L’incroyable conviction de Veemala, femme battue



Pour une Mauricienne sur quatre comme l’indique l’étude « War@Home » de Gender Links, il existe un endroit plus dangereux qu’un parking désert ou une ruelle malfamée. Cet endroit n’est autre que son propre foyer, qui normalement aurait dû être un havre de paix. D’ailleurs les statistiques émanant de la Police Family Protection Unit de Maurice sont, à ce sujet, éloquents: en 2011, 3300 Mauriciennes ont porté plainte pour violence conjugale contre 2900 d’entre elles en 2012. Et de janvier à juin 2013, il y a déjà eu 2144 cas d’enregistrés.

Toutefois, nombre de ces victimes ont accepté et supporté en silence les coups de leurs époux ou de leurs conjoints avant de prendre la décision de porter plainte à la police. Et ce, parce que toutes pensent que leur partenaire allait réaliser un jour qu’il avait tort et qu’il allait changer. C’est ce qui revient automatiquement en guise d’explication chez les survivantes alors que les moins chanceuses ne peuvent s’exprimer car elles sont déjà mortes d’avoir été trop violemment battues.

Quoiqu’il en soit, dans cette situation de conflit à domicile, il y a celles qui finalement désertent le toit familial pour échapper aux coups fatals et celles qui restent en pensant qu’elles doivent le faire pour préserver l’unité familiale, quitte à être tabassées comme du plâtre. Dans de très rares cas, il y a aussi celles qui restent auprès de leurs époux pour l’aider à réaliser qu’il a tort, qu’il doit changer de mentalité et qu’il peut dire stop à la violence qui bouillonne en lui.

C’est le défi relevé par un petit bout de femme qui a tenu le coup pendant quatre longues années alors qu’elle était seulement âgée de 25 ans. Elle, c’est Veemala, mère de trois enfants aujourd’hui. « Ma vie n’était pas parfaite mais j’étais heureuse avec mon époux malgré le fait que ce sont nos parents qui avaient arrangé notre mariage comme c’est le cas dans certaines familles de foi hindoue. Tout allait pour le mieux durant nos quatre premières années de vie commune jusqu’à ce que ma vie bascule lorsque nous avons déménagé pour aller vivre dans un quartier des hautes Plaine-Wilhems. A partir de là, mon mari s’est fait des amis peu fréquentables avec qui il a goûté à sa première dose d’héroïne jusqu’à ce qu’il devienne accro et consommateur régulier », raconte-t-elle. Elle n’a pas oublié un épisode de cette période sombre de sa vie.

Progressivement, elle voit son mari s’enfoncer dans la drogue sans qu’elle puisse l’en dissuader et son existence devenir un enfer. « J’étais déjà mère de mon premier enfant et j’attendais mon deuxième. Mon mari plongeait davantage dans l’enfer de la drogue. Il a fini par perdre son emploi. Du coup, il restait à la maison alors que moi je partais travailler pour le nourrir et aussi pour lui donner de l’argent pour acheter ses doses. Et si je refusais, il me battait. Pour qu’il arrête, je préférais céder.»

Désemparée, Veemala continue à subir l’horreur que lui fait vivre son mari au quotidien. «Parfois, nous n’avions plus de quoi manger à la maison. Nos deux familles venaient alors à notre secours. Parfois mon mari devenait tellement violent qu’il cassait les meubles, la vaisselle, tout ce qu’il pouvait briser. A un moment, il ne restait presque rien dans la maison », se souvient-elle encore. Et d’ajouter qu’en quatre ans, beaucoup d’argent a été englouti dans la consommation d’héroïne de son mari. « J’ignore combien mon mari a dépensé dans la drogue durant ces quatre années de martyr. Mais ce que je sais, c’est qu’à ce jour, nous aurions dû avoir une très grande et belle maison, avec tout le confort. Au lieu de progresser, nous avons reculé inexorablement. »

Mais malgré sa situation difficile, elle est restée auprès de son époux parce qu’elle ne voulait pas que la drogue ait raison de son mariage, de sa famille et de son mari. « Je savais qu’il était au plus mal. Je savais que si je le quittais, il finirait par en mourir. Parce qu’à un moment, il volait pour se procurer de la drogue. Et je craignais le pire pour lui. Je me disais toujours qu’un jour, il serait tué s’il était pris en flagrant délit par le propriétaire d’une maison qu’il allait cambriolait. Le pire des scénarios se dessinait dans ma tête. C’était horrible. »

Dévastée et ne sachant plus à quel saint se vouer, Veemala commence par chercher de l’aide auprès des organisations non-gouvernementales et finit par tomber sur le Centre de Solidarité à Rose-Hill. « Je ne savais pas par où commencer. Donc, j’ai été obligée de mettre ma honte de côté. Car j’avais honte de dire que j’étais battue et honte de dire que mon mari se droguait. Au départ, je ne me confiais qu’aux membres de ma famille. C’est ainsi qu’une proche m’a parlé de certaines ONG. Au final, j’ai été convaincue par ce que le Centre de Solidarité proposait.»

Persuadée d’avoir trouvé la solution pour aider son mari à sortir de l’emprise de la drogue, elle décide de lui en parler. « Il ne voulait pas entendre raison. Je l’ai mis devant un ultimatum : soit il acceptait, soit je le quittais et j’emmenais les enfants avec moi. Il n’aurait jamais cru que j’allais dire cela du fait que j’avais tout accepté jusque-là. Il m’a dit oui et il s’est rendu au centre. A son retour, il était déçu par un épisode qui s’était passé là-bas et ne voulait plus y retourner. Je ne pouvais pas accepter cela. J’ai essayé et essayé à nouveau de le convaincre d’y retourner. Cela n’a pas été facile. Mais grâce à Dieu, il y est allé. Il a été suivi pendant presque deux ans. Il a même vécu là-bas pendant six mois pour pouvoir décrocher. Il a finalement pu y arriver,» exulte-t-elle.

Veemala est la preuve vivante qu’un changement de comportement chez les hommes qui frappent leurs femmes ou conjointes est possible, même si c’est jouer au quitte ou double. Elle est consciente qu’elle a eu de la chance et que les choses auraient pu tourner au vinaigre pour elle. Quoiqu’il en soit, une femme qui subit la violence conjugale ne devrait pas l’accepter car c’est sa vie qui est en jeu. Les femmes battues devraient trouver le courage de dénoncer leur agresseur. Leur vie en dépend.

Laura Samoisy est journaliste à Maurice. Cet article du service d’information de Gender Links, apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Dec 22 2013. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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