Hommage à Tata Madiba : Autorité morale pour l’Afrique et le Monde



Nelson Mandela est mort : vive Tata Madiba, l’homme politique et l’autorité morale que l’Afrique et le Monde viennent de perdre. Emprisonné pendant 27 ans à Robben Island, Mandela est une figure historique africaine et mondiale. La ville du Cap consacre, depuis le 30 juin 2013, une vaste exposition au père de la Nation et de la reconstruction de l’Afrique du Sud postapartheid. Nelson Mandela, fondateur de la « Nation Arc-en-ciel » avait compris, que la Nation sud-africaine était bien une Nation Arc-en-ciel marquée par l’arrivée quasi simultanée des Noirs bantous venant du Nigeria et migrant vers l’Afrique de l’Est et du Sud, et des Afrikaners composés d’Huguenots protestants français fuyant la répression catholique française et de Néerlandais.

Nelson Rolihlahla Mandela, dont le nom du clan tribal est Madiba, est né le 18 juillet 1918 à Mvezo (Union sud-africaine). Mandela a un double rôle : héros de la lutte contre l’apartheid, c’est-à-dire la ségrégation raciale et spatiale des populations, et héraut contre les injustices et pour la promotion des Droits de l’homme au nom de l’égalité pour tous. Nelson Mandela entre au congrès national africain ANC en 1944 afin de lutter contre la domination politique du parti national sud-africain qui estime que la ségrégation raciale doit être un moyen et une fin de la gouvernance politique économique et sociale.

Avocat, Mandela a toujours participé à la lutte non violente contre les lois de l’apartheid mises en place par le parti national à partir de 1948. Lassé des luttes pacifiques qui ne donnaient pas de résultats significatifs, il fonde et dirige la branche militaire de l’ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961. Le 12 juillet 1963, il est arrêté par la police sud-africaine sur indications de la CIA (il ne faut pas oublier que les Noirs américains aux Etats-Unis se battent aussi pour leurs droits à cette époque). Il est alors condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité.
Nelson Mandela, c’est une autorité morale avant tout, au moment où le monde actuel est davantage dominé par les délices de l’économie marchande et la bataille féroce des continents pour le leadership politico-économique Nelson Mandela, c’est un parcours politique exemplaire fait de résistance, de non collusion et d’affirmation des grands principes de vie et de comportement en politique pour l’Afrique et pour le Monde. Mandela est la figure de proue de la résistance de tout individu qui se sent opprimé quelles que soient les raisons de cette oppression. Mandela n’a jamais cédé, Mandela a toujours résisté au nom du Droit et de la Justice. Au cours de ses 27 années d’emprisonnement dans des conditions inhumaines de travail, il a contracté la tuberculose.

Tata Madiba nous a quitté. Il livre le flambeau de la résistance au monde entier, très fier qu’aux Etats-Unis, et de son vivant, un de ses « fils », Barack Obama, dont le père était kényan et la mère une américaine blanche, représente cette Nation Arc-en-ciel à la tête de la plus grande puissance du monde après l’avoir lui-même appliqué en Afrique du Sud, une fois libéré des geôles de Robben Island.

Mandela est relâché le 11 février 1990 et reçoit en 1993 le prix Nobel de la Paix avec le Président « blanc» Frederik de Klerk qui, de manière très clairvoyante et en s’opposant à ses compatriotes sud-africains au pouvoir, a compris que le régime de l’apartheid était terminé. Mandela a théorisé la Nation Arc-en-ciel, Frederik de Klerk et lui ont réussi à jeter les bases concrètes et pratiques d’une nouvelle Afrique du Sud. Il y eut des oppositions fortes entre les militants de l’Inkhata à dominante zoulou et ceux de l’ANC.

Tata Madiba a réussi par son opiniâtreté et son charisme à devenir le premier Président noir d’Afrique du Sud en 1994 et il n’a pas voulu en 1999 solliciter un second mandat. Que les responsables politiques d’Afrique et du Monde méditent ce comportement d’un véritable homme politique pétri de valeurs morales et de responsabilités pour le bien être de la Nation sud-africaine, de l’Afrique et du Monde.

L’héritage moral de Mandela

Madiba a montré que la construction d’une Nation repose sur des contradictions et des inégalités qu’il faut réparer au nom d’une justice morale qui permet à des individus différents, quelque soit leur phénotype, de vivre ensemble. La vie commune doit être le point de départ pour un dialogue au nom d’une démocratie fondée sur l’homme en tant qu’Etre respectable, peu importe ses origines, sa couleur de peau et sa fortune. La Nation Arc-en- ciel est une représentation symbolique de cette entité unique que représente l’Afrique du Sud.

Point de revanche des Noirs vis-à-vis des Blancs car les Blancs sud-africains sont aussi chez eux. Néanmoins, les Noirs sud-africains, qui sont également chez eux, victimes de l’apartheid qui en faisait des apatrides, ont droit à réparation. C’est au nom de cette justice morale que doit être introduite une politique de discrimination positive leur permettant de rattraper les retards en matière d’emploi, de revenu, d’accès au logement, de formation professionnelle, d’éducation primaire, secondaire et universitaire pouvant leur donner accès à des charges professionnelles et politiques.

Voilà les enjeux et les défis que Mandela livre au Monde et à l’Afrique. Pour éviter les conflits, la justice est un élément cardinal de la vie des Nations et de leurs gouvernants.

L’héritage politique de Mandela

Mandela, l’homme moral, était aussi un homme politique qui a su dire non à l’injustice, non à la répression des systèmes politiques, administratifs et judiciaires de son pays. Avocat de formation, il a très vite compris que la défense des individus doit être forte face à l’injustice des instruments d’Etat qu’ils soient politiques, militaires, judiciaires ou administratifs comme l’oeuvre du philosophe Michel Foucault l’a mis en exergue dans ses différents travaux.

Pour Michel Foucault, Surveiller c’est punir (sous-titré Naissance de la prison, ouvrage majeur de Michel Foucault paru aux éditions Gallimard en février 1975) car il estime que les instruments de répression de l’Etat (prisons, hôpitaux psychiatriques, centres de rétention) lui permettant d’exercer sa violence légitime au sens de Max Weber, sont d’abord des instruments de punition avant d’être des instruments de contrôle et de surveillance pour la cohésion sociale.
Premier Président noir après l’apartheid en 1994, Nelson Mandela est reconnu non seulement en tant qu’homme politique, mais aussi en tant que gardien des valeurs morales de probité, de tolérance, de justice et de paix sans lesquelles aucun développement personnel et collectif n’est possible. Mandela a tracé une ligne politique fondée sur le respect des individus, des Etats et la recherche d’une bonne gouvernance. Tous ces éléments sont fondamentaux au moment où dans une mondialisation concurrentielle l’Afrique essaie de trouver sa place.

L’Afrique doit suivre l’exemple dessiné, montré et tracé par Mandela, tant pour la gouvernance politique, économique et financière que pour la juste et nécessaire répartition des richesses lorsque des pays voient leur croissance augmenter. La mort de Tata Madiba ne doit pas seulement être la célébration d’un grand homme, c’est le point de départ d’une Afrique qui écrit une page nouvelle pour la vision humaniste et proactive à montrer au reste du Monde que son humanisme culturel est important dans un processus de mondialisation plus marqué par l’effacement des identités culturelles.

Tata Madiba, tu n’es plus parmi nous, mais par ta sagesse, ta probité morale, ta résistance et ta foi en l’homme tu éclaireras toujours l’Afrique et le Monde.

Merci Tata Madiba, repose en paix.

Posted by on Feb 5 2014. Filed under Featured, Opinion, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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