Nouvel élan de la RDC pour lutter contre les violences sexuelles



Par Arthur Kayumba

Malgré les efforts fournis en RDC dans le cadre de sa stratégie globale de lutte contre les violences sexuelles basées sur le genre (VSBG) surtout dans l’Est du pays, la réponse à ce problème qui a une ampleur quasi nationale, reste infime. Il y a des failles importantes qui sont notées du point de vue de la prévention et de la prise en charge holistique des survivants et celles-ci doivent encore être comblées, notamment dans les provinces du Bandundu, du Maniema, du Katanga, de l’Equateur et même dans la ville-province de Kinshasa.

C’est pour cela que le gouvernement, appuyé par quelques organismes du système de Nations Unies ainsi que par quelques organisations non gouvernementales, s’emploiera au niveau provincial et national pour assurer son leadership dans l’appropriation de la coordination des interventions de lutte contre le VSBG. Les autorités congolaises verront leurs capacités renforcées et celles de leurs partenaires aussi pour prévenir et répondre aux questions que posent les VSBG et assureront également la collecte des données dans les zones de santé dans les cinq provinces susmentionnées.

Certes, des efforts ont été consentis dans le sens de l’amélioration de cette situation qui fragilise la société, notamment sur le plan politique et juridique. Mais il faut souligner qu’un travail de fonds doit encore être fait, d’une part pour continuer à faire tomber les barrières juridiques avec l’initiation d’un processus de révision du Code de la Famille pour abroger les dispositions encore discriminatoires à l’endroit de la femme. D’autre part, il faut éliminer les lourdeurs socioculturelles pour amener la communauté à prendre conscience de cet état des choses.

Comme le dit Me Marie Louise Kapinga, avocate à Kinshasa, « les rapports inégaux de pouvoir entre l’homme et la femme demeurent l’une des causes majeures pour laquelle la RDC doit continuer à améliorer le niveau de vie des femmes. En effet, les stéréotypes liés à l’égalité entre les sexes, ainsi que les us et coutumes néfastes à la base du faible statut de la femme, ont des implications sociales et offrent un terrain fertile aux violences faites aux femmes, aux filles et aux enfants ». Il s’agit du mariage précoce, des grossesses précoces et leur lot des problèmes, notamment les fistules obstétriques et les infections au VIH/Sida. Ce faisant, on cantonne la femme dans un rôle essentiellement reproductif et de socialisation des enfants.

A cela s’ajoutent les violences psychologiques avec leurs conséquences sur l’épanouissement individuel, les violences physiques à peine rapportées, ainsi que toutes les autres violences liées à la culture comme le lévirat et les rites de veuvage. Selon la ministre congolaise du Genre, de la famille et de l’enfant, Geneviève Inangosi Bilo Kassongo, les VSBG demeurent une préoccupation en RDC, tant qu’il est vrai que leurs auteurs ne se comptent plus seulement parmi les hommes en uniforme mais surtout parmi les civils.

Et d’ajouter que le rapport intitulé « Ampleur des violences sexuelles en RDC et actions – le phénomène 2011 à 2012 » publié par son ministère, rend compte de manière chiffrée, de cette réalité. « D’où la nécessité de continuer à conjuguer ensemble nos efforts pour une prise en charge politique de grande envergure des victimes de violence et cela sans sous-estimer les avancées réalisées dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre les VSBG adoptée par le gouvernement ».

Comme on peut s’en rendre compte la détermination des Congolais et de leurs partenaires dans la lutte contre le VSBG va prendre un nouvel élan, surtout si elle est appuyée par la prévention et la réponse aux VSGB. Car il faut à tout prix éviter à d’autres femmes le calvaire de Mme Tshala, originaire de la province du Kasaï Occidental, devenue veuve par la force des conflits et qui a subi une triple violence, celle de perdre son mari et ses quatre enfants en un jour, d’être répudiée par sa belle-famille et finalement violée par un militaire.

Elle raconte son enfer. « J’habitais Kalemie, une ville montagneuse à l’Est de la RDC, bâtie sur le bord du lac Tanganika. Dans un affrontement qui a opposé les groupes armés, un obus est tombé sur ma maison, tuant mon mari et mes quatre enfants. Je n’étais pas chez moi au moment du drame, j’étais partie chercher à manger au champ. A mon retour, je me suis retrouvée devant une scène macabre : j’avais devant moi les corps sans vie de mon mari et de mes enfants. En une minute, je venais de perdre les êtres qui m’étaient chers», dit-elle avec émotion.

« Je n’avais pas de famille à Kalemie. C’est mon défunt mari qui m’avait y emmenée. Nous nous sommes rencontrés et aimés à Kananga et je l’ai suivi jusque dans les montagnes de Tanganika pour l’épouser», se souvient-t-elle. Après l’inhumation des corps, sa belle famille a consulté une sorcière qui l’a accusée d’être responsable de la mort de son mari. Dans plusieurs régions de la RDC, quand un homme meurt avant sa femme, la famille considère que c’est cette dernière qui l’a tué. Et quand c’est la femme qui meurt avant son mari, c’est considéré comme naturel. La belle famille a décidé de lui ravir tous ses biens avant de la chasser. Obligée de faire 1000 kms à pied pour regagner sa province, Tshala a connu les affres de la guerre, errant seule dans les montagnes avant de croiser la route d’un soldat.

« Il devait avoir une vingtaine d’années. Il m’a dévisagé et a pointé une arme sur moi. Il m’a dit : Suis-moi. Il s’est engagé sur un sentier surplombant la colline et nous sommes tombés sur un groupe de militaires qui ont poussé des cris de joie en me voyant. Durant la nuit, leur chef m’a violée avant de me laisser entre les mains de ses soldats qui ont aussi abusé de moi. Face à cette brutalité et bestialité, j’avais mal et je gémissais de douleurs. Mon bas-ventre me faisait mal et j’étais épuisée. Depuis ce jour là, j’étais devenue la chose des militaires. Quand l’un deux avait besoin de coucher avec une femme, il me tirait à gauche, à droite, dans la brousse, à la source, je n’avais pas de répit. Ils n’arrêtaient pas d’abuser de moi. J’étais leur esclave sexuelle».

Christine Kamba Mukundi, juriste, coordonnatrice principale de la Radio-Télé Liberté associative de la Ligue pour la Démocratie et la Bonne Gouvernance en RDC, et vice-présidente chargée de l’éducation de la femme au sein de cette même association, sait que beaucoup de femmes ont vécu ce calvaire. « D’autres continuent à la vivre. Il faudrait que tous ces hommes qui commettent des viols soient traduits en justice».

Voilà pourquoi le projet initié par le gouvernement arrive à point nommé pour répondre et rendre justice à toutes ces femmes victimes des VSBG. Ce faisant, le gouvernement congolais ira dans le sens du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui appelle les Etats membres à initier toutes des stratégies pour l’élimination de toutes les formes des violences basées sur le genre.

Arthur Kayumba est journaliste en RDC. Cet article du service de commentaires et d’opinions de Gender Links fait partie de la campagne des 16 jours contre la violence basée sur le genre.

Posted by on Dec 22 2013. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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