Faire appel aux Ecritures saintes pour responsabiliser les hommes et endiguer la VBG à Madagascar



Par Farah Randrianosolo

Quelle fausse idée que la supériorité des hommes et l’infériorité des femmes. Or, cette idée tend à persister à Madagascar. La société malgache interprète absurdement les préceptes bibliques, ainsi que les valeurs ancestrales transmises de générations en générations. Les éducateurs tentent d’utiliser les Ecritures saintes pour faire passer le message de la parité.

Les garçons comme les filles, de même que les hommes comme les femmes ont une perception différente de la notion d’égalité des sexes dans la Grande Ile. Ils associent toujours le rôle des femmes à l’éducation des enfants et de la bonne tenue du foyer et ce, même quand le couple a un niveau d’éducation supérieur.

Hasina Ramanantoanina, économiste, partage son expérience de femme au foyer qui n’a pas été toujours rose. « Auparavant, mon mari était sans emploi et c’est moi qui subvenais aux besoins de notre petite famille. Cela a créé une vive tension entre nous et lorsque j’ai résisté, j’ai été insultée et battue. Mais j’ai tout accepté car c’est ainsi que j’ai été élevée. Lorsqu’il a eu un emploi, il m’a poliment mais fermement demandé d’arrêter de travailler et de veiller sur nos deux enfants car il ne voulait pas confier leur éducation aux domestiques. Là encore, j’ai accepté. C’était difficile au début de faire bouillir la marmite mais pour le soutenir, j’ai trouvé un emploi à mi-temps pour augmenter nos ressources. Nous avons vécu ainsi pendant deux ans et aujourd’hui, il a une situation stable et je me concentre sur son bien-être et celui de nos enfants », raconte-t-elle.

De son côté, le mari loue l’endurance de son épouse et reconnaît ses torts après coup. Il estime que le devoir d’un mari et d’un père est de prendre soin de sa famille sur tous les plans. « Un homme ne supporte pas que sa femme sorte tout le temps de la maison. Le fait de savoir que celle-ci rentre tard empoisonne son esprit. Il devient jaloux et furieux. Je m’énervais pour un rien lorsqu’Hasina travaillait encore et rentrait tard. Je reconnais avoir déjà été injurieux à son égard et je l’ai même tabassée. Lorsque je me suis rendu compte que si je continuais ainsi, j’aillais finir par la perdre et qu’elle me quitterait. Alors, je me suis calmé. De son côté, elle est toujours restée gentille envers moi. J’ai donc dû apprendre à me contrôler, à être attentif à ce qu’elle dit car mes gestes violents ont fragilisé notre lien conjugal. J’ai réalisé que j’étais la source de notre problème mais aussi que j’étais la clé qui devait ouvrir la porte de notre bonheur. Contre toute attente, je me suis souvenu que ma femme est une perle, une femme bien éduquée, instruite et qu’elle mérite tout mon respect. Je regrette énormément la violence que je lui ai fait subir », raconte-t-il les larmes aux yeux.

Ce mécanicien pense que toutes les formes de violence dans un couple résultent des difficultés financières et que c’est essentiellement le rôle des hommes de résoudre ce problème de revenus afin de maintenir la stabilité de leurs foyers. Il promet qu’il mettra ses deux fils sur le droit chemin en les encourageant à poursuivre des études supérieures et à respecter leurs femmes qui portent les futurs bâtisseurs de la nation. Il ajoute qu’au sein d’un couple, il est important de bâtir une relation de confiance, d’entraide et de respect mutuel. Pour en arriver là, il a fait un gros travail sur lui-même.

Dans des localités de Madagascar, certaines cultures empêchent la femme de s’exprimer sur l’éducation. Ses parents arrangent son mariage avec un homme qu’elle ne connaît pas et qu’elle n’aime donc pas. Henri Ratovelo, un éducateur ayant vécu pendant 15 ans dans le Grand Sud, prévient que dans les régions où les traditions sont encore bien ancrées, les hommes et les femmes ne voient pas d’inconvénients à ce qu’il en soit ainsi. « Ils croient que les choses sont faites ainsi et ils acceptent les us et coutumes sans broncher et respectent les conseils des sages. La VBG apparaît surtout en cas de différentes ethnies, traditions et religions entrent en scène. Un homme de l’ethnie Antandroy qui épouse une femme de l’ethinie Merina a toujours de sérieux problèmes, même si le couple s’aime. Les conflits entre les traditions des deux familles suffisent à faire attiser colère et haine. Autant se lier à une personne issue de la même ethnie, ayant les mêmes traditions, embrassant la même religion afin d’éviter les violences de tous types », confirme-t-il.

Les jeunes ont toutefois une autre opinion. Sendra Ratovelo, neveu d’Henri, pense autrement. Ce scout est convaincu que la réduction de la VBG passera par l’éducation. « Tout d’abord, les parents doivent éduquer leurs filles à s’habiller décemment, à se comporter dignement car elles doivent être de bons modèles pour les autres. Ensuite, les parents devraient privilégier l’égalité des chances en permettant à leurs filles d’aller à l’école comme ils le font de leurs garçons, au lieu de les marier précocement. Ainsi, leurs enfants des deux sexes auront des compétences, seront plus instruits et mieux outillés à affronter l’avenir. A la maison, les filles et les garçons devraient partager les mêmes responsabilités et les tâches domestiques de façon à bannir les stéréotypes qui confinent les filles au foyer et aux travaux ménagers ».

Ce lycéen incite les garçons à intégrer les associations et les clubs de jeunes afin de les initier au contrôle de soi. « Au lieu de fréquenter les salles de jeux vidéo et perdre du temps avec des jeux violents, faire la bringue en groupe et draguer les filles, il vaut mieux s’adonner aux sports, aux activités sociales et aux réunions des scouts ou de mouvements de jeunes qui inculquent la discipline, le savoir-faire et le savoir-vivre et l’égalité du genre. Et c’est pareil pour les filles. Qu’elles en fassent autant au lieu de préférer les conversations stériles entre copines. Il vaut mieux s’investir dans des occupations permettant à un jeune d’acquérir des compétences de vie », propose-t-il.

Il est difficile de voir à l’œil nu un homme qui exercerait une quelconque forme de violence sur une femme. Zo Nomenjanahary, éducateur spécialisé, déclare qu’à part la cellule familiale, milieu de référence où un garçon a grandi, les facteurs extérieurs tels que les faits de société évoquant des violences et les films, ont une mauvaise influence sur les garçons car ils leur donnent à penser que la violence est la norme. A l’âge adulte, ils ne se défont pas de ces anciennes habitudes et les appliquent jusque dans la vie conjugale.

« Il est vrai que selon la Bible, l’homme a été créé avant la femme. Cela ne signifie pas qu’il a tous les droits sur elle. Et pourtant, bon nombre d’hommes le croient. C’est ce qui explique le comportement violent de certains hommes envers les femmes. Le message que j’essaie de passer lorsque nous abordons le chapitre des époux dans La Bible, c’est qu’il ne faut pas oublier que Dieu a pris une partie de l’homme pour créer la femme. Et que si l’homme lui fait du mal et la détruit, c’est à lui qu’il fait du mal et qu’il détruit. Dans la vie conjugale, l’homme doit témoigner du respect à sa femme et réciproquement, l’épouse doit lui rendre l’amour qu’il mérite. C’est dans ce sens que nous essayons de transmettre une éducation spirituelle mais il faut aussi que le couple y travaille au quotidien pour réussir à avoir des rapports harmonieux», avance Zo Nomenjanahary.

S’il est bon de passer par les Ecritures saintes pour éduquer les hommes à l’importance de la parité et de l’égalité du genre, il ne faut pas oublier que le gouvernement malgache a signé et ratifié le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement et qu’à ce titre, il doit mettre tout en œuvre pour faire de l’égalité entre hommes et femmes une réalité, même si pour cela, il faut se débarrasser des us et coutumes qui écrasent les femmes, qui alimentent la VBG et qui les maintiennent dans un statut d’infériorité vis-à -vis de l’homme.

Farah Randrianasolo est journaliste à Madagascar. Cet article du service d’information de Gender Links fait partie de la campagne des 16 jours contre la violence envers les femmes et les filles.

Posted by on Jan 11 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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