Le centre Ilaiko permet aux Malgaches abusés de se reconstruire



Par Fanja Razafimahatratra

Nirina a été victime d’un viol en juillet 2013. Cette adolescente de 15 ans vit à Ampasika, un des bas quartiers de la capitale malgache, Antananarivo. Son agression sexuelle s’est déroulée la nuit alors qu’elle sortait de la maison pour aller aux toilettes situées à l’extérieur. Deux individus l’ont enlevée, bâillonnée avant de l’entraîner dans un endroit désert et la violer.

Sa vie a alors basculé. Nirina n’a pu prendre part à son examen tant elle était traumatisée. Aujourd’hui, Nirina s’est reprise en main et a commencé à reprendre goût à la vie depuis qu’elle fréquente le centre « Ilaiko », centre d’écoute et de protection ouvert en 2012 par le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) et destiné aux personnes victimes d’abus. Le but d’Ilaiko est aussi d’œuvrer pour protéger les enfants et les personnes vulnérables.

Le père de Nirina l’a régulièrement accompagnée au centre. Là, elle a pu obtenir le soutien et l’assistance nécessaires. C’est à partir de là qu’elle a pu identifier un de ses agresseurs. Avec l’appui du centre, ainsi que de sa famille et de ses voisins, elle a porté plainte auprès de la gendarmerie d’Itaosy. Examinée par des médecins, elle a obtenu un rapport médical.

Une aide légale lui a également été fournie. L’affaire est désormais entre les mains du procureur. L’encadrement psychosocial qui lui a été offert au centre lui a permis de mieux se situer et de se libérer de l’enfer dans lequel son viol l’avait enfermée.

Le centre Ilaiko ne s’occupe pas que des enfants abusés. Il est aussi un refuge pour la population devenue de plus en plus vulnérable depuis que Madagascar s’est enlisé dans une crise socio-économique et politique. Le centre est d’ailleurs situé dans un des quartiers les plus populaires d’Antananarivo où le taux de criminalité est très élevé et la violence à l’égard des enfants très fréquente.

Cette institution offre une variété de services dont la réinsertion socio-économique pour les victimes de violence, d’abus et d’autres formes d’exploitation. Il essaie de trouver les moyens pour prévenir l’exploitation des personnes vulnérables. Mais surtout, il offre des services de renforcement des capacités.

Pour sensibiliser le plus grand nombre sur la façon de mieux protéger les enfants, il orchestre des campagnes au niveau communautaire et organise des activités de prévention. Il faut dire que depuis son ouverture il y a un an, le centre Ilaiko est de plus en plus fréquenté. « J’encourage les enfants et les jeunes ayant été abusés à venir au centre car là, ils parviendront à se libérer et auront le courage de dénoncer leurs agresseurs”, ajoute Nirina.

Ce centre Ilaiko n’est pas le seul centre à avoir été mis sur pied par l’Unicef. En fait, cette agence des Nations Unis a mis en place 720 réseaux de protection de l’enfant à travers le pays. Dans la capitale, il y en a deux, dont le centre Ilaiko. Ils travaillent en étroite collaboration avec les services sociaux.

Depuis leur ouverture, les centres opérant dans la capitale ont déjà reçu la visite de 2596 personnes. Parmi ce nombre, 24% sont des enfants, 22% des adolescents et 54% des adultes. Près de 79% des visiteurs sont des filles et des femmes.

Le fait de venir au centre pour évoquer l’abus dont elles ont été victimes est une preuve tangible qu’il n’y a plus d’hésitation chez elles. Bien que l’Unicef ait essaimé les réseaux de protection dans la Grande Ile, il faudrait davantage de centres calqués sur le centre « Ilaiko » afin de sensibiliser, éduquer et apporter des changements dans la vie d’enfants meurtris.

Madagascar est, il est vrai, en transition. Le deuxième tour des élections présidentielles prévu pour le 20 décembre devrait pouvoir lui apporter un début de stabilité. Souhaitons que le nouveau président fasse de la réduction de la violence basée sur le genre une de ses priorités, comme le demande le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, signé et ratifié par l’Etat malgache.

Fanja Razafimahatratra est journaliste en freelance. Cet article fait partie du service d’informations de Gender Links.

Posted by on Jan 11 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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