réduire de moitié la VBG d’ici 2015, le ministère de la Femme du Zimbabwe, Gender Links et le projet Musasa ont interrogé 6600 personnes dans les dix provinces du Zimbabwé, soit 3326 femmes et 3274 hommes, un échantillon représentatif de toute la population. Cette étude a été financée par SIDA et UNWOMEN et montre que la violence commise durant toute une vie par le partenaire dans chaque province va de 48% à Bulawayo à 88% à Mashonaland.

Le Zimbabwe est un des six pays de la SADC à avoir mené cette étude, les autres pays étant Maurice, le Botswana, l’Afrique du Sud, la Zambie et le Lesotho. Il y avait deux questionnaires d’attitudes et de perceptions différents pour les femmes et les hommes interrogés, celui des femmes se concentrant sur leur expérience et leur vécu et celui des hommes sur l’acte. Si l’étude s’est concentrée sur les femmes, c’est parce qu’il y avait de plus en plus de preuves que la majorité des cas de violence les concerne et que cette violence a des conséquences importantes et adverses sur leur santé. Et la comparaison entre ce que révèlent les femmes et disent les hommes apporte de la crédibilité aux résultats.

Le questionnaire d’attitudes et de perceptions indique que 82% de Zimbabwéennes et 81% de Zimbabwéens estiment que les femmes et les hommes doivent avoir un traitement égal. Cependant, plus de 90% des femmes et 96% d’hommes considèrent que la femme doit obéir à son mari. Plus de trois quarts des sondés, soit 77% de femmes et 83% d’hommes, sont d’accords que la femme a besoin d’avoir l’autorisation de son mari pour continuer à travailler et percevoir des revenus. Globalement, plus d’hommes souscrivent aux notions conservatrices en comparaison aux femmes montrant une disparité en termes d’acceptation des normes sociales entre femmes et hommes. La disparité entre ces perceptions peut alimenter des conflits et une recherche approfondie doit être menée pour confirmer ces résultats.

« La part de l’étude consacrée aux attitudes et aux perceptions montre que la VBG au Zimbabwe est enracinée dans les idéologies patriarcales qui parfois ignorent ou même excusent la VBG », a déclaré Muchinguri. « Avec l’engagement de chaque individu, famille, communauté et la nation dans son ensemble, nous pouvons mettre un terme à la violence contre les femmes et les filles ».

L’ambassadeur de Suède au Zimbabwe, Lars Ronnas, a expliqué que dans son pays, la punition corporelle est un délit depuis plusieurs années et que tous les pays de la SADC devraient en faire autant. Il estime que les enfants apprennent de leurs aînés non pas en les écoutant mais en les voyant faire. « Si nous montrons aux enfants ce qu’est l’usage de la force physique, ils deviendront violents. Nous devons commencer par être des exemples pour eux ».

L’étude a aussi révélé que les médias parlent peu de cette violence, soit 3% et que les mentions de la VBG dans les discours politiques sont faibles (3%). La ministre de la Femme a commenté cela en disant que les leaders n’ont pas assez élevé la voix contre ce fléau.

Le Zimbabwe dispose d’un conseil anti violence domestique dont le mandat est de s’assurer que la loi sur la violence domestique est appliquée. Le président de ce conseil, Kelvin Hazangwi, s’est dit attristé que seule une femme sur 14 aille porter plainte contre la violence dont elle a fait l’objet à la police. « L’étude indique clairement que des actions fortes doivent être prises ».

Le lancement de cette étude a été suivi par un atelier de travail destiné à déboucher sur l’ébauche d’un plan d’action et une budgétisation de son application. « Ces données doivent inspirer nos stratégies d’interventions en ligne avec les unités existantes destinés à traiter de la VBG. Il est impératif que des ressources du budget national soient dirigées vers l’application de ce plan d’action », a précisé Muchinguri.
Source: Gender Links

Posted by on Dec 22 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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